Une rentrée "à risque" ce 16 novembre : les arguments pour et contre la réouverture des écoles

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13 nov. 2020 à 14:39 - mise à jour 13 nov. 2020 à 14:39Temps de lecture5 min
Par Am.C. avec X.L. et E.B.

Après deux semaines de vacances prolongées, des milliers d’élèves s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école ce lundi 16 novembre. Une rentrée pas comme les autres plombée par les doutes sur la sécurité des enfants en pleine épidémie de Covid-19. Est-ce une bonne chose ? Faut-il s’inquiéter ? Que sait (et ne sait pas) la science ? Aucune de ces questions n’a pour le moment de réponse ferme et définitive.

Nous vous l’écrivions déjà en avril dernier, ce nouveau virus demande d'"ajuster ses lunettes de tolérance à l’incertitude". Les scientifiques cherchent tous les jours à mieux connaître le Sars-CoV-2. Il faut donc accepter de ne pas avoir des réponses définitives, même aux questions en apparence les plus simples.

Une chose est sûre pour le moment : les différents niveaux de pouvoir en Belgique ont fait le choix de prendre "un risque". Un risque qualifié d'"assumé" par Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral pour la lutte contre le Covid-19, dans les colonnes de la Dernière Heure le 10 novembre dernier.

Et un risque qui n'est pas nul puisque, comme on peut le lire dans un communiqué publié par le gouvernement fédéral ce vendredi après-midi à l'issue d'un comité de concertation : "Compte tenu de la réouverture des écoles ce lundi 16 novembre, une extrême prudence reste de mise et le Comité de concertation a décidé de maintenir les mesures en vigueur actuellement."

La stratégie, rappelée par Caroline Désir (PS), la ministre de l’Education en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), ce vendredi matin sur La Première, est la suivante :

Pour les élèves des 2e et 3e degrés du secondaire qui vont devoir travailler à distance, cela ne signifie pas que ça va se faire via un ordinateur. "Cette présence à l’école nous permet de réalimenter à chaque fois la relation pédagogique entre l’élève et l’enseignement mais cela permet aussi, pour certaines matières de voir la théorie en classe et de donner les exercices pratiques à faire à la maison. Par exemple, un cours de français qui donne un livre à lire", détaille Caroline Désir.

Le fait de ne pas donner un cours sur ordinateur résout également le problème de l’équipement des élèves. A ce sujet, la FWB compte mettre à disposition des espaces numériques dans les bibliothèques ou dans les écoles pour les élèves qui n’ont pas du matériel nécessaire à la maison.

On s’attend à un impact, mais on pense qu’il ne sera pas significatif

Ce vendredi, lors d’une conférence de presse, Yves Van Laethem a déclaré que, avec la reprise des cours en présentiel, "on s’attend à un impact [sur la diffusion du virus], mais on pense qu’il ne sera pas significatif".

Une étude présentée cette semaine par la KULeuven et Sciensano est pourtant arrivée à la conclusion que "les enfants sont plus sensibles au virus qu’on le pensait". Le porte-parole interfédéral martèle malgré tout qu'"ils ne sont pas pour cela malades cliniquement parlant ou le sont très peu dans l’immense majorité des cas".

Les efforts se concentrent donc sur les plus âgés. Une limite arbitrairement fixée chez nous à la 3e secondaire, à partir de laquelle les cours se donneront pour moitié à l’école et l’autre moitié à distance. De cette façon, déclare Yves Van Laethem, "on va nettement diminuer la circulation du virus – en tout cas lors du séjour à l’école – chez les gens qui sont le plus à risque de transmettre l’infection".

Est-ce que ça va marcher ? Là encore, il y a de l’incertitude. Il faudra donc "suivre avec précaution les données qui vont nous montrer durant la fin du mois de novembre et le début du mois de décembre si la rentrée des enfants à l’école primaire entre autres a eu un impact sur l’évolution des courbes".

Point presse covid-19 du 13/11 : certains experts ont remis en question la réouverture des écoles, est-ce effectivement un risque ?

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Pourquoi alors ne pas faire le choix du principe de précaution, pourrait-on interroger ? Notamment pour ne pas revivre le vide éducatif du premier confinement dont les effets négatifs sur les apprentissages ont depuis été documentés. Le porte-parole interfédéral pour la lutte contre le Covid-19 a apporté cet élément de réponse vendredi matin : "C’est une décision des scientifiques et des politiques, sur l’importance de garder une éducation et une présence pour les petits enfants chez qui c’est le plus important d’être en contact avec un maître, d’apprendre des choses et d’être socialisé."

Mais ce souhait tiendra-t-il la route face aux contraintes rencontrées par les écoles ? Quid de la distanciation sociale dans des établissements où on ne peut pas davantage pousser les murs ? Et le lavage des mains à l’heure où des professeurs racontent sur les réseaux sociaux qu’ils financent eux-mêmes l’achat de savon ? Comment respecter aussi l’aération des locaux, un geste essentiel dans la lutte contre le virus, quand les températures chuteront après un mois d’octobre plutôt clément ? Sans oublier les professeurs eux-mêmes, pourront-ils être présents en nombre sur le terrain ou assistera-t-on au même scénario qu’en octobre ?


►►► À lire aussi : La Belgique imposera-t-elle le port du masque dès 6 ans ? Le flou persiste autour de la transmission des enfants


A ces doutes, s’en ajoutent d’autres, scientifiques ceux-là. Etudes et contre-études se succèdent sur la contagiosité des enfants et des adolescents. L’étude de la KULeuven et Sciensano a conclu, selon les mots d’Yves Van Laethem, que "l’infection de ces enfants, dans la majorité des cas, peut être attachée à une direction adulte vers enfant au sein du groupe familial. Et non en sens inverse de l’enfant vers l’adulte." Dès lors, "peu d’infections semblent acquises à l’école".

Mais ce résultat est à relativiser selon les auteurs cités par la VRT. Ils estiment qu’il est un peu trop tôt pour tirer des conclusions pour les enfants de toute la Belgique. "Une grande étude est en fait nécessaire, mais nous y travaillons. Nous allons obtenir des résultats à ce sujet plus tard", explique ainsi Corinne Vandermeulen, chercheuse coordinatrice et vaccinologue à la KULeuven.

La fermeture des écoles, une mesure efficace ?

En attendant cette nouvelle étude, un autre article scientifique vient apporter – avec quelques nuances – de l’eau au moulin de ceux qui fermeraient bien les écoles encore un peu. Fin octobre dernier, la revue The Lancet publiait une comparaison des mesures publiques prises, puis abandonnées, dans 131 pays pour faire face à l’épidémie de coronavirus. Les auteurs de l’étude estiment que la fermeture des écoles à elle seule pouvait réduire la transmission de 15% au jour 28, tandis que leur réouverture des écoles peut augmenter la transmission de 24% au 28e jour.

Avec cette réserve cependant : l’étude n’a toutefois pas été en mesure de tenir compte des différentes précautions concernant la réouverture des écoles adoptées par certains pays, comme la distanciation physique, une hygiène améliorée, et autres. "De telles précautions sont impératives pour une réouverture plus sûre des écoles", font remarquer les auteurs.

Reste à voir donc comment évolueront les différents indicateurs dans les prochaines semaines. Objectif : tenir jusqu’aux vacances de Noël, dans cinq semaines.

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