Coronavirus : faudra-t-il bientôt un double test avant de pouvoir prendre l'avion ?

À l'aéroport de Francfort, un site de test COVID-19 pour les voyageurs a été mis en place en partenariat avec la société Centogene.

© Thomas Lohnes - Getty Images

28 juil. 2020 à 16:04 - mise à jour 28 juil. 2020 à 16:33Temps de lecture4 min
Par Philippe Antoine

Comment poursuivre l’activité aérienne dans les meilleures conditions et avec quelles capacités de tests ? Un groupe de travail de l’OACI, l’organisation de l’aviation civile internationale a développé un document pour la relance d’une industrie en pleine crise, aggravé encore par les mesures très contraignantes pour les passagers telles que la quarantaine à l’arrivée imposée par certains pays.

De nombreuses compagnies aériennes demandent quant à elles des tests PCR (qui détectent le virus) avec des périodes de test qui peuvent varier entre 96,72 ou 48 heures avant le départ alors que d’autres y ajoutent l’obligation d’un test sérologique (qui détecte les anticorps dans le sang).

Tests PCR insuffisants

Les conclusions sont claires : les tests PCR, qui consistent en un prélèvement réalisé à l’aide d’un petit écouvillon inséré dans le nez, ne sont pas suffisants. Ces experts évoquent plusieurs raisons : ces tests ne sont valables que pour quelques jours, ils dépendent beaucoup de l’opérateur, et pourraient même être négatifs dans une période de contagion, ce qui présente un réel danger de contamination.

Des experts médicaux recommandent donc la mise en place de tests sérologiques rapides, qui permettent de détecter dans le sang des anticorps et donc de déterminer si une personne a déjà été infectée par le coronavirus. La présence d’une catégorie d’anticorps est en outre synonyme d’une immunité de quelques mois.

Passagers, équipages, staff des aéroports : tout le monde doit être testé

Coronavirus : faudra-t-il bientôt un double test avant de prendre l'avion ?
Coronavirus : faudra-t-il bientôt un double test avant de prendre l'avion ? © Raul Sifuentes - Getty Images

En ce qui concerne les personnes qui prennent l’avion, les experts médicaux voudraient imposer un double test composé d’un test PCR à réaliser chez son médecin quelques jours avant le départ et ensuite d’un test sérologique à l’aéroport, la veille (pour ceux qui en ont la possibilité) ou le jour même du départ. Cela permettrait aussi de rassurer les passagers sur leur situation vis-à-vis du virus.

Les passagers arrivant dans un aéroport seraient quant à eux testés à la " gate " dès leur sortie de l’avion, et l’ampleur du test dépendrait de la zone de départ : soit un faible échantillon des passagers si l’avion a décollé d’une zone verte, soit un fort échantillon (voire l’ensemble des passagers si les installations le permettent) s’ils proviennent d’une zone rouge. Le résultat pourrait être communiqué aux passagers dans la zone de récupération des bagages et en cas d’infection, l’aéroport avertirait d’office le ministère de la santé pour que le volet " traçage " puisse être mis en action.

Il n’y a bien sûr pas que les passagers qui fréquentent les aéroports, où se côtoient toute une série de métiers, des bagagistes aux commerçants en passant par les services de nettoyage et les chauffeurs de taxi ainsi que les équipages des compagnies aériennes. Ces derniers pourraient être testés à partir de leur base quelques jours avant leur vol, et si le résultat PCR est négatif, un test sérologique régulier serait alors réalisé avec l’espoir de découvrir rapidement les anticorps protecteurs. Quant au personnel de l’aéroport, il subirait un test sérologique toutes les semaines, ou dix jours, si le test PCR est OK, en veillant à ne pas tester tous les gens le même jour, afin de pouvoir détecter un éventuel foyer de contamination.

Qui va payer ? Les passagers !

Coronavirus : faudra-t-il bientôt un double test avant de prendre l'avion ?
Coronavirus : faudra-t-il bientôt un double test avant de prendre l'avion ? © franckreporter - Getty Images

La mise en œuvre des campagnes de dépistage actuelles et futures et ce qu’elles sous-entendent (coût des tests, mobilisation de personnel médical, etc.) nécessitera inévitablement un budget conséquent. Certains aéroports évoquent la possibilité de répercuter les coûts sur l’ensemble des métiers de l’aéroport, mais au final, il semble évident qu’il y aura un impact sur le prix des billets d’avion. Une " taxe covid-19 " pourrait être envisagée, comme il existe désormais une " taxe carburant ". Il est donc essentiel que les protocoles utilisés pour tester largement les passagers et les usagers des aéroports soient les plus efficaces, économiques et intégrés aux processus aéroportuaires, d’où l’importance que ces protocoles soient développés par des médecins et des experts opérationnels aériens.

Qui décide la mise en œuvre de ce protocole ?

A moins que les Etats ne l’imposent – ce qui est très peu probable – ce sont les aéroports qui choisiront ou non d’appliquer ces recommandations. Les experts estiment que ce serait une belle " carte de visite " pour un aéroport de pouvoir s’afficher " covid-free ", surtout si leur nombre devient significatif. En Belgique, le dossier vient d’être transmis au SPF Mobilité. Du côté des instances et organisations régionales et internationales, l’objectif est que les meilleures solutions médicales et protocoles de mise en oeuvre se diffusent le plus largement possible auprès des acteurs de terrain, les aéroports et compagnies aériennes du monde entier, et les instances nationales.

Une chose est sûre : prendre l’avion va devenir nettement moins simple que ce ne l’était – dans un grand nombre de cas -avant la pandémie, même si cela sera certainement plus sûr.

L’IATA, l’association internationale du transport aérien, vient par ailleurs de publier un communiqué dans lequel elle estime que le trafic global de passagers ne reviendra pas au niveau pré-covid-19 avant 2024, soit une année de plus que ce qui était prévu ces derniers mois. Autrement dit, la crise du secteur aérien s’annonce encore plus longue et plus profonde.

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