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Coronavirus : avec maximum 200 personnes autorisées, pas de concert de Loïc Nottet et annulation de beaucoup d'autres spectacles

Les nouvelles mesures présentées par le gouvernement ce vendredi, à l’issue du Comité de concertation et qui concernent l’organisation d’évènements culturels ont déjà des conséquences très concrètes. Applicables dès ce vendredi, les nouvelles normes qui prévoient un nombre maximum de spectateurs autorisés dans les salles de 200 personnes, à condition de respecter 1,5 m de distance mettent bien des organisateurs de spectacles et des responsables de salle dans l’embarras. Dans le secteur culturel, de nombreuses salles sont gérées par des acteurs privés, qui ne bénéficient pas de subsides. Impossible pour eux d’être rentables avec 200 personnes dans les salles. Des spectacles sont donc déjà annulés.

Pas de concert de Loïc Nottet au Cirque Royal

Le Cirque Royal n’a pas eu le choix. D’une capacité initiale de 2000 personnes, la salle s’était organisée ces dernières semaines pour accueillir jusqu’à 850 personnes, sur base d’un protocole sanitaire. Un virologue avait approuvé les mesures prises. La ville de Bruxelles et le ministre-président bruxellois avaient validé le dispositif et autorisé le Cirque Royal à accueillir des spectacles. La semaine dernière, la salle avait accueilli 600 personnes pour un concert du chanteur Vincent Delerm. Une distribution de masques chirurgicaux neufs faisait partie des diverses mesures sanitaires.

Cette fois, les nouvelles normes, 200 personnes maximum, rendent toute organisation impossible. Ce week-end, le Cirque Royal devait accueillir deux concerts de Loïc Nottet qui avait accepté de se produire quatre fois pour permettre à un maximum de spectateurs d’assister au concert sans dépasser la limite d’environ 800 spectateurs à la fois. Ces concerts n’auront pas lieu ce week-end. Ils sont reportés à des jours meilleurs. " C’est une catastrophe avant tout humaine. A 7 heures du matin, le camion des décors de l’artiste arrivait pour décharger son décor, vu que c’étaient des dates spéciales. Ils n’ont pas pu le décharger. Ce sont 60 personnes qui travaillaient ce week-end au Cirque Royal, des free-lances. Ce sont des gens qui sont au bord de l’épuisement moral et financier. C’était une petite bouée d’oxygène qu’ils pouvaient avoir et là, de nouveau, c’est perdu pour eux ", explique Denis Gérardy, le Directeur du Cirque Royal.

Des annulations à Liège aussi, au festival du rire

Le " Voo Rire Festival " devait se poursuivre ce week-end à Liège. Plusieurs spectacles programmés sont déjà annulés. " J’avais trois spectacles, ce soir, samedi et dimanche dans le cadre du festival du rire de Liège, où je suis producteur, organisateur et agent. On espérait que les mesures seraient d’application à partir de lundi. On avait des régisseurs français qui étaient dans le train au moment où on a appris l’information. Ils se retrouvent à la gare de Liège et on doit trouver la solution pour les renvoyer chez eux très rapidement ", explique Christophe D’Aronco, promoteur et agent. Là, aussi, le festival, organisé par les Frères Taloche avait réfléchi pendant des mois pour organiser les spectacles en fonction de protocoles sanitaires stricts. Et donc, concrètement, les spectacles des humoristes Olivier de Benoist et Arnaud Tsamere et celui du mentaliste Victor Vincent passent à la trappe. Il est impossible d’assurer une rentabilité pour beaucoup de spectacles avec 200 spectateurs. Et par ailleurs, beaucoup de spectacles ne sont pas prévus pour des publics si restreints :" Aujourd’hui, nous dire qu’on doit mettre 200 personnes à Forest National ou au Cirque Royal, il n’y a pas de spectacles qui sont pensés pour ", explique le promoteur Christophe D’Aronco.

Dans les salles de spectacle, c’est l’incompréhension

Cependant, dans ce secteur culturel, beaucoup comprennent le contexte. Comme beaucoup de ses confrères, Denis Gérardy, du Cirque Royal ne conteste pas la justification sanitaire des nouvelles mesures, mais il a du mal à les comprendre : " Nous sommes les premiers à prôner les mesures sanitaires, on n’est pas des aventuriers, mais il y a des choses qui sont un peu incompréhensibles. Pierre-Yves Jeholet a quand même dit que les protocoles sanitaires dans les salles étaient extrêmement rigoureux, sérieux et qu’on n’avait quand même pas constaté de clusters dans les salles de spectacles qui avaient pu refonctionner selon ces normes sanitaires là. Pour nous, gens du métier, c’est difficile à comprendre ", réagit Denis Gérardy, faisant référence au fait qu’un virologue a validé le protocole de la salle.

