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COP27 : l’avocat, un fruit abondamment produit en Andalousie, dans le viseur des écologistes

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A l’occasion de la COP27 qui se tient depuis ce dimanche en Egypte, cap sur l’Espagne, où le sud du pays est particulièrement à sec. Dans la région de Malaga, en Andalousie, un fruit attise les foudres des écologistes. C’est l’avocat ! Il est produit à grande échelle, mais il a besoin d’énormément d’eau. Quelles sont les solutions ? Un reportage de Julie Pietri.

Sur les terres rocailleuses, sèches, une apparition. Des arbustes d’un vert sombre, une couleur presque insolente pour la région, des avocatiers qui peuvent atteindre 10 mètres de haut, poussent au milieu d’une végétation grillée par le soleil.

Car l’Andalousie connaît une sécheresse intense. A Malaga, les réservoirs sont à sec. La faute en partie à l’avocat, un fruit aux besoins hydriques énormes : 1000 litres pour produire 1 kg d’avocats !

Pixabay

Un fruit très intéressant pour les agriculteurs

Alvaro Bazan cultive l’avocat sur près de 7500 m² à l’est de Malaga. "Cet arbre est un exemple parfait de ce qui est en train de se passer", regrette-t-il. La sécheresse est telle qu’il ne peut presque plus arroser ses arbres, qui se dessèchent.

"Cet arbre a 17 ans. Ses fruits sont très petits et il perd ses feuilles. Ce sont des signes de la sécheresse. Les branches n’arrêtent pas de sécher… Parce qu’il n’a pas assez d’eau."

Il s’est lancé il y a presque 20 ans dans la culture de l’avocat, séduit par les promesses de ce fruit tropical, très à la mode, sain, savoureux, qui a un bon prix pour les agriculteurs, contrairement aux légumes qui paient très peu. Avec une ferme d’un hectare ou deux, une famille peut vivre.

C’est très intéressant, et ça, il faut le protéger d’une manière ou d’une autre. On ne peut pas planter sans fin, ça aussi, nous le savons. De toute façon, comme nous avons toujours moins d’eau, semer devient effrayant.

Les 300 jeunes arbres qu’il a plantés l’an dernier sont morts de soif, car la retenue d’eau en amont est à sec, épuisée en grande partie par l’agriculture.

"Un réservoir mort"

Rafael Yus, membre de l’ONG Ecologistes en action, voit depuis une dizaine d’années le réservoir de la Vinuela se vider peu à peu. En ce moment, il n’est plus rempli qu’à 9%.

Dans cette situation, on peut parler de réservoir mort. Et c’est principalement parce qu’il y a eu beaucoup d’irrigations, et presque toujours pour les fruits tropicaux. C’est un scandale.

Pour lui, le gouvernement d’Andalousie a une responsabilité. Il aurait dû empêcher les gens d’étendre les zones cultivées et de continuer à irriguer.

Il y a un moment où il faut se demander si on peut grandir plus. Si on ne peut pas, on doit s’arrêter là et c’est tout.

La technologie, la solution ?

L’Andalousie diffuse en ce moment des spots d’information en expliquant que l’eau n’est pas inépuisable et qu’il faut en prendre soin. Mais l’agriculture étant un pilier économique pour la région, le président andalou, Juanma Moreno, ne parle pas d’arracher des avocatiers ou de réduire la production. Il évoque la technologie, via un plan SOS. " Toute l’eau que nous consommons, nettoyons, purifions et jetons dans la mer ou les rivières… nous allons la recycler ".

Recycler les eaux usées pour arroser, dessaler l’eau de mer, faire venir l’eau d’ailleurs dans le pays, ce sont les pistes, qui ne convainquent qu’à moitié Luis Babiano, le gérant de l’association espagnole des opérateurs publics d’eau et d’assainissement.

Nous sommes également confrontés à une crise énergétique. On dit de nous que nous sommes le potager de l’Europe. Nous ne devons pas renoncer à ce rôle, à condition qu’il soit durable.

Car l’avocat espagnol, qui épuise l’Andalousie, n’est au final que peu consommé sur place. Il part en Angleterre ou encore en Allemagne.

► Ecoutez le reportage ci-dessus, à partir d’1h21'

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