Journal du classique

Coup de théâtre juridique à Naples : Stéphane Lissner est réintégré à son poste de surintendant du Teatro San Carlo

© ANDREAS SOLARO / AFP

Par Céline Dekock via

Alors qu’il avait été contraint de laisser son poste de surintendant et de directeur artistique du Teatro San Carlo à Naples, en raison d’un décret qui limitant l’âge des étrangers à la tête d’institutions lyriques et symphoniques italiennes, la justice italienne fait marche arrière et ordonne la réintégration immédiate de Stéphane Lissner.

Depuis le début de cette semaine, le Teatro San Carlo de Naples se retrouve avec non pas un mais deux directeurs. Carlo Fuortes, ancien PDG de la RAI, nommé à la tête du Teatro San Carlo par le gouvernement italien le 1er septembre dernier, mais également Stéphane Lissner, dont le Tribunal italien vient d’ordonner la réintégration immédiate de ses fonctions de surintendant et de directeur artistique de l’institution lyrique napolitaine.

Une situation ubuesque qui résulte de la décision du Tribunal de Naples d’invalider la révocation de Stéphane Lissner qui a eu lieu en juin dernier, à la suite de l’adoption du décret-loi fixant à 70 ans l’âge de la retraite des étrangers à la tête d’une institution lyrique ou symphonique italienne.

Une révocation qualifiée "d’illégitime" et "d’anticonstitutionnelle"

Ce feuilleton commence le 4 mai dernier, lorsque le Conseil des ministres italien adopte un décret limitant à 70 ans l’âge des surintendants des institutions lyriques et symphoniques d’Italie. Si les directeurs italiens étaient déjà visés par cette limitation, elle ne s’appliquait pas encore aux directeurs étrangers. Un décret qui concernait directement les Français Stéphane Lissner, âgé de 70 ans depuis le mois de janvier 2023, et (moins immédiatement) Dominique Meyer, directeur de la Scala de Milan qui aura 70 ans en août 2025.

Un décret pris dans un climat d’extrême tension diplomatique entre la France et l’Italie, qui a rapidement été interprété par la presse italienne et l’intéressé comme une tentative d’éviction de Stéphane Lissner au profit de Carlo Fuortes, alors à ce moment administrateur délégué de la RAI, qui, dans un jeu de chaise musicale politique, céderait sa place à Giampaolo Rossi, cadre de la RAI mais surtout réputé proche du parti d’extrême droite de Giorgia Meloni. Ce décret est alors vu par les observateurs politiques comme une tentative de Meloni de mettre la main sur le service public italien.

En juin dernier, Stéphane Lissner est donc contraint de quitter son poste de surintendant et de directeur artistique du Teatro San Carlo, au profit de Carlo Fuortes qui est arrivé à la tête de l’institution lyrique napolitaine le 1er septembre dernier, quelques jours à peine avant que ne tombe la décision du Tribunal de Naples de réintégrer immédiatement Stéphane Lissner à son poste au San Carlo.

La juge du travail en charge du dossier a en effet estimé que ce décret ne pouvait pas s’appliquer à la situation de Stéphane Lissner, le mandat de ce dernier courant jusqu’en 2025, et elle a également remis en cause la constitutionnalité de ce décret.

"Je suis prêt à exercer à nouveau mes fonctions"

Réagissant à cette décision de justice, Stéphane Lissner a salué une "décision juste", rappelant que les derniers mois ont été pénibles pour lui. Il s’est dit prêt à exercer à nouveau son rôle "aux côtés des personnes extraordinaires qui travaillent au Teatro".

De son côté, Gaetano Manfredi, maire de Naples et président de la Fondation San Carlo, a annoncé prendre acte de la décision du tribunal et ne pas s’opposer à la réintégration de Stéphane Lissner, tout en précisant qu’il réunirait prochainement le Comité de directeur de la Fondation San Carlo pour "réfléchir aux possibilités de recours", comme le mentionnent nos collègues du magazine Diapason.

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