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Coronavirus: de plus en plus d'opacité autour des bénéfices du test salivaire de l'université de Liège

L'entonnoir, l'éprouvette, le bouchon du dépistage mis au point par les chercheurs liégeois
08 févr. 2021 à 06:00Temps de lecture2 min
Par Michel Gretry

L’ordre du jour du prochain conseil d’administration de l’université de Liège, convoqué pour mercredi, a été subrepticement modifié en fin de semaine dernière. Le seizième point a été retiré, un point consacré à "l’adaptation du règlement sur la valorisation des résultats de la recherche". Derrière cet intitulé, toute la question du partage des profits engrangés grâce au dépistage salivaire, élaboré au Sart-Tilman. Les discussions sont reportées, signe d’un malaise ou d’un embarras.

Quelles sont les données du problème ?

Un premier bilan a été présenté à la fin janvier. En quatre mois, l’affaire a rapporté dix-neuf millions d’euros (treize millions de dépenses, trente-deux millions de recettes). Un quart de ce montant provient des droits de licence, payés par la société Diagénode, qui a commercialisé le test. Une part revient aux cinq laboratoires qui ont participé à la mise au point du dispositif, une part est versée à chacun des dix chercheurs qui ont participé au dépôt de brevet, ce qui en fait les propriétaires intellectuels de cette technologie. Ces royalties, par individu, c’est déjà une somme rondelette…

Mais en plus, l’université, en tant que telle, engrange plus d’une douzaine de millions d’euros. Et il faut décider de la répartition de cet argent. Selon les conventions classiques, cette cagnotte revient encore, partiellement, aux membres du personnel, qui peuvent donc espérer au total, en un quadrimestre, un quart de million. Qui sont-ils, les dix ? Les autorités académiques ont jusqu’ici refusé de communiquer la liste des noms. Des soupçons d’enrichissements personnels pèsent sur ce dossier : il mériterait la plus totale transparence.

D’autant que le professeur à l’origine de ce remarquable développement sanitaire est le vice-recteur. Et surtout, que son fils figure en sa compagnie parmi les heureux bénéficiaires. Le jeune homme, toujours étudiant, a effectivement été engagé l’été sous contrat de prestataire extérieur. Selon son père, il est l’inventeur de l’entonnoir doseur, et à ce titre, il mérite amplement sa gratification. L’argument ne persuade pas tout le monde.

Quel retour sociétal ?

La controverse revêt avant tout un caractère moral. C’est principalement de l’argent public qui a financé l’opération. A l’heure où la plupart des services hospitaliers sont dans le rouge, il faudrait peut-être songer d’abord à rembourser la collectivité de ses subventions.

Selon Fabrice Bureau, principal promoteur du projet, "les tests salivaires ont été facturés aux maisons de repos, aux ministères, aux écoles, largement en dessous du coût des dépistages fournis par la concurrence, d’où des dizaines de millions d’économies. Et, sous cet angle, le gouvernement fédéral aurait déjà récupéré quarante fois sa mise".


►►► Lire aussi : Tests salivaires en maisons de repos, un premier bilan "encourageant"


Un calcul qui ne convainc pas nécessairement. Les tests salivaires ont été vendus au prix de 15€ l’unité à la région wallonne, 28€ au ministère de la santé, pour un coût de revient de 6€. Le commissaire aux comptes a envoyé un rapport aux ministres de tutelles, sans plus de commentaires, à ce stade. Autre signe de l’opacité qui, de plus en plus, règne sur ce débat.

Journal télévisé 06/11/2020

En novembre dernier, un projet pilote avait été lancé dans une maison de repos pour tester ces tests salivaires.

Tests salivaires : un projet-pilote en Wallonie

JT 19h30

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Les tests salivaires à l'ULiège

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