Climat

COP21: J.-P. van Ypersele "imagine très mal autre chose qu'un succès"

Le climatologue Jean-Pascal van Ypersele

© BRUNO FAHY - BELGA

30 nov. 2015 à 08:21 - mise à jour 30 nov. 2015 à 08:21Temps de lecture3 min
Par A. L. avec B. Henne

"Heureusement que la Belgique est membre de l'Union européenne et que les autres pays ne sont peut-être pas trop conscients de ce qui se passe dans notre pays, mais c'est difficile du point de vue de la crédibilité de la Belgique" : c'est ce que déclare le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele à propos de l'absence d'accord entre les quatre ministres de l'Environnement au sujet de la répartition de l'effort climatique entre les trois Régions et le Fédéral.

"Quelque chose d'extraordinaire s'est passé dans la préparation de la conférence COP21, qui s'ouvre à Paris ce lundi, c'est que plus de 180 pays ont déposé, pour la première fois dans l'histoire, des plans d'action à propos du climat" souligne le professeur de l'UCL. "Ces plans sont insuffisants pour rester en-dessous du réchauffement de 2 degrés, il faudra certainement les renforcer dans les années qui viennent".

"Il n'y a pas de gendarme international" du climat

Jean-Pascal van Ypersele n'est pas sûr que la conférence doive aboutir sur un accord contraignant : c'était le cas pour le Protocole de Kyoto, avec des sanctions, mais "cela n'a pas empêché le Canada et l'Australie de quitter l'accord quand ils ont vu qu'ils n'atteindraient pas les objectifs. Il n'y a pas de gendarme international qui peut imposer de manière forte quelque chose à un pays dans ce domaine. La pression des autres pays et des citoyens, et la honte que l'on peut avoir si l'on n'atteint pas ses objectifs sont plus fortes". D'où l'importance d'un mécanisme d'évaluation : "On sait aujourd'hui que la somme des efforts, qui sont annoncés par ces 180 pays qui ont déjà remis des plans, est insuffisante pour réaliser l'objectif décidé à Copenhague (limiter le réchauffement à 2 degrés, voire 1,5 degré, au-dessus du niveau préindustriel)", dit encore le climatologue.

Que représente ce seuil de 2 degrés?

Il ne s'agit pas de la température du 30 novembre en Belgique, mais bien de la température en moyenne mondiale, précise Jean-Pascal van Ypersele. "Quelques degrés d'augmentation peuvent avoir une conséquence très importante en terme de multiplication d'événements extrêmes. Sur la base des rapports du GIEC, les dirigeants réunis à Copenhague se sont mis d'accord sur un objectif chiffré de 2 degrés. Cela ne veut pas dire que tout est blanc en-dessous de 2 degrés. On commence déjà à avoir des impacts du réchauffement alors que la température n'a augmenté que d'un degré jusqu'à présent. Mais l'augmentation des impacts est 'non linéaire', c'est-à-dire qu'elle croît plus vite que l'augmentation de température elle-même. Au-delà de 2 degrés, on risque de lancer le processus de destruction à long terme de la calotte du Groenland, par exemple. A lui seul, le Groenland c'est 6 à 7 mètres de hausse du niveau des mers. Et c'est 30% du territoire de la Flandre qui est sous l'eau."

"Les effets positifs sont tout à fait mineurs"

"Le GIEC a reconnu qu'il y avait certains effets positifs au réchauffement : moins de dépenses de chauffage en hiver ou libération de certains territoires pour l'agriculture, par exemple. Mais en revanche, en se réchauffant, le permafrost libérera d'immenses réserves de méthane et de CO2 qui sont pour le moment gelées et empêchées d'atteindre l'atmosphère. Et cela aggravera le réchauffement de manière significative. Les effets positifs sont tout à fait mineurs par rapport aux effets négatifs qui sont attendus" explique aussi le climatologue.

Jean-Pascal van Ypersele se montre optimiste sur l'issue de la conférence de Paris : "J'imagine très mal autre chose qu'un succès. L'élan est gigantesque, le nombre de chefs d’États qui participent à la réunion est sans précédent et tout le monde a envie d'avoir un accord".

NB : Jean-Pascal van Ypersele publie "Une vie au cœur des turbulences climatiques" (De Boeck Supérieur)

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