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Coronavirus: "Le syndrome principal du stress post-traumatique est l'impression de perdre le contrôle de sa vie"

Coronavirus: "Le syndrome principal du stress post-traumatique est l'impression de perdre le contrôle de sa vie"
04 mars 2021 à 05:31 - mise à jour 04 mars 2021 à 05:313 min
Par RTBF La Première

Cette année est particulièrement placée sous le signe de l’anxiété, avec l’épidémie qui nous touche depuis février. Comment gérer le stress qui en découle, avec le confinement et les mesures drastiques qui nous sont imposées ? Pour le psychiatre Pierre Schepens, cette période traumatisante rappelle les guerres, les attentats ou encore cette récente explosion qui a touché le Liban. Il parle de "stress post-traumatique".

Le stress post-traumatique, appelé aussi "névrose de guerre", a été mis en évidence au début du XXe siècle, rappelle Pierre Schepens. Au moment de la Première Guerre Mondiale, un million de personnes ont souffert de troubles psychologiques. Elles ont été considérées comme des traîtres, des lâches, des simulateurs. Plutôt que recevoir des soins, elles ont été quasi torturées par des courants galvaniques, dans l’intention de les sortir de cette forme d'"hystérie" et de les stimuler par des chocs puissants.

On voit encore aujourd’hui cette forme de stigmatisation des personnes qui souffrent de troubles anxieux ou dépressifs. "Ils n’ont qu’à se secouer" entend-on souvent, oubliant que tout le monde n’est pas égal face à cette situation.

Le principe du stress post-traumatique est d’abord lié à la guerre, mais il se manifeste également dans l’intime de la vie, notamment sur les notions d’inceste, de viol commis précocement.


Personne ne peut prédire comment on va réagir à un stress avant d’y être confronté

Beaucoup souffrent psychologiquement de cette situation particulière engendrée par le Covid-19, et en particulier ceux qui souffraient déjà d’une problématique de santé mentale. Pour eux, du jour au lendemain, les consultations se sont arrêtées, les centres d’accueil se sont fermés. Ceux qui étaient déjà sur le fil ont vraiment basculé.

Des personnes âgées ont développé le "syndrome de glissement", cette forme de dépression avec sous-alimentation, et en sont décédées, dans ce contexte de Covid-19.

Des personnes ont basculé dans une forme de démence qu’elles n’avaient pas avant. Certains adolescents, privés de contacts sociaux, ont ainsi été fragilisés, ont développé de la phobie sociale, de l’isolement.

Personne ne peut prédire comment on va réagir à un stress avant d’être confronté à un trauma. On n’est pas nécessairement prédisposé à en souffrir plus ou moins qu’un autre. Certaines personnes qui ont un fonctionnement 'normal', mises dans des conditions répétées de stress, vont basculer. Les médias, les experts jouent également un rôle important en faisant parfois passer des messages perçus comme terrorisants par une population sensible.


Le masque, source de trauma

L’être humain n’a pas l’habitude de n’avoir affaire qu’au regard. On a besoin de l’ensemble de l’expression corporelle, en particulier du visage, du sourire… Le masque fait partie des choses génératrices de trauma pour les personnes qui, souffrant du Covid-19, se sont retrouvées aux soins intensifs et se sont réveillées entourées de cosmonautes sans visage. La confrontation à la mort était manifeste.

Ces malades ont ensuite été pris en charge pour la revalidation par d’autres cosmonautes, dans d’autres hôpitaux, dans des conditions tellement aseptisées que la relation en a été biaisée. Il faudra du temps pour récupérer psychiquement et retrouver sa place. Y compris pour les soignants, pour qui la situation de contagion est unique et qui ont été souvent confrontés au vide du regard du patient sortant de Covid, souligne Pierre Schepens.

La crise sanitaire, sociale et économique, pourrait bien se doubler d’une grave crise sanitaire d’un point de vue mental, alerte le psychiatre. Si le stress devient chronique, alimenté par les médias et les réseaux sociaux, les conséquences pourraient être dramatiques et toucher une population qui, au départ, n’était pas amenée à consulter. Si ces personnes ne sont pas entendues, elles risquent de vivre leurs symptômes dans l’isolement, la honte, la culpabilité.
 

Comment réagir ?

Il faut pouvoir reconnaître son anxiété et contrôler le rapport à la situation dans laquelle on se trouve. Pour certains, la peur de la contagion est totalement déraisonnée, il faut travailler sur le contexte, sur la dédramatisation. Pour cela, il faut que la personne puisse s’autoriser à parler, il faut qu’elle soit entendue. Il n’y a absolument pas de honte à avoir ces difficultés, ces symptômes.

On peut chercher l’aide d’abord dans son entourage, parler pour apprivoiser sa peur, avant de faire appel à la psychiatrie.

Le syndrome principal du stress post-traumatique est l’impression de perdre le contrôle de sa vie, rappelle Pierre Schepens.

"On a eu l’impression entre le 15 juin et le 15 juillet qu’il y avait une porte de sortie et puis brusquement cette porte de sortie s’est refermée. Et certains vivent très mal cette espèce de déconfinement-reconfinement actuel. On se rend compte qu’il va falloir apprendre à vivre avec. Et vivre avec, c’est continuer à vivre malgré et pas ne plus vivre à cause."

 

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