Coronavirus en Belgique : il y a une amélioration mais "certaines provinces sont à la traîne comme le Hainaut et Namur", pointe Yves Van Laethem

24 mai 2021 à 14:36Temps de lecture4 min
Par Lavinia Rotili

Les chiffres de ce lundi 24 mai, indiquaient que l’ensemble des indicateurs de l’épidémie poursuivaient une certaine baisse, à l’exception des contaminations. Celles-ci s’élèvent à 2410 par jour en moyenne entre le 14 et le 20 mai : il s’agit d’une légère hausse de 6%Une hausse à nuancer : à partir du 14 mai, on ne prend plus en compte les chiffres du 13 mai, jour de l’Ascension qui était férié et durant lequel on testait moins et qui faisait un peu descendre la moyenne. Pourtant, certaines différences restent importantes au niveau du pays : Bruxelles connaît une augmentation de cas, le Hainaut et Namur gardent des taux d’occupation des soins intensifs assez importants.

Par rapport aux contaminations, entre le 14 et le 20 mai, l’augmentation la plus importante est enregistrée à Bruxelles : +20,9% de nouveaux cas. Suivent le Brabant wallon (15,8%) et Liège (14,1%). A ce stade, il reste difficile d’établir les causes de cette augmentation, notent les experts. Et, à noter, les chiffres sont quelques peu décalés en raison de deux longs week-ends, période durant laquelle les gens se font moins tester. Ce qui décale les chiffres de quelques jours. 

Pourquoi augmentent les cas dans le Brabant wallon et à Bruxelles ?

Dans le Brabant wallon, certaines communes ont vu les contaminations augmenter, parfois même de manière spectaculaire, comme la commune d’Hélécine (+999%). Pas de panique pourtant: "Lorsque la population est très petite (ndlr : c’est le cas pour Hélécine, qui compte 3 644 habitants) parfois il suffit d’un cluster pour faire grimper les chiffres", note Catherine Linard, géographe de la santé à l’UNamur. La commune d'Hélécine compte 3387 habitants. 


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De manière plus globale, on observe que dans cette province la majorité des cas concernent les 10-19 ans et les jeunes adultes âgés de 20 à 39 ans. Ces données sur les classes d’âge concernées sont très importantes, affirme Catherine Linard, puisqu’elles permettent de voir que le Covid-19 touche, à ce stade et dans ces endroits, des populations qui ne sont pas encore vaccinées.

A Bruxelles, l’augmentation, située à près de 21%, est importante et assez récente. Encore une fois, les données sur les tranches d’âge montrent que les personnes contaminées sont principalement issues de la tranche d'âge de 30 à 39 ans, suivies par les 40-49 et les 20-29. En plus de la composante liée à la vaccination, note la géographe de la santé, le retour à l’école en présentiel pourrait éventuellement jouer un rôle : il s’agirait peut-être de parents d’enfants contaminés en milieu scolaire.

Dans le Liégeois, la hausse de 14,1% des contaminations concerne notamment les enfants et les adolescents âgés de 10 à 19 ans. Ce sont ensuite les 40-49 ans qui sont touchés par les nouveaux cas. Parmi les communes qui ont connu l'augmentation des cas la plus importante se trouvent Villers-le-Bouillet (136%) ou encore Verlaine (+50%), Berloz (163%). Encore une fois, il faut relativiser les données pour des communes très petites, comme Berloz (3135 habitants).

Dans le Hainaut, près de la moitié des lits en soins intensifs sont occupés

Toutefois, si les chiffres montrent que l’augmentation concerne notamment ces trois provinces, le taux d’incidence sur 14 jours (à savoir le nombre de cas sur 100.000 habitants) montre que la province du Hainaut est en haut du classement, avec 362 cas sur 100.000 habitants. Suivent le Brabant wallon (340) et le Luxembourg (329). Bruxelles (280) et Liège (287) arrivent après.

Un point d’attention pour les semaines à venir

"Dans le Hainaut, il s’agit d’une tendance qui se poursuit depuis des semaines. A ce stade, nous ne connaissons pas les raisons de cette augmentation et nous ne pouvons que nous limiter à en faire le constat. Ce qui est certain, c’est qu’il faudra surveiller la situation à ce niveau", commente Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19.

Catherine Linard va dans le même sens, mais rajoute : "Dans le Hainaut, le virus circule plus vite et la vaccination avance moins rapidement. Cela en fait un point d’attention pour les semaines à venir. Il ne faut pas non plus négliger le fait que cette province a le niveau socio-économique le plus faible au niveau de la Wallonie : la population y est donc sans doute moins informée et sensibilisée".


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A l'échelle communale, Mons connaît une augmentation de cas de 11%, Manage de 26%, Quiévrain de 47%. Estinnes a connu une augmentation de 100% (sur une population d'environ 7700 habitants), Quévy de 218% (sur un total de 8000 habitants), parmi les chiffres les plus élevés.

Namur n’est pas épargné par la troisième vague

C'est aussi dans le Hainaut que les chiffres des hospitalisations sont les plus "critiques" : on estime que 44% des lits aux soins intensifs sont occupés par des patients covid, alors que la moyenne nationale est de 27%. "L’allégement par rapport au passé est net, souligne Yves Van Laethem. Pourtant, il ne faut pas baisser la garde, puisqu’on voit que certaines provinces sont plus à la traîne, comme le Hainaut ou Namur".

En effet, Namur suit le Hainaut en termes d’occupation de lits en soins intensifs pour covid: on y est à un niveau de 40%. Probablement des séquelles de la troisième vague, qui a touché plus tôt et de manière plus importante le Namurois, soulignent les deux experts.

Il ne faut pas baisser la garde

A l’échelle nationale, entre le 17 et le 23 mai, on dénombre 118 hospitalisations par jour en moyenne, un chiffre en baisse par rapport à la période précédente. Au total, 1506 patients étaient hospitalisés en raison du coronavirus ce dimanche (contre 1802 le 16 mai). Parmi eux, 542 sont encore ce lundi aux soins intensifs, contre 619 le 16 mai. Un chiffre qui se rapproche du seuil des 500 lits occupés, souhaité par les autorités.

En termes de décès aussi, cela diminue : entre le 14 et le 20 mai, 19,9 personnes sont décédées en moyenne par jour des suites du virus, soit 24,9% de moins que la semaine précédente.

Capture d’écran du Rapport épidémiologique de Sciensano

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