RTBFPasser au contenu
Rechercher

Coronavirus : la transmission à l'homme par un animal intermédiaire "probable à très probable"

Coronavirus : la transmission à l'homme par un animal intermédiaire "probable à très probable" (étude)
29 mars 2021 à 07:42 - mise à jour 29 mars 2021 à 07:42Temps de lecture4 min
Par Belga

L’étude conjointe des experts de l’OMS et chinois a conclu que la transmission à l’homme par un animal intermédiaire est une hypothèse "probable à très probable", tandis qu’un incident de laboratoire reste "extrêmement improbable".

Selon la version finale du rapport dont l’AFP a obtenu une copie, les spécialistes, qui selon certains n’ont pas eu assez de latitude pour travailler librement lors de leur séjour de quatre semaines en Chine, ont jugé que "compte tenu de la littérature sur le rôle des animaux d’élevage en tant qu’hôtes intermédiaires pour les maladies émergentes, il est nécessaire de réaliser d’autres enquêtes incluant une plus grande étendue géographique" en Chine et ailleurs.

Confirmation

Ce rapport des spécialistes, qui selon certains n’ont pas eu assez de latitude pour travailler librement lors de leur séjour de quatre semaines à Wuhan, confirme les premières conclusions des experts qu’ils avaient présentées le 9 février dans cette ville chinoise où est apparu le virus.

Les experts privilégient la théorie généralement admise de la transmission naturelle du virus d’un animal réservoir – probablement la chauve-souris – à l’homme, par l’intermédiaire d’un autre animal qui n’a pas encore été identifié. La transmission directe du virus via l’animal réservoir est toutefois jugée "possible à probable", par le rapport.

Liste d'animaux intermédiaires

Dans leur rapport publié lundi, ces experts évoquent en page 96 une liste d'animaux qui auraient pu jouer ce rôle d'intermédiaire, à savoir le simple chat domestique, le lapin ou le vison, mais aussi des espèces plus rares comme le pangolin ou le chien viverrin (un canidé qui ressemble au raton laveur) qui peuvent être infectées par le coronavirus. 

Le rapport cite aussi la civette et le blaireau-furet, deux espèces qui avaient été trouvées porteuses du Sras au début des années 2000 dans la province chinoise du Guangdong (sud).

Blaireau-furet soupçonné

Comme son nom l'indique, le blaireau-furet ressemble fort à un croisement entre les deux espèces. L'animal appartient à la famille des mustélidés, comme les furets, les blaireaux, les belettes, les loutres, les putois ou encore les visons.

Avec une taille adulte comprise entre 33 et 43 centimètres, c'est un petit mammifère élancé, plutôt similaire au furet et d'un poids compris entre 1 et 3 kilos.

Mais avec ses marques blanches le long du museau et du dos, sa fourrure rappelle celle du blaireau.

Le blaireau-furet est parfois confondu avec la civette, un féliforme convaincu d'avoir été l'hôte intermédiaire du Sras entre la chauve-souris et l'homme lors de l'épidémie des années 2002-3.

Aire de répartition

Identifié par le zoologiste français Geoffroy Saint-Hilaire en 1831, l'animal compte cinq sous-espèces, à savoir les blaireaux-furets de Chine, de Birmanie, de Java, de Bornéo et du Vietnam. 

La sous-espèce chinoise (melogale moschata de son nom scientifique) est la plus répandue et se rencontre de l'Inde au sud de la Chine, y compris dans la région de Wuhan, où les premiers cas humains de Covid-19 ont été signalés fin 2019. 

Vie quotidienne

Le blaireau-furet s'adapte à plusieurs milieux, de la prairie à la forêt tropicale. C'est un animal nocturne qui se nourrit de graines, de fruits, d'insectes, de vers ou de grenouilles.

Ses griffes acérées lui permettent de grimper dans les arbres et d'y dormir.

A l'instar du putois, il se défend en émettant une odeur nauséabonde à l'aide d'une glande anale.

Un animal proche de l'homme

S'il est parfois chassé pour sa fourrure, le blaireau-furet est loin d'être une espèce en danger. Bien au contraire, il s'épanouit à proximité des activités humaines.

Selon une étude réalisée dans un village du sud-est de la Chine dans les années 1990, les blaireaux-furets tendent à s'installer près des fermes, sur des tas de pierres ou de bois où ils se reposent. Ils évoluent dans les rizières, les champs de coton ou de soja, à la recherche de nourriture.

Les agriculteurs s'accommodent de leur présence car ils chassent les parasites et ne s'attaquent pas à la volaille ni au bétail.

Pas d’étude sur une fuite volontaire

Les experts n’ont par ailleurs pas écarté celle d’une transmission par de la viande surgelée – piste privilégiée par Pékin – jugeant que ce scénario est "possible". Le rapport recommande de poursuivre des études sur la base de ces trois hypothèses, mais il balaie en revanche la possibilité que le virus ait été transmis à l’homme en raison d’un accident de laboratoire.

L’administration de l’ancien président américain Donald Trump avait accusé l’Institut de virologie de Wuhan, qui mène des recherches sur des pathogènes très dangereux, d’avoir laissé s’échapper le coronavirus, volontairement ou non.

Dans leur rapport, les experts indiquent ne pas avoir étudié le cas d’une fuite volontaire, et jugent "extrêmement improbable" un accident.

La mission sur les origines de la transmission du virus à l’homme, jugée extrêmement importante pour tenter de mieux lutter contre une possible prochaine épidémie, a eu du mal à se mettre en place, la Chine semblant très réticente à laisser venir ces spécialistes mondiaux de diverses disciplines comme l’épidémiologie mais aussi la zoologie.

Ne pas négliger les produits d’origine animale provenant de régions situées en dehors de l’Asie du sud-est

Dans ses conclusions, le rapport indique que les études de la chaîne d’approvisionnement du marché de Huanan (et d’autres marchés de Wuhan) n’ont pas permis de trouver "des éléments de preuves de la présence d’animaux infectés, mais l’analyse des chaînes d’approvisionnement a fourni des informations" utiles pour des études de suivi ciblées, notamment dans des régions voisines.

Les experts appellent également à "ne pas négliger les produits d’origine animale provenant de régions situées en dehors de l’Asie du sud-est". Et de conclure : "Les enquêtes doivent être conçues […] dans des zones plus vastes et dans un plus grand nombre de pays".

De son côté, le patron de l'OMS estime que toutes les hypothèses sur l'origine du Covid méritent "plus d'études"

La visite de l'OMS à Wuhan se termine

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Taïwan : possible transmission du coronavirus par une souris de laboratoire