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Coronavirus

Coronavirus : grosses difficultés pour des asbl qui aident les enfants "différents"

Coronavirus : grosses difficultés pour des asbl qui aident les enfants "différents"
20 avr. 2020 à 14:50 - mise à jour 20 avr. 2020 à 15:145 min
Par Jean-François Noulet

La crise du Covid-19 et le confinement ont aussi mis de nombreuses asbl à l’arrêt, ou presque.

Parmi celles-ci, des asbl viennent en aide à des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage.

Ces enfants ont un ou plusieurs troubles "dys" (dyspraxie, dyslexie, dysorthographie, etc.), ont un déficit de l’attention, sont hyperactifs, sont autistes ou ont un handicap.

Pour ces enfants et leurs parents, il est souvent nécessaire de trouver en dehors du cadre scolaire et du schéma classique des soins de santé une bulle d’oxygène.

Les asbl apportent cet oxygène mais seront-elles toujours là après la crise du coronavirus ? Leur survie financière est en jeu actuellement.


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Avant le confinement, Sacha (prénom d’emprunt), 9 ans, partait chaque jour à l’école avec une tablette numérique et un clavier. Ces outils, cela fait presque un an qu’il les utilise quotidiennement en classe. Ils sont devenus indispensables.

Sacha est atteint d’un trouble de l’apprentissage. Il est dyspraxique et hyperactif. Pour lui, écrire, tracer des lignes, être précis et soigneux dans ses cahiers est une torture.

Pour la plupart des enfants, les gestes nécessaires à ces exercices sont devenus automatiques. Pour un dyspraxique, ce n’est pas le cas, le cerveau doit en permanence réfléchir aux mouvements à faire pour former telle ou telle lettre.

Intellectuellement, l’enfant a les mêmes capacités que les autres élèves de sa classe pour comprendre et assimiler la matière, mais comme il doit en même temps se concentrer sur les gestes d’écriture, il dépense une grande énergie et perd en concentration.

Sacha a appris à travailler sur une tablette. Au lieu d’écrire à la main, il tape et imprime. Au lieu de tracer au crayon et à la latte des figures géométriques, il les réalise à l’aide d’une application numérique.

Grâce à cela, il est au même niveau que les autres élèves de sa classe. Son handicap ne le pénalise plus.

Une asbl nécessaire en soutien scolaire

Mais maîtriser l’usage d’une tablette et des applications qui vont avec ne s’improvise pas. C’est là que l’Asbl "Cœur à Corps" intervient.

Depuis 2012, elle accompagne les enfants souffrant de troubles "dys" et autres ainsi que leurs parents. Depuis 2014, elle forme les enfants et les parents à l’usage de la tablette numérique.

Ses formateurs se rendent aussi dans les écoles pour accompagner, en classe, les enfants qui utilisent la tablette et s’assurer qu’ils ne décrochent pas du reste du groupe.

Les mêmes formateurs sont aussi en contact avec les instituteurs et les directions d’école pour mettre en place, au mieux, des aménagements qui permettent aux enfants en difficultés de suivre le rythme scolaire.

Cœur à corps forme aussi les enseignants, logopèdes et autres intervenants du secteur socio-éducatif. L’asbl a acquis une expérience reconnue dans tout le pays

Le 16 mars, tout s’est arrêté

Financièrement, l’Asbl vit des formations payantes qu’elle organise. Or, le 16 mars, avec le confinement tout s’est arrêté, comme l’explique Sophie Leclère, la responsable de Cœur à Corps : "Du jour au lendemain, tout s’est arrêté. Les écoles ayant fermé, les 67 enfants que nous suivons hebdomadairement n’ont plus pu profiter de notre suivi et tous ceux qui devaient suivre une formation n’ont pas pu en bénéficier".

Depuis le début du confinement, l’Asbl affiche un manque à gagner de plusieurs milliers d’euros. Elle a dû mettre au chômage temporaire les quatre membres du personnel qui assuraient les formations et les suivis des élèves.

