Climat

Construction : le béton tente de s'adapter pour survivre au réchauffement climatique

Construction : le béton tente de s'adapter pour survivre au réchauffement climatique.

© gahsoon

Par RTBF avec AFP

Supprimer le béton de la planète ou le produire autrement ? Les géants de la construction se lancent dans des expérimentations tous azimuts pour réduire l'empreinte carbone du bâtiment, qui pèse près de 40% des émissions mondiales de CO2.

Climat, biodiversité, accès aux ressources : les trois grandes "crises" environnementales en cours sur la planète obligent le secteur à "s'adapter", souligne Christine Leconte, présidente de l'Ordre national des architectes en France. Pour elle, il faut "déconstruire" le "modèle du béton", qui favorise le réchauffement, tue la biodiversité et pille les ressources naturelles, sable en tête.

Le secteur lance un appel à la recherche d'alternatives durables

"Il y a un vrai défi. Si on supprimait de 25% le volume du ciment consommé sur la planète, c'est comme si on compensait toutes les émissions de CO2 du transport aérien", déclare Xavier Chateau, directeur de recherche au CNRS, spécialisé en sciences des matériaux (laboratoire Navier).

Les ingrédients du béton sont ciment, gravier, sable et eau. Mais les expérimentations pour une alternative se multiplient et l'Europe est en pointe sur le sujet : béton de bois, béton de chanvre ou de terre, allégement des matériaux, construction de logements en béton 100% recyclé mais aussi réemploi des bâtiments pour réduire l'étalement urbain.

L'Association mondiale du ciment et du béton (GCCA), basée à Londres, qui regroupe 80% de l'industrie mondiale (hors Chine), vient de lancer un appel auprès des start-up du monde entier pour aider le béton à se décarboner, dans l'espoir d'arriver à un béton "net zéro" en 2050 pour honorer les engagements pris après l'accord de Paris sur le climat.

Plusieurs matériaux de substitution à l'étude

"Nous ne pensons pas que le béton en tant que tel va être remplacé, c'est l'élément le plus consommé sur terre après l'eau", dit Thomas Guillot, qui préside l'association mondiale. "Mais on cherche un éventail de solutions", surtout "pour remplacer le clinker", le composant majoritaire du ciment, fruit de la cuisson à très haute température (1450 degrés) de calcaire et d'argile, la recette universellement utilisée mais qui crée une réaction chimique forcément très émettrice de CO2.

L'une des solutions déjà testées par plusieurs constructeurs, dont le groupe mexicain Cemex ou l'irlandais Ecocem, est l'utilisation de déchets de sidérurgie, le "laitier", dont les émissions sont beaucoup plus basses que celles du ciment traditionnel.

Ou l'utilisation d'autres éléments de substitution, comme l'argile calcinée mélangée au calcaire broyé, solution retenue par le géant mondial du ciment Holcim, basé en Suisse, dont les laboratoires de recherche sont situés en France.

Parmi les solutions de substitution figure aussi l'utilisation de pouzzolane, une roche volcanique, déjà utilisée en Italie.

La révision des normes à la traîne

Beaucoup de cimentiers poussent aussi pour obtenir des aides publiques afin de développer le captage du CO2 émis. Mais ces technologies de captage et de stockage sont "encore coûteuses et non maîtrisées", dénoncent Ecocem et le réseau Action Climat dans une tribune commune récente.

Ils demandent une accélération de la révision des normes et des standards, notamment en Europe, pour entériner les innovations technologiques déjà connues, qui servent à créer des ciments bas carbone et à réduire de 75 à 20% la part de clinker dans le ciment.

"La révision de ces normes s'effectue sur un temps long, a minima 10 ans, qui n'est compatible ni avec l'urgence climatique ni avec l'état des innovations en cours", écrivent-ils. "Avec un déploiement à grande échelle, l'empreinte carbone du ciment serait réduite de 70%. L'industrie cimentière contribuerait alors à une baisse de 4% des émissions mondiales", estiment-ils, en demandant aussi de favoriser les solutions à bas carbone dans les commandes publiques.

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