Ecologie

COP15 : de plus en plus de phoques en mer du Nord, un exemple d’harmonie à trouver avec une biodiversité chamboulée

07 déc. 2022 à 06:00 - mise à jour 09 déc. 2022 à 19:55Temps de lecture3 min
Par Alexis Gonzalez

Depuis 3 ans, une équipe de bénévole surveille les phoques, devenus l’attraction des côtiers et des touristes à Ostende. Elle a lancé une ligne téléphonique d’urgence, monter un enclos et placer des panneaux après plusieurs agressions constatées sur les mammifères. Les autorités de la ville ont également décidé de rendre la laisse obligatoire pour les propriétaires de chiens"Les gens veulent prendre des selfies, des photos et se rapprocher un maximum, mais c’est dangereux. Il faut respecter leur temps de repos, sinon ils sont très stressés. Et puis, si tu vas trop près, ils sont dangereux. Ce sont des animaux sauvages !", raconte Inge De Bruycker, cofondatrice de la NorthSealTeam, l’association qui s’occupe de surveiller et protéger les phoques le long des 65 km de la côte belge.

Quand un phoque est retrouvé blessé sur la plage, c’est dans l’hôpital pour phoque du Sea Life qu’il est soigné. Près de 600 mammifères sont déjà passés par le centre aquatique depuis 1998 et ce chiffre augmente selon Steve Vermote, directeur du Sea Life, "Nous constatons qu’à l’heure actuelle, cela devient un problème plus social, nous remarquons que beaucoup de gens paniquent quand ils voient des phoques sur la plage. Ils pensent qu’ils sont blessés, mais ce n’est pas toujours le cas. Ils n’ont pas les bons comportements".

Depuis 3 ans, la NorthSealTeam sauve les phoques de la côte belge
Les bénévoles de la NorthSealTeam ont placé des cordes et des panneaux pour protéger les phoques.
Depuis 3 ans, la NorthSealTeam sauve les phoques de la côte belge

En ce moment, Jonathan s’occupe de Lily, une femelle phoque. À raison de six entraînements par jour, le soigneur aide l’animal à récupérer ses facultés physiques"Lily est une femelle qui est arrivée en mauvais état. Elle va mieux, mais elle a une maladie aux yeux qui la rend aveugle à 95%. Il est clair qu’elle ne pourra pas être libérée et qu’elle restera avec nous pour des soins permanents", explique Jonathan Meul, soigneur d’animaux au SeaLife.

Comprendre pour endiguer

Agression, chasse ou pollution. En 2021, le nombre de phoques échoués morts en Belgique a doublé. Du côté de Liège, c’est ce que constate Thierry Jauniaux qui réalise des autopsies de mammifères marins depuis trois décennies. Sur une table en acier oxydable, le professeur découpe un phoque commun, soupçonné d’être mort asphyxié après avoir été pris accidentellement dans un filet de pêche. "À partir du moment où l’on identifie une menace, on peut alerter le monde politique pour qu’il prenne des mesures quand c’est possible. Par exemple, on sait que les taux de capture sont toujours importants, mais quand même en diminution et ce, grâce à une mesure prise pour réguler les périodes où la pêche récréative est autorisée à la côte", analyse Thierry Jauniaux, vétérinaire et spécialiste des mammifères marins à l’ULiège.

Malgré les mesures prises pour limiter l’utilisation de certains filets, il n’est pas sûr qu’elles produisent les effets escomptés. "L’impact de l’action à la côte belge est intéressant localement, mais à l’échelle régionale, c’est nettement moindre. On veut réduire l’impact des captures dans les filets de pêches, mais pour cela il faut qu’il y ait un outil de contrôle et cet outil de contrôle n’existe pas à ce stade-ci", ajoute le professeur de l’ULiège.

Thierry Jauniaux autopsie des phoques depuis 30 ans
Le professeur Jauniaux autopsie les phoques pour identifier les menaces et interpeller les autorités compétentes.

Une société en harmonie avec sa biodiversité

À Montréal au Canada, c’est l’heure de la COP15, la conférence dédiée à la protection de la biodiversité. Son objectif est de taille : transformer la relation de la société avec la biodiversité et faire en sorte que, d’ici 2050, la vision commune d’une vie en harmonie avec la nature soit réalisée.

Parmi les mesures globales à prendre : la création de 30% de zones protégées en haute mer, là où les activités humaines seront très limitées. "La mer du Nord est petite et fortement utilisée. La clé, c’est de trouver une combinaison saine entre les activités économiques et le développement de la nature pour développer la biodiversité chez nous", précise Kelle Moreau de l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique.

"C’est le défi du multilatéralisme et de notre monde globalisé, car tout ce qui se passe en haute mer ou dans d’autres mers, aura toujours des conséquences sur la mer du Nord", insiste Sophie Mirgaux, envoyée spéciale de la Belgique pour les océans à la Cop15.

Pour transformer la relation de la société avec la biodiversité, il faudra créer une vision commune d’une vie en harmonie avec la nature. L’état de santé de certaines espèces est un indicateur de notre état de santé. Assurer la pérennité de la biodiversité et de ses espèces, c’est donc assurer la pérennité de l’espèce humaine.

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