Sophie Leclère, la responsable de l’Asbl assure la permanence à distance auprès de ceux que Corps à Cœur aide habituellement : "Je continue d’assurer un suivi téléphonique ou par webcam avec certains enfants qui ont des besoins d’ordre affectif et émotionnel. Les autres collègues sont au chômage temporaire, sauf une collègue qui m’aide à mi-temps pour les supervisions des enfants qui ont plus besoin de nous".

Pour l’Asbl, plus le confinement durera, plus la situation sera difficile. Les caisses se vident et pour les remplir, on attend, avec anxiété de voir ce qui se passera d’ici l’été.

Juillet-août, c’est la période des stages, une source de financement importante pour l’Asbl. Un été sans stages serait une catastrophe : "Sans ces fonds-là, l’Asbl ne pourra pas reprendre son personnel. Elle ne pourra pas redémarrer comme elle le faisait auparavant. On est les seuls en Belgique à faire ce travail-là. Il y a un préjudice financier pour nous mais il y a surtout un préjudice émotionnel important pour ces enfants qui sont en situation de handicap", explique Sophie Leclère.

Aucuns subsides, aucune aide "Covid"

Comme beaucoup d’Asbl, Corps à Cœur travaille sans subsides et ne compte que sur ses propres rentrées financières. Elle ne reçoit non plus aucune aide officielle pour tenir le coup en cette période de confinement. "Comme on est une asbl, on est les grands oubliés. On a pensé aux indépendants, aux petits commerces, mais on n’a pas pensé aux associations. On se retrouve sans rien, avec toujours des charges à payer, chauffage, entretien des locaux, assurances, etc.".

Pour survivre et, surtout, continuer à garder le contact avec le terrain, l’asbl a organisé des formations en ligne mais elles ne rapportent pas autant que les activités classiques. Elle a aussi pu compter sur quelques dons de parents reconnaissants. Mais cela ne suffira pas.

Autre asbl, autre secteur, mêmes difficultés

Changement de décor, direction la ferme "Paco’m les autres". Là, dans l’entité de Fleurus, en temps normal, on organise, entre-autres, des activités d’hippothérapie. Les bénéficiaires sont des personnes handicapées ou ayant des troubles relationnels. Les enfants en difficulté d’apprentissage, porteurs de troubles "dys" et autres sont aussi parmi les habitués.

Ici aussi, depuis le 16 mars, tout est à l’arrêt, comme l’explique Alexandra Daeleman, la responsable de l’asbl : "Les séances collectives et individuelles d’hippothérapie ont dû être interrompues. Il reste 25 chevaux dont il faut s’occuper. La difficulté est financière et émotionnelle, car ce n’est pas facile de savoir que des personnes qu’on accueille chaque semaine ne peuvent plus venir alors qu’elles en ont besoin".

L’asbl dépend du secteur équestre, au même titre que de nombreux centres équestres. Elle n’a droit à aucune aide publique pour faire face à la perte de revenus : "Il n’y a aucune aide financière, j’ai licencié mon apprentie. Un cheval, c’est 150 euros par mois pour l’entretenir, sans parler des autres charges. Donc, le gouffre risque de se creuser", poursuit Alexandra Daeleman qui craint que les choses empirent. Des dons ont permis de limiter la casse en mars et avril mais de grosses dépenses sont à prévoir. En juin, il faudra acheter le stock de foin pour l’hiver prochain.

La grosse inconnue concerne l’été où les stages normalement prévus devraient permettre de renflouer les caisses, s’ils ont lieu : "A Pâques, je n’ai pas pu organiser les stages. Cela fait 3600 euros de chiffre d’affaires en moins pour deux semaines. En été, j’ai très peur qu’on ne puisse pas non plus donner les stages. Ce qui est aussi stressant, c’est qu’évidemment, les parents n’inscrivent pas leur enfant trop vite puisqu’ils ne savent pas comment les choses vont tourner. J’ai 70 à 80 stagiaires par été. Sans cela, je ne sais pas comment je vais m’en sortir pour le reste de l’année", explique la responsable de la ferme "Paco’m les autres".

Rester positif, malgré le stress, est la seule alternative pour ces asbl qui espèrent que l’orage passera vite.

 

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