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Week-end Première

Couper les cheveux ... en quatre, tout un métier

05 avr. 2022 à 09:50Temps de lecture3 min
Par Olivier Marchal

Chaque matin, quand vous passez une main de vos cheveux, parce que vous le valez bien, savez-vous que sur terre ce ne sont pas moins de 770 milles milliards de cheveux dont il faut s’occuper ? Avec Olivier Marchal, sociologue et directeur de la Cité des Métiers de Charleroi, on parle d’un métier indispensable et injustement méprisé : celui de coiffeuse/coiffeur.

S’ils sont 110.000 en moyenne sur chaque tête, s’ils peuvent vivre entre 2 et 6 ans, nos cheveux ne sont pas là pour rien. À la fois bonnet, parasol et parapluie, ils protègent notre cerveau des variations de température. Et pour s’assurer de ne jamais faillir à ce devoir suprême, ils poussent et repoussent, au rythme d’1 centimètre par mois. Soit mensuellement, 7 milliards de kilomètres de cheveux en plus, dont il faut bien faire quelque chose !

On comprend du coup très vite qu’avec autant de tiff, il y a beaucoup taf ! Un taf qui génère au passage près de 95 milliards d’euros par an dans le monde.

Les cheveux : utiles pour la Santé et la Société

Des sumériens aux Incas, en passant par toutes les civilisations et toutes les époques de l’Histoire, le cheveu a bénéficié d’attentions toutes particulières : coupés, rasés, entortillés, lissés, frisés, teinté aussi. Et avec eux d’étonnantes surprises qui rendent aux gouts et aux couleurs leur teneur historique. Ainsi dans l'Antiquité où le nec plus ultra était de se teinter les cheveux en blanc ou en roux.

Et pas à pas, peu à peu, cette masse de poils capillaires, est devenu un objet social,  symbolique, mieux : un langage !

En effet, un nombre important d’études anthropologiques rassemblées dans un courant qu’on appelle les " Hair studies ", démontrent qu’avec une surprenante régularité, du passé à aujourd’hui, comme d’un côté à l’autre du globe, les cheveux et le soin qu’on leur porte, signalent un rang social, une position, une appartenance.

La forme et la couleur qu’on lui donne : la richesse, la réussite, la pureté, la conformité, comme la non-conformité : souvenons-nous d’Antoine chantant son célèbre " Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les ch’veux ". Et sa réponse : " Dans 20 ans si tu veux."

Outre un clivage entre les générations, le cheveu a aussi été impliqué dans le clivage Homme/Femme, puisque aussi paradoxale que cela puisse paraitre aujourd’hui, les premiers salons de coiffure ont longtemps été réservés au sexe masculin. 

Il faudra attendre que Marta Mathilda Harper, décide de casser les codes, et en ouvrant à Rochester en Amérique, durant l’année 1888, la première boutique où l’on coiffe des femmes aux yeux de toutes et tous. Nait alors et enfin, le métier de coiffeur et de coiffeuse qu’on le connait encore aujourd’hui.

Un métier porteur d’emploi…

Le ou la coiffeuse est la pro du cheveu. Conseil sur la coupe, mise en forme, soins capillaires. Il ou elle (90% de Femmes dans la profession), s’occupent aussi de la barbe, même si la récente mode hipster à faire ressurgir des échoppes spécialisées dans le traitement des poils faciers.

À domicile ou en salon, il faut des qualités de chef d’entreprise, car gérer de front, la ventes de produits et d’accessoire, les ressources humaines, les finances, la relation client, et le marketing, demande énergie et polyvalence.

Pour être coiffeuse/coiffeur, il faut être habile de ses mains, aimer la mode, aimer les relations sociales et les défis : dont le premier étant de faire de chaque touffe de cheveux, un succès. Ce qui n’est pas toujours gagné d’avance.

Régulièrement tagués métiers en pénurie, avec 20.000 salons de coiffures et le belge qui s’y rend en moyenne 6 fois par an, le boulot n’est pas prêt à manquer.

 

…Et porteur d’humanité

Mais ce n’est pas tout. Car lorsqu’on interroge l’identité du métier de coiffeur, mais aussi d’esthéticienne ou de pédicure, on découvre deux dimensions invisibles et pourtant très prégnantes.

En prenant soin de la personne, en la rendant belle, pour les autres et pour elle, la profession offre un moment de dignité, d’harmonie, de réparation aussi, lorsqu’il s’agit par exemple de corps abimés ou marqués par la vie, la maladie ou par un accident.

Un moment de dignité aussi, lorsqu’ exerçant à domicile revient à découvrir les ravages de la solitude, de l’isolement, de la pauvreté, du vieillir seul ou mal, et d’offrir à la maison et à ses occupants : un moment de soin, une présence, une discussion, une visite qui fait littéralement du bien et qui va bien plus loin qu’une simple coupe de cheveu.

Ce n’est donc pas seulement pour avoir un emploi qu’il faut s’intéresser au métier de coiffeur/coiffeuse, mais aussi parce que : loin des préjugés sur la frivolité du l’acte et de la profession, issus de cette vieille idée qu’il y aurait à prendre soin des apparences, quelques choses du domaine de la candeur, voire de l’indécence, mais parce qu’une fois qu’on s’y penche pour de vrai, loin de tous ces puritanismes : coiffer est un humanisme.

Plus d’infos sur ce métier ou sur tant d’autres, connectez-vous du lundi au vendredi, de 9h à 12h, sur Miti : la plateforme d’orientation en ligne entièrement gratuite de la Wallonie et de Bruxelles, ou bien via vos Cités des Métiers préférées : Bruxelles, Charleroi, Liège et Namur.

 

Toute ma vie j'ai rêvé d'être... coiffeur

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