Désarroi aussi du côté de Forest National et du Sportpaleis Group. Si Forest National était déjà à l’arrêt, d’autres salles, des théâtres appartenant au groupe Sportpaleis avaient redémarré récemment, moyennant le respect d’un protocole strict. C’était le cas du Stadsschouwburg à Anvers, du Capitole à Gand et du Théâtre Ethias à Hasselt. Dans chacun de ces lieux, entre 1200 et 1400 spectateurs pouvaient être accueillis, ce qui représentait 65% à 75% de la capacité de la salle et ne garantissait même pas à l’organisateur d’être rentable. Alors, là, aussi, la nouvelle norme de 200 personnes rend tout spectacle impossible. " Pour nous, 200, ce n’est pas rentable. Nos frais fixes sont énormes et ce n’est pas possible d’opérer dans de telles conditions ", explique Coralie Berael, l’une des dirigeantes du Sportpaleis Group et porte-parole du Fonds de solidarité Live 2020. Pour ces gestionnaires de salle, c’est énormément de travail pour élaborer des protocoles sanitaires et les faire valider qui est jeté à la poubelle du jour au lendemain, même si ici, encore, on comprend que la situation est grave et que des mesures sont nécessaires.

La communication faite par les ministres est jugée maladroite

Pour ces acteurs du secteur culturel, la conférence de presse où les mesures du comité de concertation ont été présentées a donné une fausse impression, celle que la culture était sauvée et relativement plus épargnée que le sport. " Ce qui m’a fortement choquée, c’est d’entendre que c’est le sport qui est le plus touché. Non, pas d’accord. Le monde de la culture et de l’évènement n’a pas été épargné parce qu’on peut faire des évènements jusqu’à 200 personnes. Ce n’est rien. Les 200 personnes, c’est pour des centres culturels, ou des salles qui sont subsidiées, des organisateurs, des producteurs qui sont subsidiés par l’état. Parce que nous, 80% du secteur, ce sont des indépendants, des sociétés qui, jusqu’à aujourd’hui n’ont pas pu travailler. On n’a plus de revenus. Là où on pense que c’est OK, que la culture est sauvée et qu’on s’en sort, non, on ne s’en sort pas. L’heure est grave. On n’a vraiment besoin d’aide. On n’espère même plus pouvoir ouvrir ", réagit Coralie Berael.

" On a sauvé la culture ", petite phrase lâchée en conférence de presse a aussi fait bondir Denis Gérardy, du Cirque Royal : " Comment voulez-vous sauver la culture, subsidiée ou pas, avec des jauges de 40 personnes ou de 200 s’il y a un protocole sanitaire validé. L’essence même du spectacle vivant, ce sont les artistes, mais c’est aussi le public. Dire qu’on a sauvé des lieux et des artistes pour embarquer tout le monde dans des situations de déficit financier sera encore plus grand que ce qu’on connaît parce qu’on ne sait pas accueillir suffisamment de spectateurs, je n’appelle pas ça sauver la culture. Il aurait été plus sage de ne pas dire ça ", réagit le patron du Cirque Royal.

Quelles perspectives pour les salles privées ?

Les responsables de salles et acteurs du secteur culturel privé que nous avons contactés s’interrogent pour l’avenir. " Il faudrait avoir une stratégie à long terme jusqu’à juin 2021 ", estime Coralie Berael. Car pour le secteur culturel, cela devient très compliqué de continuer à travailler, en dépensant beaucoup d’énergie à élaborer des protocoles, à les faire valider pour faire marche arrière rapidement.

Tous épinglent le manque de perspectives à long terme : " La crainte, ce sont les perspectives. On sait aujourd’hui qu’on est redescendu sur un protocole à 200, mais on ne sait pas quand on pourra aller sur des protocoles avec des jauges plus importantes. Ce sont les perspectives qui nous manquent pour pouvoir avancer, car dans notre métier on travaille à long terme. On est dans le flou pour tous les spectacles qui arrivent sur la saison 2021-2022. Si je loue une salle au Cirque Royal en septembre 2021, quelle sera la jauge ? Malheureusement, personne ne peut nous répondre aujourd’hui ", regrette Christophe D’Aronco. " Cela nous met dans une situation où pas mal de choses sont bloquées. Il y aura des répercussions énormes à l’avenir ", constate Christophe D’Aronco.

Il y a aussi beaucoup d’inquiétude pour tous ceux qui gravitent autour du milieu du spectacle. On trouve beaucoup d’indépendants, de petites structures, spécialisées, par exemple dans le son, dans l’éclairage et pour qui la situation est devenue très compliquée. Certains, n’ont pas travaillé depuis 8 mois, n’ont pas gagné d’argent. Seront-ils encore là lorsque les activités culturelles reprendront un rythme plus normal ? " Nous sommes un écosystème de petites sociétés, de beaucoup d’indépendants qui n’ont pas reçu l’aide financière depuis 8 mois. C’est très dur et dramatique. On sait qu’énormément de talents partent parce qu’ils n’ont pas le choix, c’est un choix financier. Ils doivent aller travailler dans d’autres secteurs. Est-ce qu’ils vont revenir ? " Ce sera nécessaire qu’ils soient encore présents dans le secteur culturel si le public veut retourner aux concerts, aux spectacles, aux pièces de théâtres, au festival, tels qu’il les a connus.

C’est dire si les acteurs privés de la culture espèrent obtenir de l’aide. " Ce sont plusieurs dizaines, centaines de millions d’euros qui sont nécessaires pour aider et sauver ce secteur, sinon d’ici la fin de l’année, il y aura une vague de faillites ", estime Coralie Berael, du Sportpaleis Group.