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Gérer le Covid-19 comme une grippe: le gouvernement Sanchez est-il visionnaire ou (trop) téméraire ?

File pour le testing en Espagne

© Henry de Laguérie

14 janv. 2022 à 16:25 - mise à jour 15 janv. 2022 à 16:15Temps de lecture3 min
Par Henry de Laguerie -K.D.

Le gouvernement Sanchez est-il visionnaire ou téméraire ? Après avoir été le pays le plus touché par l’épidémie lors de la première vague début 2020, l’Espagne se prépare à devenir le premier état en Europe à gérer le covid comme une épidémie de grippe. " Petit à petit, il faut commencer à évaluer cette épidémie avec des paramètres différents " a annoncé le chef du gouvernement Pedro Sanchez qui entend "grippaliser le covid " selon le néologisme qu’il a employé sur la Cadena Ser.


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Le Covid sera traité comme une maladie respiratoire comme les autres : des précautions continueront d’être prises, les personnes fragiles seront protégées grâce aux vaccins mais le système de surveillance sera allégé, alors que le virus est actuellement beaucoup plus contagieux mais n’engendre pas d’engorgements dans les hôpitaux.

grippaliser le covid

Duplex dans notre Jt du 10 janvier

Moins de tests

Pour le moment, aucun calendrier précis n’est établi mais selon le projet des autorités, à l’issue de l’actuelle sixième vague qui s’abat sur l’Espagne, il n’y aura plus de suivi exhaustif de l’épidémie. On ne comptera plus le nombre de cas positifs chaque jour. " Avec l’apparition d’Omicron, cette comptabilité des positifs sert très peu, parce que le Covid est devenu ces dernières semaines, une maladie extrêmement répandue en Espagne " approuve Félix del Ojo, médecin urgentiste à Almeria. 

Dans le plan de l’exécutif, toujours en cours d’élaboration, ce sont les médecins de famille et les infirmiers dans les hôpitaux qui devront évaluer l’avancée du virus. Comme pour l’épidémie saisonnière de grippe, un système d’échantillon représentatif sera mis en place. Il y aura donc moins de tests : fini les PCR ou les antigènes au moindre symptôme.

Le Covid est devenu ces dernières semaines, une maladie extrêmement répandue en Espagne

En envisageant un début de sortie de crise et une stratégie différente vis-à-vis du virus, une question d’ordre philosophique se pose désormais : si l’on accepte de traiter le coronavirus comme une grippe, combien de morts Covid la société est-elle prête à accepter chaque année ? Avant 2020, la grippe faisait en Espagne près de 15.000 morts chaque année.

L’une des trois plus grandes associations de médecins généralistes, la Semfyc, abonde dans le sens du gouvernement et veut même aller plus loin en appelant à la fin de la situation d’exception. Ces soignants proposent la suppression du masque, des quarantaines et des restrictions.

En d’autres termes, puisque la population est presque entièrement vaccinée et qu’Omicron est beaucoup moins létal, il s’agit de laisser circuler le virus pour alléger la charge de travail des centres médicaux et permettre à l’économie de repartir.

Extrait du Jt du 10 janvier :

Inquiétude

Mais ce changement de cap a été accueilli avec prudence voire inquiétude. Les annonces de Pedro Sanchez tranchent avec le quotidien d’une population encore soumise à de nombreuses restrictions dont le port du masque même en extérieur ou le couvre-feu en Catalogne.


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Plusieurs experts estiment que le changement de stratégie est prématuré. " C’est trop tôt. Le Covid ce n’est pas une grippe. On ne connaît pas les effets à long terme du virus " s’inquiète Felix del Ojo. Plusieurs personnalités politiques se sont démarquées de Pedro Sanchez, dont le président de la région de Valence, socialiste lui aussi.

C’est trop tôt. Le Covid ce n’est pas une grippe

Difficile de dire si les faits donneront finalement raison au gouvernement. Le leader espagnol a indiqué qu’il entendait défendre sa nouvelle stratégie auprès de ses partenaires européens.

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