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Corse : une manifestation en soutien au militant indépendantiste Yvan Colonna tourne à "l’émeute"

Des manifestants lancent des projectiles lors d’affrontements avec la police à la suite d’un rassemblement de soutien à Yvan Colonna une semaine après son agression en prison à Bastia.
13 mars 2022 à 20:33Temps de lecture2 min
Par Africa Gordillo

Après une heure, de défilé au cri de "Etat français assassin", la manifestation en soutien à l’indépendantiste Yvan Colonna condamné pour l’assassinat du préfet Erignac, dimanche à Bastia, a viré à "l’émeute", selon le procureur de Bastia, avec un bilan de 38 blessés dont 24 membres des forces de l’ordre. Yvan Colonna a été victime d'une agression en prison qui l'a laissé dans le coma.

"Des émeutes ont lieu à Bastia depuis 16h30", a déclaré à l’AFP en début de soirée le procureur de la République de Bastia, Arnaud Viornery, "et les violences se poursuivent""Un incendie a été déclenché à l’hôtel des impôts" par les émeutiers avant d’être éteint par les pompiers, a-t-il ajouté.

La manifestation, partie à 15 heures sous une pluie fine et froide du palais de justice, s’était auparavant déroulée dans le calme. Le slogan "Statu Francese Assassinu", repris par les milliers de participants – 7000 selon les autorités, 12.000 selon les organisateurs –, traduisait cependant la tension dans l’île depuis le 2 mars et l’agression de l’ancien berger à la prison d’Arles (Bouches-du-Rhône), qui l’a plongé dans le coma.

"Liberta, Liberta !": capuches sur la tête pour les plus jeunes, parapluie pour les plus âgés, toutes les générations étaient représentées dans une foule sur laquelle flottaient de nombreux drapeaux frappés de la tête de Maure, ainsi que des banderoles portant le visage de Colonna.

La colère a débordé dès l’arrivée du cortège à la préfecture à 16 heures, avec des échauffourées entre les forces de l’ordre et "300 manifestants encagoulés", selon les autorités, vêtus de noir et pour certains équipés de masques à gaz, ont constaté des journalistes de l’AFP.

"Ne filmez pas, salauds de Français": pour certains, la présence des journalistes sur place n’était visiblement pas souhaitée.

La population invitée à rester chez elle

Gaz lacrymogènes et canons à eau d’un côté, cocktails molotov, bombes agricoles et cailloux récupérés sur les voies ferrées de l’autre : à 20 heures, "les attaques se poursuivaient dans différents secteurs du centre-ville de Bastia, avec une violence extrême", a souligné la préfecture, selon qui "les émeutiers ont tiré à de nombreuses reprises à la carabine à plomb sur des membres des forces de l’ordre".

Dans son dernier communiqué, la Préfecture a appelé "la population du centre-ville de Bastia à éviter de sortir de chez eux". Mais certains manifestants regrettaient ces heurts : "La manifestation c’était bien, tranquille, […] il ne faut pas retenir que les débordements", a insisté auprès de l’AFP Dominique Mannucci, 50 ans.

De fait, l’appel officiel à la manifestation était sobre, demandant "la vérité et la justice pour Yvan, la liberté pour les patriotes et la reconnaissance du peuple corse".

"Pas de casseurs"

Pour Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif de Corse et ancien avocat d’Yvan Colonna, "il faut aller aujourd’hui au-delà des slogans". "La colère et l’indignation s’expriment", a-t-il concédé auprès de l’AFP, pendant la marche : "Mais ce qui compte, c’est que le peuple corse tout entier est mobilisé contre l’injustice, l’exigence de vérité et au-delà pour une véritable solution politique" entre l’Etat et la Corse.

La découverte juste avant la manifestation d’un stock d’environ 300 cocktails molotov avait déjà indiqué l’ambiance, malgré de nombreux appels au calme ces dernières 48 heures. "Si l’émotion est légitime, elle ne peut et ne doit conduire à la violence", avaient ainsi estimé quelque 60 maires et élus de Haute-Corse dans une motion.

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