RTBFPasser au contenu

Coronavirus en France : 100 millions de bouteilles de champagne n'ont pas été vendues !

Champagne: l impact du virus sur les bulles

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

26 juil. 2020 à 08:003 min
Par Isabelle Huysen

Ce jour-là, le ciel était gris au-dessus de la Champagne. C’était devenu rare ces derniers jours, tant le soleil avait brillé d’avril à juin. Du coup, le raisin a profité de cette météo clémente. Xavier Muller préside la coopérative de vignerons Mailly Grand Cru et en se promenant dans les vignes, il ne peut que se réjouir : "On voit que les grappes sont en nombre, qu’elles vont bien mûrir, bien grossir, qu’elles sont longues. Elles vont faire partie des grappes qui vont être cueillies."

Les vendanges approchent, elles commenceront certainement vers le 20 août. Mais seules les grappes les plus belles et les plus mûres vont être récoltées. Et cela s’explique par la crise sanitaire. En effet, en mars dernier, les ventes de champagne se sont effondrées : moins 80%. En avril, on est passé à moins 50%, puis à moins 30%. Il faut dire que 90% des ventes de champagne se font à l’étranger, les Etats-Unis en tête. La crise du covid-19 a évidemment mis un frein à ce marché. Résultat : on estime que pour 2020, 100 millions de bouteilles n’auront pas été vendues. Les pertes de chiffre d’affaires pourraient être de l’ordre d’1,7 milliards. Alors, selon Xavier Muller, " on ne rattrapera pas ça, c’est sûr. Mais cette grosse chute nous oblige à réfléchir sur la prochaine vendange, sur le nombre de bouteilles à mettre en stock".

2020, une récolte petite et grande à la fois…

Dans les caves de la Maison Bollinger

La solution est relativement simple : diminuer la production. C’est ce que fera aussi la Maison Bollinger, le champagne rendu célèbre par James Bond ! Son directeur général, Charles-Armand de Belenet : "C’est la magie de la Champagne. C’est la seule région où, avant de connaître le rendement de la vigne, on décide du niveau de production. L’objectif, c’est d’ajuster la production à la demande. Cette année, les ventes vont connaître une diminution d’environ 30%. La production va baisser mécaniquement de 30%". Voilà, pour la petite récolte…

Mais la récolte s’annonce prometteuse. La cuvée 2020 promet dès lors d’être exceptionnelle en goût. Quant aux champagnes des autres années qui n’ont pas été vendus, "tous les vins qui n’auront pas été achetés vont vieillir plus longtemps, donc auront des arômes plus élaborés."


►►► À lire aussi : Coronavirus: chianti, barolo, prosecco... l'importante chute des ventes des vins italiens


Les caves de la Maison Bollinger ne contiennent pas moins de 15 millions de bouteilles, c’est l’équivalent de 5 années de stock. Ici, on voit à long terme : "Ce qu’on va récolter aujourd’hui va être vendu dans 10 ans. L’année dernière, on a vendu le champagne 2008. Et 2008, c’était aussi une année de crise".

Le champagne va donc rester un peu plus longtemps dans les caves. Il n’en sera que meilleur. Pour les finances, par contre, Jean-François Préau, directeur de la coopérative des vignerons Mailly Grand Cru, estime que la situation risque d’être plus difficile pour certains : "C’est surtout un problème de trésorerie ponctuel. Il faut supporter du stock qui n’a pas été vendu à la période où on pensait le vendre. Mais ce n’est pas périssable, ce n’est pas un produit qui devra être détruit. Il suffit de le stocker et d’avoir les reins solides ou d’appeler son banquier pour pouvoir passer la période sans dégâts uniquement parce qu’il faut financer du stock un peu plus longtemps."

Pas de baisse des prix

" il doit rester le roi des vins effervescents"

Certains se diront peut-être que, vu la crise, le prix de ce précieux nectar va baisser. Ils doivent déchanter. Ce ne sera pas le cas. Comme nous l’explique Jean-François Preau : "D’abord, il n’y aura pas vraiment de surstock puisqu’on va adapter nos récoltes, on va faire une récolte plus petite de façon à ne récolter que le meilleur et ne mettre en cave que ce qui va remplacer les sorties de l’année. Ensuite, le champagne doit rester le roi des vins effervescents. Il y a beaucoup de contraintes de production pour produire le champagne qui n’existent pas ailleurs, la longueur de vieillissement bien évidemment, tout le travail qui est fait dans la vigne, tout le travail qui est fait en commercialisation, tout ça a un coût. Et il faut bien comprendre que pour pouvoir offrir le meilleur, il faut avoir les moyens de continuer à investir".

Il faudra attendre avant de goûter la récolte 2020 qui promet d’être exceptionnelle, même si elle a été produite en temps de crise.

Articles recommandés pour vous