Coronavirus au Bangladesh : en difficulté, les habitants en quête désespérée d’oxygène

Des patients à l’hôpital de Khulna (Bangladesh) le jeudi 1er juillet

© Kazi SANTO

04 juil. 2021 à 09:25Temps de lecture3 min
Par AFP

Dans la ville de Khulna (sud-ouest), devenue l’épicentre de la nouvelle vague de contagions au Covid-19 au Bangladesh, les bombonnes d’oxygène vides s’accumulent presque aussi rapidement que les morts.

Face à la montée du nombre de cas, le gouvernement a imposé un confinement strict à l’ensemble du pays pour le week-end, espérant ainsi freiner la propagation du virus, mais à Khulna, les hôpitaux et familles des victimes n’arrivent plus à faire face au rythme de contamination.


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Non loin de l’accueil des urgences de l’hôpital, Mohammed Siddik, appuyé contre des bombonnes vides, appelle ses proches, en larmes, pour leur annoncer le décès de son frère de 50 ans.

Cet entrepreneur de 42 ans a conduit son frère à l’hôpital lorsque sa santé s’est détériorée mais il n’y avait plus ni lit ni oxygène disponible, relate-t-il à l’AFP.

"Il est mort en suffoquant dans un couloir de l’hôpital, à aucun moment ils ne lui ont apporté de l’oxygène", décrit Mohammed Saddik.

A aucun moment ils ne lui ont apporté de l’oxygène

Pression énorme

Proche de l’Etat indien du Bengale Occidental, Khulna affronté une hausse soudaine des contagions, provoqué par le variant Delta, détecté en premier lieu en Inde voisine.

Jeudi, la ville a enregistré 46 décès, selon le décompte officiel, alors qu’elle n’avait jamais été confrontée à plus d’une dizaine de décès lors des vagues précédentes.

Dans cette ville de 680.000 habitants, nombreux sont ceux qui estiment qu’en réalité le bilan est bien plus lourd, les cimetières étant incapables de gérer l’afflux soudain de décès dans les villes voisines, telles que Satkhira.


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L’hôpital public, l’un des quatre de la ville, compte 400 lits mais la demande dépasse largement ses capacités désormais.

"Nous faisons face à une pression énorme au niveau des admissions", a reconnu Niaz Muhammad, médecin en chef du gouvernement pour la région de Khulna, qui assure en revanche qu’il n’y a aucun problème d’approvisionnement en oxygène.

Situation critique

Mais d’autres témoignages décrivent la mort de proches sans avoir pu recevoir d’oxygène.

"Si seulement ils avaient pu en donner un peu à mon frère, il serait toujours vivant", regrette Afroza, en pleurs dans la cour de l’hôpital.

Si seulement ils avaient pu en donner un peu à mon frère, il serait toujours vivant

Depuis jeudi, la police et l’armée patrouillent dans les rues du pays, qui compte 168 millions d’habitants, afin d’imposer le couvre-feu. Des centaines de personnes sont interpellées chaque jour pour avoir quitté leur domicile.


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A Khulna, les restrictions sont en place depuis le mois dernier, alors que le taux de contamination s’envolait, mais les usines de la ville sont toujours ouvertes et nombreux sont ceux qui sont obligés de sortir pour aller travailler.

Rafikul Islam, un étudiant, explique ainsi qu’il a dû marcher sept kilomètres pour se rendre à son travail à temps partiel à l’usine, du fait de l’absence de bus.

"La plupart des boutiques et des transports sont fermés mais compte tenu de la situation sérieuse de Khuna, nous n’avons pas le choix, nous devons maintenir le travail. La situation est critique", estime-t-il.

Officiellement, le Bangladesh a enregistré 935.000 contagions et 14.9000 décès depuis le début de l’épidémie mais pour la plupart des habitants ces chiffres sont largement sous-estimés.

Les gens ne veulent pas accepter l’isolement, cela contribue à renforcer la transmission du virus

Employé du cimetière de Khulna, Mohammad Badu assure qu’il n’a jamais été autant occupé en 32 ans de métier : "le nombre d’enterrements est bien plus important qu’avant".

Pour les autorités sanitaires, cette nouvelle vague s’explique par le refus de la population de porter des masques et de respecter la distanciation sociale.

"Les gens ne veulent pas accepter l’isolement, cela contribue à renforcer la transmission du virus", assure ainsi Suhas Halder, porte-parole du principal hôpital de Khulna.

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