Guerre en Ukraine

Contre-offensive ukrainienne : le début de la fin de la guerre ?

Ukraine : contre-offensive de l'armée ukrainienne dans l'est du pays

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

12 sept. 2022 à 17:37 - mise à jour 13 sept. 2022 à 09:02Temps de lecture4 min
Par Anne Pollard

L’armée ukrainienne a annoncé lundi matin avoir repris "plus de vingt localités" en 24 heures dans le cadre de sa contre-offensive contre l’armée russe. Le drapeau ukrainien flotte notamment à nouveau à Koupiansk et Izioum, des localités qui étaient aux mains de l’armée russe depuis plusieurs mois.

Cette contre-offensive a été engagée le 29 août dernier, avec une accélération depuis le 6 septembre. "Nous venons de libérer environ 500 nouveaux kilomètres carrés" a déclaré Natalia Goumeniouk, la porte-parole militaire pour le sud de l’Ukraine. Au total, l’Ukraine affirme avoir repris près de 6000 km2 aux Russes, essentiellement dans la région de Kharkiv, depuis début septembre.

Loading...

Une reconquête qui aurait été obtenue d’une part par le retrait des forces russes, d’autre part par les combats, renforcés par l’armement fourni par les Européens et les Américains, "avec en particulier la prise de la ville de Koupiansk", précise Joseph Henrotin, politologue spécialisé dans les questions de défense.

"Koupiansk donnait accès d’un côté à la frontière russe et de l’autre à toute la région d’Izioum, qui était la région à partir de laquelle devaient partir les offensives russes qui avaient été prévues, mais qui avaient échoué vers le Donbass", ajoute-t-il.

Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le mouvement se poursuit. D’autres contre-offensives ukrainiennes s’organisent. Des combats sont notamment en cours du côté de Lyssytchansk.

Alors, s’agit-il d’un tournant dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie ? Est-ce le début de la fin de la guerre ? Nous en avons discuté avec des experts.

Vladislav Bondar - RTBF

"Les Ukrainiens en auront terminé avant Noël"

3000 kilomètres carrés de territoire reconquis, l’équivalent des deux Brabants et de Bruxelles réunis : d’après ce chiffre avancé par Kiev, en quelques jours, l’armée ukrainienne semble reprendre du terrain sur les troupes russes. Une progression rapide, encourageante pour l’armée et la population ukrainienne.

Pour certains observateurs, si l’offensive ukrainienne se poursuit à ce rythme, le conflit pourrait se conclure plus vite que prévu. "Mon estimation personnelle, qui est sans doute appelée à se tromper, c’est que les Ukrainiens en auront terminé avant la Noël", avançait lundi matin sur nos antennes le politologue Joseph Henrotin.

Pour le chercheur spécialisé en pensée stratégique de défense Samuel Longuet, "si l’armée ukrainienne continue à progresser au rythme auquel elle progresse actuellement, c’est en effet préoccupant pour l’état-major russe."

Alors peut-on pour autant annoncer aujourd’hui que les Ukrainiens seront victorieux à l’issue du conflit ? Pour Nicolas Gosset, chercheur à l’institut royal de défense et spécialiste de la Russie, il faut rester prudent.

"Certes, c’est inédit, c’est la première fois que les forces ukrainiennes sont capables de briser un dispositif d’attaque russe. Mais je pense qu’il faut encore attendre un peu de temps pour voir comment ces gains ukrainiens se consolident, particulièrement dans la région de Kharkiv. Il peut aussi s’agir d’un simple concours de circonstances."

apol_gosset

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Même prévision prudente pour Samuel Longuet. "L’hiver peut complètement changer la donne. Cela va figer le front et on ne sait pas à quel point il va être rigoureux : comment va résister la population ?" D’autant que les doutes au sujet de l’approvisionnement en énergie s’accumulent, notamment après les frappes russes visant la centrale nucléaire de Zaporijjia.

Autre question qui alimente les discussions des analystes suite à cette contre-offensive ukrainienne : comment vont désormais réagir les Russes ?

"Où leur armée va-t-elle se regrouper et reformer sa ligne de défense ?", s’interroge Samuel Longuet. "Ils pourraient vouloir se venger et lancer des représailles", ajoute Nicolas Gosset. "Même si en l’état des capacités actuelles de la Russie, cela reste peu probable."

Sur le terrain, l’état des troupes et de l’armement incertain

Les deux armées, russe comme ukrainienne, sont évidemment affaiblies par plus de 6 mois de guerre. Si du côté de l’Ukraine, l’armée peut compter sur le soutien matériel et stratégique des Européens et des Américains, la Russie peine quant à elle à recruter de nouvelles troupes et à s’approvisionner en armement. Les stocks s’épuisent, les armes deviennent obsolètes.

Vladimir Poutine n’a pas réussi à obtenir la victoire éclair qu’il visait le 24 février. En avril, les Russes ont été contraints à une retraite humiliante après avoir fait des incursions vers Kiev. Les gains limités réalisés par la Russie au cours des six derniers mois ont eu un coût terrible. La force d’invasion initiale réunie par le Kremlin était d’environ 200.000 soldats. Le mois dernier, les États-Unis ont estimé que 70.000 à 80.000 de ces troupes avaient été tuées ou blessées depuis le début de l’invasion.

Aujourd’hui, aucun chiffre officiel sur l’état des forces des deux pays n’est disponible.

AFP or licensors

Les avancées de cette contre-offensive remontent en tout cas avec certitude le moral de la population ukrainienne et de son armée qui subit la guerre depuis plus de six mois. Les unités qui mènent la contre-offensive le font savoir sur les réseaux sociaux.

Loading...

Le ministre de la Défense a quant à lui annoncé que cette offensive se poursuivrait jusqu’à la reprise de tous les territoires, y compris la Crimée annexée en 2014 par la Russie. Par cette déclaration, l’Ukraine indique donc qu’un retour à la ligne de front de la guerre tel qu’il était délimité avant l’offensive russe de février ne marquera pas la fin de la guerre. En effet, le président ukrainien Zelensky est formel : le conflit sera bel et bien terminé une fois l’entièreté des territoires spoliés par les Russes seront restitués à son pays, en ce compris la Crimée.

Le débat

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Guerre en Ukraine : le point sur la situation ce mardi 13 septembre

Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : les séparatistes prorusses reconnaissent une "situation difficile" dans l'est de l'Ukraine

Guerre en Ukraine

Articles recommandés pour vous