Belgique

Coupe du monde au Qatar et boycott de manifestations sportives : une arme souvent brandie, mais rarement utilisée

Une Coupe du Monde controversée.

La Coupe du Monde approche. Mais ces derniers jours, si on en parle beaucoup, c’est pour évoquer son boycott. De plus en plus de personnalités déclarent que, malgré leur amour du foot, elles ne regarderont aucun match. La dernière en date, c’est l’ancien footballeur, Eric Cantona qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux : " combien de milliers de morts pour construire ces stades. Pour au final, quoi ? Amuser la galerie pendant deux mois. "

Il y a eu, fin août, le coup de gueule de l’acteur français, Vincent Lindon. Sur le plateau de l’émission " C à vous " sur France 5, il déclarait : " Comme j’aime bien dormir tranquille et avoir un sommeil où je me dis que je n’ai pas encore trop de choses à me reprocher, je ne regarderai pas la Coupe du Monde "

"Sans nous"

Hier, le Quotidien de La Réunion titrait " Sans nous ". Le journal ne dira pas un mot de cette compétition sportive : " Le Quotidien a décidé, au nom des valeurs proclamées le jour de sa naissance il y a tout juste 46 ans, de boycotter l’événement et de ne plus publier ni article ni annonce publicitaire sur la compétition. "

Des communes annoncent qu’elles n’installeront pas d’écran géant pour les retransmissions. C’est le cas, par exemple, de Tubize. Des bistrots adopteront la même attitude. Comme la Maison du Peuple à Saint-Gilles.

A chaque fois, il s’agit d’initiatives personnelles. Mais un boycott plus général serait-il efficace ? Une remontée dans le temps permet d’apporter des réponses à cette question.

Quelques boycotts historiques

Les JO de Moscou en 1980, un boycott retentissant
Les JO de Moscou en 1980, un boycott retentissant © Tous droits réservés

Le premier boycott auquel on pense concerne les Jeux olympiques d’été en 1980. Les Etats-Unis, sous la houlette du président Jimmy Carter, décident de boycotter ces jeux organisés à Moscou. En cause : l’invasion soviétique en Afghanistan. Pas mal d’autres pays, une soixantaine environ, suivront l’attitude des Etats-Unis.

En 1984, l’Union soviétique adopte la même attitude : l’URSS et 14 pays alliés ne se rendent pas à Los Angeles. Raison officielle : le manque de sécurité pour leurs athlètes. On est loin du caractère apolitique des JO, caractère inscrit dans leur charte.

Pour Jean-Michel De Waele, professeur à l’ULB et spécialiste des questions de politique sportive, " ce boycott n’a eu qu’un effet symbolique. Ça n’a pas modifié l’attitude de l’Union soviétique vis-à-vis de l’Afghanistan. Même chose en 1984. Un boycott n’a de sens que s’il est général. "

Pour ce politologue, le boycott le plus efficace a été celui qui a visé l’Afrique du Sud pendant la période de l’apartheid. Il est rejoint à ce sujet par Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International : " Mais là, il s’agissait d’un boycott à long terme ". L’Afrique du Sud a été exclue des Jeux Olympiques en 1964 et à partir de 1970, des disciplines sportives, comme le rugby ou le cricket, n’ont pas pu participer à des compétitions internationales. A ce boycott sportif s’ajoutaient aussi des sanctions économiques qui ont pesé lourd.

 

Des Coupes du Monde controversées

Action d'Amnesty International lors de la Coupe du Monde de football en Russie
Action d'Amnesty International lors de la Coupe du Monde de football en Russie Amnesty International

Ce n’est pas la première fois que des controverses naissent quant au pays accueillant la Coupe du Monde. En 1978, la compétition est organisée en Argentine. On est alors en pleine dictature. Et la contestation se fera de différentes manières. Et de façon parfois étonnante : le sélectionneur français de l’époque, Michel Hidalgo, se fait braquer par un groupe opposé à cet événement.

Mais rien n’entravera la compétition dont la finale aura lieu à un bon kilomètre seulement d’une des salles d’interrogatoire où des opposants sont torturés ! Certains joueurs protesteront à leur façon. C’est le cas des joueurs suédois qui iront à la rencontre des Mères de la place de Mai, elles qui réclament inlassablement la vérité sur leurs enfants disparus.

La Russie et l'Ukraine, déjà...

Plus proche de nous, il y a eu la Coupe du Monde organisée en Russie en 2018. Dans un document interne, l’Europe songe à boycotter l’événement. Ça n’ira pas plus loin. Même si certains politiques appellent au boycott. C’est le cas du vice-Premier ministre britannique Nick Clegg. Celui-ci estime que " ce "jeu magnifique" ne peut pas être "entaché par l’horrible agression de la Russie" contre l’Ukraine. Car la Russie vient de rattacher la Crimée. Mais finalement, c’est la position de la Fédération allemande de football qui l’emporte. Elle juge ce boycott contre-productif comme celui des Jeux olympiques de Moscou en 1980. "Le boycott de 1980 n’a rien apporté. Ça n’avait été préjudiciable qu’aux sportifs", avait expliqué le président de cette fédération.

A l’époque, Amnesty International proteste aussi. L’organisation de défense des droits de l’homme balance des ballons avec des noms de défenseurs russes des droits de l’homme dans le jardin de l’ambassade russe à Bruxelles… Une action qui n’aura pas beaucoup de retentissement.

Quatre ans plus tard, c’est donc l’organisation de cette Coupe du Monde au Qatar qui soulève de nombreuses questions. Et se pose à nouveau la question de l’opportunité d’un boycott. " Ce sont des menaces souvent peu appliquées car la puissance des pays organisateurs est telle qu’on hésite à se les mettre à dos", estime Jean-Michel De Waele. Le politologue pose aussi la question de l’efficacité d’une telle mesure : " si des équipes ne participent pas, est-ce que le régime changerait de nature? C’est difficile à savoir."

Pourquoi si tard?

Du côté d’Amnesty International, on se demande pourquoi cette question arrive aussi tard. C’est en décembre 2010 que la Fifa a annoncé que le Qatar accueillerait la Coupe du Monde en 2022 ! En 2012 déjà, l’organisation de défense des droits de l’homme avait publié un rapport sur ce pays. Elle a ensuite oeuvré pour amener des changements, des améliorations pour les travailleurs. Elle a, par exemple, contacté la société Besix pour les sensibiliser aux mesures à mettre en oeuvre pour les travailleurs.

Ce problème ne devrait plus se poser lors des prochaines Coupes du Monde. Car la Fifa a décidé qu'à l'avenir, les critères humains et environnementaux seront pris en compte lors de l'attribution de la compétition à un pays.

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