Coronavirus : des hôpitaux à nouveau contraints de reporter des soins non urgents

Report d opérations : Incompréhension de certains patients

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18 nov. 2021 à 17:07 - mise à jour 22 nov. 2021 à 18:55Temps de lecture4 min
Par Daphné Van Ossel

Quel patient est prioritaire ? Quelle opération est moins urgente qu’une autre ? Comment faire le tri sans prendre de risques ? Ce sont des questions que les médecins sont amenés à se poser, une nouvelle fois, dans nos hôpitaux.

Ces derniers ont été invités à passer à la phase 1B pour ce vendredi 19 novembre. En clair, cela veut dire qu’ils doivent réserver aux patients Covid la moitié de leurs lits de soins intensifs, soit 1000 lits sur les quelque 2000 disponibles, ainsi que 4000 lits dans les autres services.

Salles d'opération fermées

Des lits réservés aux patients Covid, cela veut dire moins de lits, et surtout de personnel, disponibles pour les autres patients, notamment ceux qui doivent subir une opération et passer ensuite par les soins intensifs.

On a 9 patients Covid en soins intensifs, nous sommes déjà au maximum de notre capacité ! Depuis cette semaine, on a déjà fermé progressivement des salles d’opération, déplore le docteur Wissam Bou Sleiman, directeur médical adjoint du réseau EpiCURA. On a fermé trois salles sur les treize dont le réseau dispose (à Baudour, Hornu et Ath).”

Photo d'illustration
Photo d'illustration AFP or licensors

Flux tendu

Tous les hôpitaux n’en sont pas encore là, mais tous s’arrachent les cheveux pour faire face à la situation, car c’est un casse-tête. Un casse-tête chinois, ou un tétris, sauf que ce n’est pas un jeu. “On fait déjà depuis quelques semaines un effort de lissage dans la programmation, explique Fabrice Chariot, anesthésiste, et coordinateur du bloc opératoire du CHR de la Citadelle, pour éviter d’avoir trop d’opérations le même jour. On commence maintenant à postposer des cas.”

On a validé et endormi les deux premiers patients à 8 heures, mais on a refait le point avant d’endormir les deux suivants.

“On est vraiment à flux tendu, poursuit-il. Tout est réévalué heure par heure. Hier on avait, par exemple, pour une programmation, quatre opérations prévues pour des patients qui devaient ensuite aller en soins intensifs, on a validé et endormi les deux premiers patients à 8 heures, mais on a refait le point avant d’endormir les deux suivants.”

A Bruxelles, une phase 1B continue

Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles, “on doit reporter des soins non urgents", signale le directeur médical Jean-Louis Vanoverschelde. "Nous, on n’est en fait jamais sorti de la phase 1B. On a en permanence un nombre plus réduit de salles d’opération, avec du personnel redistribué dans des unités de soins Covid, ou aux soins intensifs. Chaque semaine, on revoit tout le programme opératoire pour lisser et faire en sorte d’avoir suffisamment de places en soins intensifs.


►►►A lire aussi Covid-19 :136 lits intensifs sur 2000 fermés pour manque de personnel, les hôpitaux doivent repasser en phase 1B


 

Des difficultés qui s'additionnent

Tous les paramètres sont au rouge, les difficultés s’additionnent : le manque de personnel d’abord. A Saint-Luc, par exemple, 55 lits sont fermés dans tout l’hôpital par manque de staff. Au niveau belge, 136 lits de soins intensifs sur les 2000 sont fermés pour la même raison. En plus du déficit structurel de personnel, il y a beaucoup de burn-out dans des équipes qui sont à bout, des gens absents parce qu’ils sont eux-mêmes testés positifs (même vaccinés), et d’autres qui doivent rester à la maison garder leurs enfants en quarantaine.

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Photo d'illustration AFP or licensors

Ensuite, certains patients Covid (sous assistance respiratoire) requièrent plus d’infirmières qu’un patient “normal”. Et, les patients Covid restent plus longtemps en soins intensifs : “Un patient Covid peut bloquer un lit pendant quatre à six semaines, alors qu’en postopératoire, la plupart de nos patients y restent seulement 24 heures”, précise le docteur Chariot (CHR Citadelle).

Et puis, ajoute Antoine Gruselin, le porte-parole du CHR de la Citadelle, “on a moins de patients Covid aux soins intensifs qu’il y a un an, mais on a plus d’autres patients parce que le monde avait arrêté de tourner avec le confinement, ce n’est plus le cas maintenant !

Des choix difficiles

Au Grand Hôpital de Charleroi, et à l’ISPPC, on ne signale pas encore de reports de soins, mais des réunions sont prévues pour réévaluer la situation. A Sainte-Elisabeth (CHU UCL Namur), par contre, il y en a déjà eu, autant pour des patients qui auraient dû passer par les soins intensifs que pour d’autres patients.

C’est encore vraiment minime, mais la veille, on doit parfois dire aux patients qu’on ne pourra finalement pas les prendre en charge. Cela dit, en Province de Namur, on a toujours un peu de retard dans cette épidémie, je m’attends à ce que la semaine prochaine soit cruciale ", redoute le directeur médical Xavier Muschart.

Il faut donc bien faire des choix. Et ces choix ne sont pas faciles. “Prenez quelqu’un qui a mal à la hanche, explique le docteur Wissam Bou Sleiman (Epicura), qui ne sait pas se lever et qui attend une prothèse de hanche par exemple. Est-ce qu’il va être prioritaire en raison de cette douleur ? Ou on reporte l’opération dans six mois ? Pour quelqu’un qui a un problème de descente de vessie, qui a des troubles urinaires handicapant, qu’est-ce qu’on fait ? Cette notion d’urgent et de non urgent est très limite. Ça pose un problème éthique et déontologique.

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Photo d'illustration AFP or licensors

Manque d'air

C’est une décision qu’on prend en équipe, précise le docteur Chariot (CHR Citadelle) avec le coordinateur du bloc, le coordinateur des soins intensifs et le chirurgien qui connaît son patient. On ne le fait évidemment que s’il n’y a aucun risque pour le patient. Mais la gestion peut devenir tendue, oui, parce que tout le monde est au bout du rouleau.

Au bout du rouleau. Asphyxié. C’est le terme qui vient à l’esprit à l’écoute de tous ces acteurs du monde hospitalier. Ils manquent d'air, à l'image de leurs patients Covid.

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