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Coronavirus: les ministres européens des Finances s'accordent sur un fonds de relance et 500 milliards d'aides

Coronavirus: les ministres européens des Finances s'accordent sur un fonds de relance et 500 milliards d'aides
09 avr. 2020 à 20:37 - mise à jour 09 avr. 2020 à 21:573 min
Par Belga

Les ministres européens des Finances sont parvenus jeudi soir, après plusieurs semaines de débats, à un accord sur la réponse économique à apporter à la crise du coronavirus, en laissant en suspens la question sensible des obligations européennes dites "corona-bonds".

"Nous montrons que nous pouvons surmonter nos divergences quand nous sommes confrontés à de grandes menaces", s'est félicité le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno. "C'est pour nous une réaction sans précédent par son ampleur et sa rapidité", a-t-il ajouté.

On retrouve dans cet accord les trois filets de sécurité initialement envisagés: pour soutenir les finances publiques des Etats, des lignes de crédit préventives pouvant atteindre 2% du Produit intérieur brut et provenant du Mécanisme européen de stabilité (MES) ; pour les entreprises (et en particulier les PME), des garanties de liquidités fournies par la Banque européenne d'investissement à hauteur de 200 milliards d'euros ; et pour les travailleurs, le programme "SURE" de la Commission européenne pour garantir jusqu'à 100 milliards d'euros les programmes nationaux de chômage temporaire.

Fonds de relance

En outre, un fonds de relance temporaire et ciblé a été convenu pour soutenir la reprise économique, signe de solidarité financière entre Etats membres. Mais son fonctionnement n'est pas précisé. Les conclusions des grands argentiers européens constatent la divergence de vues entre Etats membres, tout en citant le fait que certains d'entre eux envisagent un instrument de mise en commun de la dette. C'est le cas des pays dits méridionaux comme l'Italie, l'Espagne ou la France, mais l'idée de corona-bonds est rejetée par des pays dits nordiques comme les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Autriche.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a lui salué un "excellent accord" incluant "500 milliards d'euros disponibles immédiatement" et "un fonds de relance à venir". Son homologue allemand Olaf Scholz a jugé que l'accord était "un grand jour pour la solidarité européenne".

"Il était absolument nécessaire d'envoyer aujourd'hui, aux familles et entreprises, un signal clair de solidarité européenne", a déclaré le ministre belge Alexander De Croo. "L'Europe est également à leurs côtés. C'est une première étape importante pour répondre aux besoins les plus urgents rapidement."


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Le ministre italien Roberto Gualtieri s'est félicité que les obligations européennes avaient été, selon lui, "mises sur la table" et que la conditionnalité du MES (Mécanisme européen de stabilité) en avait été ôtée. "Nous envoyons au Conseil (des chefs d'Etat et de gouvernement) une proposition ambitieuse", s'est-il félicité.

Cette conditionnalité concerne l'accès aux lignes de crédit du MES. L'Italie refusait le recours à ce fonds d'urgence mis sur pied en 2012 pour répondre aux crises des dettes souveraines parce qu'il était conditionné à des réformes intérieures qui peuvent s'avérer douloureuses, alors que le pays n'est pas responsable de la crise du coronavirus. Les pays dits nordiques étaient prêts à lâcher du lest, mais les Pays-Bas traînaient les pieds. Au final, la seule condition d'accès sera que les crédits financent des dépenses sanitaires directement et indirectement liées à la crise.

 

Mario Centeno a dit s'attendre à ce que les mesures soient opérationnelles d'ici deux semaines. Elles devront absorber les premiers chocs, mais il en faudra davantage pour affronter la récession qui s'annonce, a-t-il prévenu. Le rôle du budget pluriannuel 2021-2027 sera central à cet égard, de même que le fonds de relance pour générer des investissements massifs. Il revient aux chefs d'Etat et de gouvernement d'en tracer les contours. Avec ou sans euro-bonds ? Le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra a répété à l'issue de la réunion que ce sera sans.

L'ensemble de la discussion revient maintenant au Conseil européen. Son président Charles Michel s'est félicité que l'Eurogroupe ait convenu d'un "ensemble solide d'instruments pour répondre à la crise du Covid-19 dans un esprit de solidarité".