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Equitation

Coup de filet dans le monde du cheval pour des soupçons de dopage et de triche

Des soupçons de dopage planent au-dessus des hippodromes.
07 déc. 2021 à 19:003 min
Par AFP

Trois entraîneurs issus d'une même famille très connue des courses hippiques, des jockeys, des vétérinaires... C'est un vaste coup de filet qu'a réalisé mardi la police judiciaire en interpellant quinze personnes soupçonnées de dopage sur des chevaux et de triche pendant les courses.

Il s'agit d'un coup de tonnerre dans le milieu réputé fermé et feutré des courses de pur-sang.

Au coeur de l'enquête, initiée il y a dix mois, la famille Rossi, très implantée dans les Bouches-du-Rhône, où elle dispose d'un grand centre d'entraînement à Calas, un village situé à 30 kilomètres au nord de Marseille.

Les entraîneurs Frédéric Rossi et ses neveux Cédric et Charley font partie des onze personnes placées mardi matin en garde à vue par les policiers du Service central des courses et jeux (SCCJ), dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en septembre à Aix-en-Provence.

Plusieurs personnes qui travaillent avec la famille Rossi - vétérinaires, jockeys, préparateurs - sont également auditionnées. Quatre d'entre elles le sont uniquement en qualité de témoins.

Les gardes à vue ont elles été prolongées de 24h mardi soir, a-t-on appris de source proche de l'enquête. Plusieurs perquisitions ont eu lieu, notamment au centre d'entraînement de Calas.

Cheval "retenu"

Au total, "une trentaine de courses sur l'année 2O21" sont dans le viseur du SCCJ. "Un nombre assez conséquent sur une période assez courte", souligne un enquêteur.

Par ailleurs, au-delà du dopage, des soupçons de tricherie pèsent sur certaines de ces courses, dont plusieurs ont été observées par les policiers du SCCJ.

Des jockeys pourraient ainsi avoir "retenu" leur pur-sang pour ne pas l'emporter et "faire remonter sa cote" pour la course suivante, décrypte une source proche du dossier.

L'évaluation complexe des gains ainsi indûment obtenus est en cours d'évaluation par les enquêteurs et doit aussi intégrer "l'effet positif à la revente" de chevaux mieux cotés grâce à cette triche.

En attendant les résultats de l'enquête, une dizaine de chevaux ont été saisis au centre de Calas mais aussi à Chantilly, où la famille Rossi dispose d'une annexe.

Certains équidés pourraient ainsi être revendus par l'État, via l'Agence de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), au même titre que les voitures de luxe de certains criminels.

"Ce genre de mesures est très mal ressenti dans le monde du cheval", souligne la source proche du dossier.

30.000 contrôles annuels

Âgé de 53 ans, Frédéric Rossi entraîne plus de 150 chevaux et se présente sur son site internet comme le membre d'une "grande famille des courses", fils d'Henri Rossi, grand jockey de la région puis entraîneur.

Il figure à la cinquième place du classement des entraîneurs établi par France Galop avec 94 victoires en 2021, qui ont rapporté au total 2.512.625 euros de gains. Ses neveux Cédric et Charley figurent respectivement à la 10e et 36e place.

En 2020, cet entraîneur à succès a remporté sa première course labellisée "Groupe 1", le plus haut niveau des courses de galop, sur l'hippodrome de Longchamp grâce à sa pouliche Dream And Do.

Mais il était aussi depuis 2019 dans le viseur des instances disciplinaires de France Galop, la société organisatrice des courses hippiques.

Après deux amendes infligées en 2019 et 2020 pour avoir administré à ses chevaux des substances interdites sans avoir pu les justifier par une ordonnance du vétérinaire au moment du contrôle, il a écopé le 9 juin dernier d'une suspension pendant trois mois avec sursis de ses fonctions d'entraîneur.

L'un de ses poulains avait subi une infiltration de corticoïdes six jours avant de remporter une course sur un hippodrome de Lyon, alors que le délai légal est de 14 jours. M. Rossi a fait appel de cette décision, plaidant "que cela relève uniquement d'un problème organisationnel et en aucun cas d'une intention délibérée".

"La lutte antidopage est une priorité absolue de la filière des courses qui y consacre un budget annuel de 10 millions d'euros", a réagi France Galop dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Ainsi, la filière hippique réalise près de 30.000 contrôles antidopage par an, en course, à l'entraînement, en sortie d'entraînement et à l'élevage, à la faveur de contrôles inopinés", ajoute la société de courses hippiques.

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