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Coronavirus : un groupe d’experts demande un meilleur système de prévention des pandémies

24 mai 2021 à 17:22 - mise à jour 24 mai 2021 à 19:45Temps de lecture3 min
Par Paul Verdeau

Comment prévenir de nouvelles pandémies ? Faut-il donner plus de pouvoirs à l’OMS ? Comment régler l’accès aux vaccins ? Autant de questions que se posent les 194 membres de l’agence onusienne, réunis en conférence en ligne à partir de ce lundi. Il faut dire qu’après plus d’un an de crise sanitaire qui a fait 3 millions de morts, certains reprochent à l’organisation, ainsi qu’aux gouvernements du monde entier, d’avoir tardé à tirer la sonnette d’alarme. Un panel d’experts indépendants a été commissionné par l’Assemblée mondiale de la santé et a publié un rapport le 12 mai dernier. Le constat est dur : "le système actuel, tant au niveau national qu’international, n’était pas adapté pour protéger la population contre la Covid-19", peut-on lire dans le rapport.

Selon les experts, trop de temps s’est écoulé entre la notification d’un foyer épidémique en Chine et la déclaration d’une urgence de santé publique à l’échelle internationale. "Le mois de février et les quinze premiers jours de mars ont été perdus, regrette Michel Kazatchkine, un des experts du panel. Nos pays n’étaient pas préparés à la mise en place de mesures de santé publique et nos gouvernements étaient encore trop dans la délégation aux ministres de la santé, alors que c’est une affaire qui concerne tout le gouvernement."


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Au-delà du constat, le panel propose des "recommandations audacieuses" à l’usage des gouvernements. D’abord pour enrayer définitivement la pandémie de Covid-19, en encourageant les pays les plus riches et les plus avancés dans le développement de vaccins à fournir au moins un milliard de doses aux pays à revenu faible ou intermédiaire, d’ici septembre. D’un autre côté, les producteurs de vaccins doivent octroyer des licences volontaires et faire du transfert de technologies, afin d’aider les pays en forte demande. Enfin, le G7 doit s’engager à fournir 60% du budget du "dispositif pour accélérer à l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19" (aussi appelé "accélérateur ACT", présenté en novembre 2020), pour les vaccins, les traitements et le renforcement des systèmes de santé. Soit 11 milliards de dollars pour les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Japon et Italie).

En pleine Guerre froide, le monde entier s’est réuni pour éradiquer la variole

Mais le panel d’experts veut aller plus loin : selon lui, il faut réformer pour l’avenir le système de prévention et de gestion des pandémies. Il préconise notamment la création d’un "Conseil mondial de lutte contre les menaces sanitaires", qui sera chargé de coordonner l’engagement politique des Etats, et l’adoption d’une "convention-cadre sur la pandémie". Selon lui, il faut également renforcer la transparence du système de surveillance. On se souvient que l’OMS avait eu du mal à organiser des missions d’enquête en Chine. "La réglementation actuelle demande que l’OMS ne puisse publier sur son site des articles sur un pays qu’avec l’autorisation de celui-ci", remarque Michel Kazatchkine. Un manque de transparence qui pose problème, même s’il y a eu des avancées. "La Chine a identifié un premier cluster le 15 décembre 2019 et le 2 janvier elle a publié la séquence du virus, mise à la disposition de tous ! Toute la recherche vaccinale a reposé sur la publication de cette séquence", rappelle l’expert.


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Les spécialistes plaident d’ailleurs pour un meilleur financement de l’OMS, dont le budget est actuellement divisé entre 80% de financements volontaires (provenant d’organismes de philanthropie par exemple) et 20% de contributions fixées de la part des Etats membres (dont 22% pour les Etats-Unis, 12% pour la Chine ou encore 8,6% pour le Japon). Au-delà de ça, le panel d’experts souhaite créer un Mécanisme international de financement, qui pourrait mobiliser des ressources d’environ 5 à 10 milliards de dollars par an pour financer la prévention, et dépenser entre 50 et 100 milliards de dollars en cas de déclaration de pandémie.

Au niveau national, le panel recommande aux pays de nommer des coordinateurs nationaux de la pandémie. Un sujet qui sera particulièrement délicat, lorsqu’il sera évoqué ce lundi en réunion. Certains craignent le blocage de pays qui ne veulent pas reculer sur leur souveraineté. Michel Kazatchkine, lui, se montre optimiste et rappelle qu’il y a eu des précédents dans l’Histoire. "Au comble de la Guerre froide, dans les années 1950, les Russes et le monde entier se sont mis ensemble pour vacciner le monde contre la variole, qui faisait 2 millions de morts par an, raconte-t-il. Donc je pense que sur des sujets comme la santé, l’interdépendance du monde doit pouvoir surmonter les difficultés."

Coronavirus: revoir le système d'alerte de l'OMS (JT 12/05/2021)

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