Contrôle des armes: le président américain est appelé à l'action

Les Américains restent  divisés sur l'opportunité de renforcer la législation sur les armes à feu

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15 déc. 2012 à 11:18 - mise à jour 15 déc. 2012 à 19:21Temps de lecture4 min
Par Belga News

Samedi lors de son allocution hebdomadaire, Barack Obama a évoqué la nécessité de "prendre des mesures significatives pour empêcher de telles tragédies. Indépendamment de la politique politicienne". Mais il s'est gardé d'entrer dans les détails.

"Il y aura un jour pour discuter des débats politiques habituels de Washington, mais je ne pense pas que ce jour soit aujourd'hui", avait affirmé vendredi le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney, une tournure qui a fait réagir les avocats d'une restriction de la circulation des armes à feu.

Les Américains restent toutefois divisés sur l'opportunité de renforcer la législation sur les armes à feu, qui ont tué en 2009 dans le pays 31 000 personnes, dont plus de 18 000 suicides.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, militant de longue date pour un renforcement de la loi, a appelé le président à "envoyer un projet de loi au Congrès". Les opposants à une telle réforme continuent pour leur part à  souligner que le droit de posséder des armes est inscrit dans la Constitution, dans le fameux Second Amendement, défendu bec et ongles par le lobby des armes. Alan Gottlieb, fondateur de la Fondation pour le Second Amendement, s'est dit auprès de l'AFP "sûr que la personne qui a commis cet horrible crime savait qu'il pouvait y aller et que personne ne pourrait l'arrêter", les écoles étant "des lieux où il est interdit d'avoir des armes".

"C'est le jour ou jamais"

Mais tous les Américains ne sont pas de cet avis. "Today is the day", mentionnaient peu après la tragédie des pancartes brandies devant la Maison Blanche. Une pétition en faveur d'un projet de loi sur le contrôle des armes recueillait plus de 80 000 signatures samedi sur le site internet de la présidence américaine.

Si la tuerie du Connecticut a provoqué un choc dans l'opinion en raison de l'extrême jeunesse des victimes, elle n'est que la dernière en date d'une longue série en quatre ans de mandat de Barack Obama.

Début 2011 à Tucson en Arizona (sud-ouest), six personnes avaient été tuées par un tireur qui avait visé un rassemblement d'une représentante démocrate, elle-même grièvement blessée. L'été dernier à Aurora au Colorado (ouest), 12 personnes avaient été abattues dans un cinéma.

L'ombre de la NRA

A chaque fois, M. Obama s'est rendu sur place, et à chaque fois il a parlé de la nécessité de réduire la violence due aux armes. Il a promis de "continuer à travailler" avec le Congrès pour parvenir à un "consensus" sur ce sujet.

Mais il n'est pas allé au-delà des mots, une timidité attribuée par les observateurs à la nécessité, alors qu'il briguait un second mandat, de ne pas s'aliéner les électeurs d'Etats-clés attachés à une interprétation large du deuxième amendement de la Constitution qui défend le port d'armes.

L'ombre du lobby des armes à feu, la NRA, pourvoyeuse de fonds électoraux et très critique  à l'égard de Barack Obama malgré l'absence de mesures hostiles à son programme dans le bilan de ce dernier, pèse aussi sur les consultations locales. Républicains ou démocrates, peu de candidats au Congrès se hasardent à se mesurer à la puissante organisation.

Mais après Newtown, "appeler à des +mesures significatives+ n'est pas suffisant", a affirmé vendredi l'influent maire de New York, Michael Bloomberg. "Il nous faut des mesures immédiates. Nous avons déjà entendu ces arguments", a-t-il ajouté.

Et pour Jonathan Lowry, responsable du centre Brady qui milite pour le contrôle des armes à feu, "le président Obama et d'autres démocrates ont vraiment mal évalué et exagéré la puissance du lobby des armes", dont 99% des contributions sont allées selon lui à des candidats qui ont perdu en novembre dernier. "Il n'y a pas de quoi avoir peur" de la NRA, affirme-t-il.

Un ton que l'on retrouvait samedi dans les éditoriaux de la presse de gauche ou modérée. "Il faut que (M. Obama) agisse en président, enfin libéré des contraintes électorales et de leurs sales compromis, un président qui ose changer le débat national et le programme législatif sur les armes", affirmait le New Yorker.

20 enfants, six adultes et le tueur

Le bilan de la tuerie dans l'école primaire de Sandy Hook à Newtown, petite ville tranquille du Connecticut au nord de New York, est de "20 enfants, six adultes, et le tueur", a déclaré Paul Vance, le porte-parole de la police de l'Etat vendredi. La mère du tireur, a aussi été retrouvée morte dans un appartement à Newtown, selon les autorités, qui n'ont pas donné de détails à ce sujet, mais espèrent pouvoir dévoiler les identités des victimes samedi.

"Contents d'être vivants"

Le tueur se serait suicidé, était entré dans l'école, où sa mère était institutrice, peu après 09H30. Il portait deux pistolets, un Sig Sauer et un Glock, selon le New York Times. Il s'est concentré sur deux salles de classe, où il a froidement abattu 20 enfants et six adultes.

La police n'a pas révélé le nom du tueur, mais les médias américains l'ont identifié comme Adam Lanza, 20 ans.

Selon la police, 18 enfants sont décédés sur place, deux autres à l'hôpital. Une blessée a survécu. Parmi les six adultes, la directrice et la psychologue de l'école. Selon des parents et la personnel de l'école, une centaine de coups de feu auraient été tirés.

Toute la journée vendredi, les parents se sont succédé dans la caserne de pompiers où les autres enfants avaient été évacués. Une institutrice a raconté s'être barricadée dans sa classe avec ses élèves de CP leur demandant de ne pas faire de bruit pour ne pas attirer l'attention.

La fusillade survient après plusieurs autres ces derniers mois, dont celle en juillet dans un cinéma du Colorado, où 12 personnes avaient été abattues. Quelques semaines après, un ancien soldat avait tué 6 personnes dans un temple sikh d'Oak Creek (Wisconsin), avant de se suicider.

La fusillade de Newtown est une des plus graves ayant jamais touché un établissement scolaire. A Columbine (Colorado), en avril 1999, deux adolescents avaient ouvert le feu dans leur lycée, tuant 12 élèves et un enseignant avant de se suicider. En avril 2007, un étudiant de 23 ans avait abattu 32 personnes avant de se tuer sur le campus de Virginia Tech (Virginie, est).

Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé un crime "haineux et inconcevable", l'Union européenne a exprimé son "horreur", et la reine d'Angleterre, qui limite traditionnellement ses commentaires à l'actualité des pays membres du Commonwealth, s'est dite "profondément bouleversée et attristée".

Belga

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