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Coronavirus

Coronavirus : des milliers de personnes qui fabriquent nos vêtements n’ont plus de salaire

Des travailleurs du secteur de l’habillement bloquent une route alors qu’ils protestent pour exiger le paiement des salaires dus pendant un lock-out imposé par le gouvernement comme mesure préventive contre le COVID-19, à Dhaka, capitale du Bangladesh.
18 avr. 2020 à 16:18 - mise à jour 19 avr. 2020 à 07:56Temps de lecture4 min
Par Aurélie Didier avec agences

Du jour au lendemain, Parvin, qui travaillait d’arrache-pied pour fabriquer des vêtements pour les grandes marques occidentales, s’est retrouvée parmi les centaines de milliers d’ouvriers du textile du Bangladesh privés d’emploi par la pandémie de coronavirus.

Forcées de fermer leurs boutiques à travers le monde pour respecter les mesures de confinement, les grandes marques de prêt-à-porter ont annulé pour des milliards de dollars de commandes passées au Bangladesh, l’un des centres mondiaux de production de vêtements.

La situation est apocalyptique

Avec la fermeture en cascade d’usines, de nombreux patrons craignent la faillite. "La situation est apocalyptique", explique Asif Ibrahim, un propriétaire d’usine et directeur de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA).


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L’industrie du textile est vitale pour l’économie de ce pays d’Asie du Sud et constitue l’un des principaux moteurs de son boom économique ces deux dernières décennies. Les vêtements représentent 80% des exportations nationales et fournissent des emplois à plus de quatre millions de personnes, principalement des femmes de villages pauvres des zones rurales.

Des ouvriers font la queue pour toucher leur salaire dans une usine de confection pendant le lockdown imposé par le gouvernement à titre de mesure préventive contre le coronavirus COVID-19 à Savar, dans la banlieue de Dhaka, la capitale du Bangladesh, le
Des ouvriers font la queue pour toucher leur salaire dans une usine de confection pendant le lockdown imposé par le gouvernement à titre de mesure préventive contre le coronavirus COVID-19 à Savar, dans la banlieue de Dhaka, la capitale du Bangladesh, le AFP

Pas d’emploi, pas de salaire… pas de chômage

Couturière âgée de 28 ans, Parvin a attendu avec des milliers de collègues dans une longue file, respectant un mètre d’écart entre chaque personne, pour collecter son salaire de mars à l’usine Al Muslim, qui fournit certaines des marques les plus prestigieuses de prêt-à-porter.

Puis la manufacture a fermé ses portes, jusqu’à une date indéterminée. "Nous ne savons pas quand cela rouvrira", s’inquiète Parvin, qui n’a aucune autre source de revenus et décrit sa situation financière comme une "catastrophe": "beaucoup d’usines ont déjà fermé. Mon mari est sans emploi".


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D’autres n’ont plus été payés depuis longtemps. Ces derniers temps, des milliers d’ouvriers – dont certains gagnent à peine 100 dollars par mois – ont manifesté en divers endroits de ce pays qui compte 160 millions d’habitants pour exiger le paiement de salaires qui leur sont dus. D’autres n’ont plus été payés depuis longtemps.

Ces ouvriers, principalement des femmes âgées d’une vingtaine et d’une trentaine d’années, ont ainsi crié ce lundi 13 avril des slogans comme "Nous voulons nos salaires" en bloquant des routes de la capitale Dacca. "Nous n’avons pas été payés depuis deux mois. Nous sommes affamés", a déclaré Brishti, l’une des 800 employés de la manufacture Tex Tailors du quartier d’Uttara.

Nous n’avons pas été payés depuis deux mois. Nous sommes affamés

Les manifestants ont dû enfreindre l’ordre de confinement imposé par le gouvernement du Bangladesh depuis le 26 mars. "Si nous n’avons pas de nourriture dans notre estomac, à quoi bon suivre le confinement ? Nous sommes plus inquiets de la faim ou du paiement de notre loyer que du virus", a expliqué Brishti. Des milliers d’ouvriers avaient déjà manifesté dimanche dans diverses zones industrielles de cette nation d’Asie du Sud.

Si nous n’avons pas de nourriture dans notre estomac, à quoi bon suivre le confinement ?

Des travailleurs du secteur de l’habillement bloquent une route lors d’une manifestation pour exiger le paiement des salaires dus, à Dhaka le 15 avril 2020.
Des travailleurs du secteur de l’habillement bloquent une route lors d’une manifestation pour exiger le paiement des salaires dus, à Dhaka le 15 avril 2020. AFP

Les grandes marques vont-elles payer ?

Les grandes marques de prêt-à-porter ont annulé ou repoussé pour au moins 3,1 milliards de dollars de commandes auprès des fabricants bangladais, selon la Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association.

Le gouvernement de la Première ministre Sheikh Hasina a demandé aux responsables des usines de verser le salaire de leurs employés, mais les organisations syndicales s’inquiètent que nombre d’ouvriers ne soient pas payés. "Gouvernement, acheteurs, propriétaires (d’usines, ndlr), personne ne prend ses responsabilités" a déclaré Nazma Akter, dirigeant d’un puissant syndicat d’ouvriers du textile.

Il est temps pour les entreprises mondiales de maintenir et d’honorer leur engagement envers les droits du travail.

La BGMEA et ses équivalents chinois, vietnamien, pakistanais, cambodgien et birman ont plaidé auprès des marques de prêt-à-porter pour qu’elles n’annulent pas leurs commandes. "Il est temps pour les entreprises mondiales de maintenir et d’honorer leur engagement envers les droits du travail, la responsabilité sociale et des chaînes d’approvisionnement durables", ont déclaré ces organisations dans un communiqué conjoint.

Certaines grandes sociétés, dont H&M et Inditex – la maison mère de la chaîne Zara -, ont promis en réponse de ne pas annuler les commandes déjà passées. D’autres ont requis des réductions, selon la BGMEA. Mais aucune promesse n’a été faite pour l’avenir.


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Une usine de vêtements vide lors de la fermeture imposée par le gouvernement à titre de mesure préventive contre COVID-19, à Dhaka au Banglacesh le 6 avril 2020.
Une usine de vêtements vide lors de la fermeture imposée par le gouvernement à titre de mesure préventive contre COVID-19, à Dhaka au Banglacesh le 6 avril 2020. AFP

Des risques de faillites en cascade

La situation est déjà terrible à Ashulia, centre industriel en périphérie de la capitale Dacca. Près de 600 usines sont implantées dans cette ville où les ouvriers vivent dans des bidonvilles de béton à proximité de leur lieu de travail.

Propriétaire d’une usine employant 250 personnes, Rubel Ahmed dit avoir d’ores et déjà perdu 50% de son activité. "Ceux qui ont des petites usines comme moi vont être pulvérisés", déclare-t-il.


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Les groupes de défense des travailleurs du textile appellent les acteurs du secteur à faire preuve de responsabilité sociale. "Lorsque cette crise sera terminée, les gens se souviendront de quelles marques ont répondu présent pour protéger leurs travailleurs et employés, et lesquelles étaient aux abonnés absents", met en garde Dominique Muller de Labour Behind the Label, une ONG britannique défendant les droits des travailleurs du textile.

Bangladesh : l'industrie textile fortement impactée à cause du Covid-19

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