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US Open

Coup de sang, gifle à l'arbitre : Jeff Tarango, l'homme qui a précédé Djokovic en "s'auto-disqualifiant"

Jeff Tarango, tennisman américain.
08 sept. 2020 à 06:47Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

L’image tourne en boucle depuis quelques heures : celle de Novak Djokovic, frustré de son niveau de jeu, qui heurte involontairement une juge de ligne avec la balle. Aussitôt disqualifié malgré ses longues réclamations, le Serbe prend donc la porte et devra patienter avant de soulever son 18e Grand-Chelem en carrière.

Une disqualification qui fait couler beaucoup d’encre mais qui n’est pas sans précédent dans l’histoire du tennis. Si l’inévitable John McEnroe et sa brouette d’injures avaient été durement sanctionnés à l’Open d’Australie 1990, la disqualification la plus stupéfiante survient 5 années plus tard, sur le mythique gazon de Wimbledon. Ce jour-là, Jeff Tarango invente même un nouveau terme : l’auto-disqualification. Récit.

Nous sommes donc en juillet 1995. Jeff Tarango a 27 ans et pointe à une modeste 80e place au classement ATP. Plus connu pour ses frasques extra-sportives (il avait quitté le terrain en slip lors d’un affrontement avec Michael Chang) que pour ses prouesses raquette en main, l’Américain colporte fièrement cette réputation de bad-boy.

Cette année-là, Tarango est enfin parvenu à passer le premier tour de Wimbledon pour la première fois en sept tentatives. Après s’être extirpé du deuxième tour, il s’apprête à affronter Alexander Mronz,  Allemand classé à la 117e place. La proie idéale pour tenter de rallier des 8e de finale dont il rêve depuis longtemps.

Le premier set est sans histoire. Malgré un combat acharné et une nervosité palpable, Tarango le perd 7-6 au tie-break. Il mène 2-1 au deuxième set et est au service à 15-30. Le début des ennuis et d'un match dont on se souviendra longtemps.

Le service de Tarango est annoncé “out” par le juge de ligne. L'irascible Américain bondit, vocifère, estimant que sa balle avait touché la ligne. L’arbitre, le Français Bruno Rebeuh, overrule la décision de son juge de ligne mais n’accorde pas l’ace à l’Américain et fait rejouer le point. Un échange que Tarango perd dans la foulée. 15-40 et balle deux balles de break donc pour Mronz, la cocotte-minute Tarango commence à bouillir et ne vas pas tarder à exploser.

Pris à parti par quelques supporters, il rugit un “Shut-Up” qui lui vaut un premier avertissement pour “obscénité” de la part de l’arbitre. Furieux, l’Américain s’emporte : “Comment ça se fait qu’ils puissent me dire tout ce qu’ils veulent ? Appelez le superviseur !”

Un superviseur qui monte sur le court après quelques minutes de latence et intime à Tarango de poursuivre la rencontre. Et alors que les débats semblent finalement se calmer, l’Américain, frustré, se redirige vers l’arbitre et fulmine un dernier : “Vous êtes l’arbitre le plus corrompu de l’histoire, ce n’est pas possible” à l’encontre du Français.
 

Second avertissement, jeu perdu, pétage de plombs de sa femme

Coup de sang, gifle à l’arbitre : Jeff Tarango, l'homme qui a précédé Djokovic en “s’auto-disqualifiant”

Un arbitre qui adresse un second avertissement à Tarango synonyme de la perte d’un point. Faites le calcul, on passe donc de 15-40 à un jeu en faveur de Mronz. La goutte de trop pour Tarango qui explose définitivement. “No way, that’s it !” crie-t-il. Balançant une dernière balle dans les travées londoniennes, il prend son sac avant de s'engouffrer dans le tunnel du stade et de quitter le terrain en pleine rencontre sous les acclamations sarcastiques du public et le regard ébahi de son adversaire, Alexander Mronz. 

L’affaire aurait pu en rester là, certes, mais c’était sans compter sur Bénédicte, la femme de Tarango, visiblement tout aussi vénale que son époux. Estimant que son mari avait été lésé par un arbitre corrompu, elle se dirigera vers Bruno Rebeuh dans les couloirs après le match et lui assénera une gifle, estimant que “cet homme avait besoin d’une leçon”.

Dans une conférence de presse surréaliste, poussant l’absurde dans ses derniers retranchements, Bénédicte viendra finalement expliquer son geste aux côtés de son mari, tentant lui, de justifier la situation. 

Tarango sera finalement puni d’une lourde amende de 60.000 euros assortie d’une suspension de deux Grands-Chelems. Et il restera dans l’histoire comme le premier joueur à s’être auto-disqualifié d’un match.

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