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Chroniques

Coronavirus : vaccination des enfants, débat à hauts risques

Les coulisses du pouvoir

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15 déc. 2021 à 08:16 - mise à jour 15 déc. 2021 à 09:062 min
Par Bertrand Henne

C’est aujourd’hui que la France commence sa campagne de vaccination des enfants de 5 à 11 ans. La Belgique a reçu les premières doses de vaccins pédiatriques. La décision ne devrait plus tarder. Le terrain est glissant pour le politique.

L’agence européenne des médicaments a remis un avis positif, le conseil supérieur de la santé y travaille, le comité de bioéthique aussi, la task force vaccination se prépare. Pendant ce temps, cela avance dans d’autres pays. La France a commencé sa campagne de vaccination des enfants. Pour l’instant elle se limite aux enfants à risque, mais également à ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou vulnérables. La Haute autorité de santé, décisive en France sur ces questions, doit dire dans les prochains jours si cette vaccination sera étendue à tous les enfants. Mais c’est assez probable. Les Etats-Unis ont déjà pris une décision dans ce sens, d’autres pays par contre attendent, comme le Royaume uni.

Bénéfice-risque

Au cœur du débat la fameuse balance bénéfice risque. C’est d’abord une question médicale. Puisque les enfants développent très peu de formes graves, l’intérêt de la protection vaccinale est plus limité. Plus limité, mais pas absent, surtout pour les enfants à risque. La balance avec les rares effets secondaires des vaccins pédiatriques est jugée positive par les agences européenne et américaine des médicaments.

Mais le débat se joue à un autre niveau, qui est celui non pas de la médecine pure mais de la santé publique et de l’éthique. En effet, l’intérêt de vaccination des enfants ne se situe pas que dans la protection individuelle, il est aussi et même plutôt selon les avis dans la protection communautaire. Même si l’effet protecteur des vaccins contre la transmission est plus faible que prévu, une vaccination des enfants réduirait la circulation du virus dans la société. Les enfants contribueraient à protéger les plus faibles dans la société et diminueraient le risque de fermetures de classes, de quarantaine à domicile.


►►► Faut-il changer de stratégie face au coronavirus ?


L’enjeu ici c’est de savoir si on sacralise l’enfant comme un individu, ou si on le considère comme faisant partie d’une communauté. Vaste débat entre liberté individuelle et liberté collective qui nous poursuit depuis près de deux ans.

Ethique

Les enfants doivent-ils contribuer à lutter contre une maladie d’adulte ? Le journal le Monde rapportait le débat passionnant qui se joue dans les revues spécialisées dans l’éthique médicale. Dominic Wilkinson, professeur d’éthique médicale à l’université d’Oxford, référence dans le domaine, juge que "déployer le vaccin chez les enfants uniquement parce que les politiciens et les experts en santé publique n’ont pas réussi à convaincre certains adultes de le faire serait un mauvais choix". Il soulève aussi la question des adultes qui n’ont pas accès au vaccin ailleurs dans le monde. Pour ces raisons Wilkinson insiste de toute façon sur le caractère volontaire de la vaccination pédiatrique.

Bien sûr d’autres spécialistes de l’éthique médicale ne sont pas d’accord. Michael Barilan, de l’université de Tel-Aviv par exemple. Il estimait injuste l’exclusion a priori des enfants. Voici ce qu’il écrit dans The Journal of Medical Ethics, rapporté par le monde : "Les vaccins contre le Covid sont parmi les produits les plus sûrs connus. S’il est acceptable d’emmener les enfants faire du ski et de l’équitation, ou de les soumettre à d’autres activités qui comportent des risques beaucoup plus élevés, pourquoi pas à deux ou trois injections de vaccin ?"

Pour les philosophes c’est un débat passionnant, pour les politiques c’est un débat à haut risque.

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