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Chroniques

COP26 : à Glasgow, les écologistes tenus en échec par la N-VA

Les coulisses du pouvoir

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10 nov. 2021 à 08:15 - mise à jour 10 nov. 2021 à 08:563 min
Par Bertrand Henne

Pas d’accord belge sur la répartition des efforts climatiques à la COP26 de Glasgow. C’est un revers majeur pour la Belgique, pour le Premier ministre Alexander De Croo, et pour Ecolo avec trois ministres en charge du climat. Un revers de la main infligé par la N-VA.

Stratégie d’affaiblissement

On pourrait déjà parler de revers, au pluriel. Les nationalistes flamands viennent d’affaiblir par deux fois le Gouvernement fédéral dont ils ne font pas partie (à leur grand dam) depuis le Gouvernement flamand. D’abord en sapant un accord sur la répartition des efforts climatique à Glasgow. Ensuite en sabotant le projet de la centrale à gaz de Vilvorde sur lequel comptait la coalition fédérale pour pouvoir sortir du nucléaire en 2025.

D’abord sur Glasgow. Bien sûr autour d’une table de négociation l’échec implique des responsabilités multiples. Outre la ministre N-VA Zuhal Demir, il y a aussi les autres ministres, tous trois écologistes. Il y a en particulier le ministre wallon Philippe Henry, à la tête de la commission nationale climat créée pour que tous les étages de la maison Belgique s’entendent sur la politique climatique. Il a échoué. C’est un retour de bâton pour Ecolo qui, il y a 5 ans, depuis l’opposition, avait flingué les ministres francophones dans une situation plus ou moins similaire.

C’est d’ailleurs ce qu’a souligné lourdement le président du PS, Paul Magnette, dans un tweet un brin revanchard hier : "L’échec de l’accord intra-belge sur le climat est une honte. Les ministres compétents doivent se ressaisir. Les beaux discours ne servent à rien. Il faut des résultats !".

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Dans le même sac

Ostensiblement, le président du PS commente le match entre Ecolo et la N-VA comme une partie de football. Comme s’il était au balcon. Et surtout comme si cette partie respectait des règles du jeu. Or ce qui est assez frappant dans cette affaire, c’est que son parti fait partie de trois équipes, le Fédéral, la Région bruxelloise, la Région wallonne. Bizarre donc de commenter depuis le bord du terrain.

D’autant plus bizarre qu’un des joueurs, la N-VA, semble avoir décidé de jouer au football avec les mains. Comment considérer autrement ce plan du Gouvernement flamand qui limite les efforts de réduction de gaz à effet de serre à 40% d’ici 2030 là ou l’Europe en demande 47% ? Ce qui revient à demander à Bruxelles et à la Wallonie de faire plus d’effort de leur côté pour laisser tranquille les industries du nord du pays.

Autre solution, renégocier tout l’accord de répartition européen pour demander aux pays de l’Est d’en faire plus. Bref changer les règles pour qu’on puisse jouer au football avec les mains.

Le président du PS, comme les autres acteurs politiques francophones qui ont commenté le match (MR, cdH, DÉFI), ont tous dénoncé l’absence d’accord. Mais ils semblent plus se délecter de voir Ecolo tenu en échec que du sort réservé au climat lui-même. Car tous ces acteurs ne disent pas comment il aurait fallu arriver à un accord avec un Gouvernement flamand qui exige du sud du pays les efforts que lui-même ne veut pas faire. Aucun de ces acteurs ne dit comment il aurait fallu être à la hauteur du traumatisme des inondations qu’a connu la Wallonie en juillet et en même temps à la hauteur (minimale) de la N-VA qui souhaite protéger les intérêts de son industrie.

Vilvorde

Coup dur également pour les écologistes que ce refus du permis pour la centrale au gaz de Vilvorde censée compenser la sortie du nucléaire en 2025. Là aussi la N-VA est à l’offensive. Là aussi bâton dans la roue d’une centrale stratégique à quelques semaines de la prise de la décision de prolongation du nucléaire est un coup porté au Fédéral et en particulier aux Verts à la manœuvre dans ce dossier. Même si les écologistes ont déjà laissé entendre qu’ils pourraient vivre avec une prolongation de deux réacteurs nucléaires ce sera une sacrée couleuvre à avaler.

Derrière ce conflit entre la Flandre et le Fédéral, deux visions du monde, deux visions de la transition écologique et énergétique s’affrontent sur fond d’intérêts économiques majeurs. Et elles s’affrontent aussi au sein du Fédéral, le MR est ouvertement pronucléaire, et le PS, qui se dit écosocialiste regarde les écologistes se manger les murs.

Reste la position du CD&V et de l'Open VLD d’Alexander De Croo, partenaires de la N-VA au sein du Gouvernement flamand et partenaires d’Ecolo au Fédéral. Jusqu’à un certain point leur position est intenable. C’est d’ailleurs la conclusion de l’éditorial du Standaard aujourd’hui : "La question reste de savoir ce que font encore Open VLD et CD&V au sein du Gouvernement flamand".

Mais la question rebondit surtout au Fédéral, et touche aussi Ecolo : sans accord climat et avec un prolongement des réacteurs nucléaires, que ferait encore Ecolo au Gouvernement fédéral ? Et si ça devenait intenable ? Il n’est pas dans les plans de la N-VA que la Belgique fonctionne, que le Fédéral réussisse et que les Verts triomphent.

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