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Coronavirus

Coronavirus en Belgique: "250 euros, et ils me disent merci", le quotidien d'Harmony, jeune policière à Mons

Coronavirus en Belgique: "250 euros, et ils me disent merci": le quotidien d'Harmony, jeune policière à Mons
14 avr. 2020 à 09:47 - mise à jour 14 avr. 2020 à 09:47Temps de lecture3 min
Par Johanne Montay

Elle a 27 ans. Cela fait 6 mois à peine qu’elle est sortie de l’Académie de police de Jurbise. Harmony est policière à Mons. Comme tout un chacun, elle se retrouve confrontée à une bataille qu’elle n’avait jamais imaginée : celle pour le maintien d’un confinement exigé par la santé publique.

"Je n’ai jamais rencontré ça de ma vie", dit la jeune femme. "Moi aussi, ça me fait râler comme montoise que le Doudou soit annulé. Mais on n’a pas le choix. C’est grave, ce n’est pas rien ! Si les règles sont imposées, ce n’est pas pour embêter les gens, les punir, c’est pour leur bien, pour leur santé, leur famille… Moins ils vont les respecter, plus ça va durer et on ne va jamais s’en remettre."


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Kho-Lanta ? Plutôt Kho-Rona…

Très sportive, Harmony s’est inscrite à la sélection de l’émission de télévision Kho-Lanta. L’annonce des résultats a été reportée, vu les circonstances… Suspense, donc, mais pour l’instant, son programme, c'est plutôt Kho-Rona, s’amuse-t-on lors de notre entretien.

Au début de la période de fermeture des cafés et restaurants, elle a été appelée par un voisin pour un barbecue organisé dans un jardin par un locataire et 15 membres de sa famille. Les réactions lors du contrôle ? Elles vont de "on ne fait rien de mal" à "vous n’avez que ça à faire ?". Rester calme et appliquer les amendes…


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OK, c’était au début. Mais vendredi dernier, rebelote : "On a contrôlé 3 jeunes sur le Ravel en train de profiter du beau temps. On a dressé 3 PV pour non-respect des règles de confinement. C’est 250 euros si vous payez tout de suite (on peut payer par carte), vous avez 15 jours pour payer, sinon, vous vous exposez à des poursuites."

250 euros, "et après ils nous disent merci"

Ce n’est pas que ça l’amuse, de coller des PV. Au contraire, mais comme elle dit, "on ne peut plus être laxiste. Avec ces comportements irresponsables, un ami ou un collègue pourrait être atteint de ce virus…"

L’autre jour, mercredi : une moto, conducteur sans casque, passagère avec casque. Harmony contrôle : le conducteur, alcoolisé, allait vers le Ravel se balader. Deux PV "COVID-19" ont été dressés. "Ce qui est étonnant", ajoute-t-elle, c’est qu'"à chaque fois, les personnes nous remercient. Je ne sais pas si c’est d’avoir mis 250 euros de PV… (rires). C’est mon 8e ou 9e PV COVID-19, et à chaque fois, on me remercie. Les gens sont quand même généralement respectueux."

Expliquer, encore et encore

"J’explique à chaque fois que ça ne nous plaît pas ; on sait que c’est difficile, les gens ne travaillent plus, ils sont en chômage économique. 250 euros, c’est énorme sur leur budget. Mais on n’est pas encore assez respectés, les gens ne comprennent pas pourquoi, mais c’est pour leur famille, leurs proches…"

Harmony est touchée émotionnellement : "Ce qui m’attriste énormément, c’est tous ces gens qui peuvent contaminer leur entourage. Je ne voudrais pas perdre un proche atteint du COVID-19, ça m’attriste énormément pour eux, je ne voudrais pas vivre cette situation-là, le deuil n’est pas possible, c’est très très dur."

Prendre ses distances

Dans la voiture, il y a 3 masques FFP2 au cas où l’équipe serait en contact avec des personnes contaminées. Mais Harmony ne porte pas de masque, lors des interventions ordinaires, juste des gants. Elle prend ses distances lorsque il faut interpeller des passants.

Sans enfant, Harmony vit avec un compagnon policier. Il travaille à Anderlecht : "On peut se contaminer l’un l’autre, il est en contact avec autres personnes d’une autre ville…" Mais elle fait le boulot. Pour vous. Pour nous. Pour retrouver notre liberté.