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Coronavirus en France : réouverture des écoles, mesure économique déguisée ?

France : confinement strict prolongé jusqu'au 11 mai

JT 13h

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14 avr. 2020 à 13:594 min
Par Johanna Bouquet

Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé ce lundi pour la quatrième fois depuis le début de la crise du coronavirus. Il a annoncé la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai prochain.

Et après le 11 mai, une annonce qui jette le trouble : la réouverture des crèches, des écoles, des collèges et des lycées. Mais pas des Universités. Et le retour progressif au travail. Alors mesure d’espoir ou priorité économique ? Le début d’un déconfinement qui pose beaucoup de questions.

Pour Emmanuel Macron, il s’agit de réduire les inégalités entre les enfants qui n’ont pas les mêmes chances en termes d’apprentissage et d’accès au numérique. "Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents", a-t-il déclaré.

Mais pour beaucoup, cette mesure vise avant tout à permettre aux parents de retourner travailler. Olivier Faure, secrétaire général du PS, ne dit pas autre chose dans un tweet : "L’ouverture des écoles ne peut pas avoir comme but inavoué de renvoyer travailler les parents, (les étudiants se gardant tous seuls)".

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Des discussions avec les syndicats devraient d’ailleurs débuter ce mardi.

Inquiétudes généralisées

A propos de syndicat, celui des instituteurs et des professeurs des écoles, le SNUipp-FSU a aussitôt exprimé ses inquiétudes à la suite des annonces du président français. Pour beaucoup, il sera impossible d’établir des gestes barrières entre les élèves et les conditions sanitaires ne sont pas réunies.

" Nous étions pour la réouverture des écoles, si la situation sanitaire le permet. Mais les conditions ne sont pas réunies, puisque les cinémas restent fermés ! On rouvre les écoles pour relancer l’activité économique, en sacrifiant un peu vite les enseignants", explique Francette Popineau, du SNUipp-FSU dans les colonnes du Monde, alors que sur les réseaux sociaux, bon nombre d’enseignants affichent leur crainte.

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Un paradoxe, qui met le feu aux poudres : les Universités, elles, resteront fermées. Alors pourquoi précipiter le retour en classe des plus petits, ceux-là mêmes qui ne sauront pas adopter des gestes barrières ? Certes, Emmanuel Macron a annoncé que ce retour se ferait en parallèle de la mise en place de règles strictes. Mais est-ce vraiment réaliste ?

Pour Mathilde Eisenberg, enseignante en maternelle les choses sont claires, les priorités du président sont avant tout économiques : " Moi je travaille en maternelle, les enfants, ils se lèchent les mains, ils éternuent… Les gestes barrières c’est impossible. Dans ces conditions, il est clair que ce sera sans nous le 11 mai."

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D’autant que cette précipitation crée la surprise parmi les enseignants. En effet, avant l’annonce du président, la question d’une reprise pour septembre semblait être le scénario le plus favorable. Or, c’est Michel Blanquer, le Ministre de l’Education, qui plaidait pour un retour en classe avant les congés d’été, moyennant des règles d’aménagement de temps et d’espace et "une période de transition", souligne LesEchos.

Un message que le Ministre de l’Education nationale réitérait ce mardi. "Tout ne va pas se passer du jour au lendemain. Nous avons deux semaines pour préparer tout cela", a-t-il expliqué.

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En termes scientifiques, cela n’a pas beaucoup de sens

C’est sans doute là que le bât blesse dans l’annonce d’Emmanuel Macron. La réouverture des écoles annoncées ce lundi, sans savoir quelle sera la courbe de l’épidémie dans un mois n’a pas de sens scientifiquement, explique le professeur Yves Coppieters.

Car si les intentions de réduire les inégalités entre les élèves sont louables pour beaucoup il s’agit d’une mesure économique qui permettra, avant tout, aux parents de retourner travailler.


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En effet, les enfants sont tout aussi porteurs du virus que les adultes et sont potentiellement contagieux.

A cela s’ajoute, l’impossibilité de les isoler, "on ne va pas savoir les regrouper, ni mettre en place des stratégies vraiment de protection et de confinement au sein des écoles. Donc cela risque de réactiver l’épidémie et de ramener l’infection dans les foyers familiaux", analyse Yves Coppieters. En ce sens, il estime que le message d’Emmanuel Macron est "un message économique. Il s’agit avant tout de relancer l’activité".


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Pour le médecin, c’est la courbe de l’épidémie qui doit déterminer la reprise de l’activité économique, et non les besoins d’une reprise de l’activité. "Une fois que les hospitalisations seront stabilisées, que les hôpitaux auront de nouvelles capacités d’accueillir des malades, alors on peut relâcher les secteurs prioritaires. Mais on peut relâcher les autres secteurs pour autant que les autres secteurs aient des mesures de transition", a indiqué Yves Coppieters.

C’est bien dans cet état d’esprit que semble vouloir se diriger Emmanuel Macron en annonçant que toutes les mesures de précaution seront prises. Ce qui n’empêche pas les inquiétudes du secteur de l’enseignement.

Ce mercredi, le conseil national de sécurité devrait déterminer quelles seront les prochaines étapes de la Belgique face à la crise du coronavirus et les mesures ou non de poursuite du confinement.

Prolongation du confinement en France : analyse avec Yves Coppieters

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