Monde Europe

"Coup d'État" en Pologne? "La démocratie en danger, l'opposition muselée"

La Première ministre polonaise Beata Szydlo, le 17 décembre 2015 à Bruxelles.

© EMMANUEL DUNAND - AFP

24 déc. 2015 à 11:06Temps de lecture3 min
Par T.M. avec G. Kounda

La Pologne vit actuellement un "coup d'État" selon les mots utilisés par le président du Parlement européen Martin Schulz. Le parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis octobre, tente selon l'opposition de paralyser le tribunal constitutionnel, l'instance chargée de statuer sur la conformité des lois.

Le PiS y a déjà placé cinq juges de son choix, suivant une procédure controversée, ce qui devrait lui permettre de bloquer facilement les avis défavorables du tribunal, et donc de faire passer n'importe quelle loi.

Pour évoquer la situation, la RTBF a posé trois questions à Damien Simonart, correspondant de RFI et de l'AFP en Pologne.

Comment expliquer ce retournement de situation en Pologne ?

"On parle toujours de la Pologne comme d'un pays en croissance qui se développe à toute vitesse mais à y regarder de près le niveau de vie des Polonais reste très faible comparé à celui des citoyens d'Europe de l'Ouest. Pour vous donner un exemple, un employé qui travaille à plein temps à la caisse d'un supermarché gagne environ 300 euros par mois, c'est-à-dire le salaire minimum."

"Beaucoup de Polonais pensaient que seule une petite bande de copains au pouvoir s'enrichissaient tandis que eux restent pauvres. Après huit années de gouvernance libérale, ils ont donc donné leur chance aux conservateurs nationalistes du parti Droit et Justice qui ont la majorité absolue au Parlement et au Sénat. Ces derniers ont promis de réparer la Pologne. Et pour ce faire, tout ce qui rappelle le précédent gouvernement libéral doit disparaître et les conservateurs prennent peu à peu contrôle de tous les appareils de l'État."

Justement, l'objet de la crise actuelle en Pologne, c'est le tribunal constitutionnel. D'après l'opposition, le pouvoir veut le paralyser. Comment est-ce possible ?

"Pour comprendre la situation, le tribunal constitutionnel, c'est la plus haute institution juridique en Pologne. Dans le cas comme aujourd'hui, où un parti à la majorité absolue au Parlement, c'est le seul organe qui peut invalider une loi. D'où la volonté des conservateurs de le contrôler. Jusqu'à présent, le Tribunal Constitutionnel composé de 15 juges rendait ses verdicts à la majorité et pouvait traiter les affaires dans l'ordre qu'il voulait en fonction de l'importance."

"Désormais, le nouveau pouvoir veut que les verdicts soient votés à la majorité des deux tiers et que le tribunal traite les affaires dans l'ordre chronologique. Par ailleurs, il devra laisser un délai d'au moins 3 mois pour prononcer un verdict. Cela signifie donc que certaines affaires d'État attendront peut-être des années avant d'être jugées et donc tant que les conservateurs auront la majorité absolue au Parlement, ils pourront donc faire passer et surtout faire appliquer toutes les lois qu'ils veulent."

Sans surprise, la Chambre basse du Parlement a voté en faveur de cette nouvelle loi. Les critiques pleuvent aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale...

"Martin Schultz, le président du Parlement européen parle de coup d'État en Pologne. Jean Asselborn, le chef de la diplomatie luxembourgeoise qui préside actuellement l'UE, évoque quand à lui des dérives autoritaires effrayantes ! Lech Walesa, le fondateur du Syndicat Solidarnosc et héros lors de la chute du communisme en Pologne, affirme que la démocratie est en danger. Plusieurs dizaines de milliers de Polonais sont descendus dans la rue pour manifester."

"Malgré ça, le parti Droit et Justice fait la sourde oreille. L'opposition politique est muselée. Elle n'a même pas le droit de poser des questions concernant les réformes. La Première ministre polonaise Beata Szydlo affirme toutefois agir légalement avec l'accord du peuple. Elle envoie aussi un message clair à Bruxelles. L'UE ne dictera pas sa politique à la Pologne. Une fermeté qui risque d'avoir des conséquences, car la Pologne est en train de ruiner en quelques semaines la réputation qu'elle s'est forgée pendant 25 ans."

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous