"Consoler quelqu'un, c'est un art qui s'exerce"

Le temps de la consolation

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21 nov. 2018 à 12:49 - mise à jour 21 nov. 2018 à 12:49Temps de lecture2 min
Par Fabienne Pasau

Comment consoler un proche du deuil, d'un décès, d'une séparation, d'un emploi perdu ? Souvent, on ne trouve pas les mots, on ne sait pas ce qu'il faut dire ou, au contraire, on parle pour combler le vide.

Pour Christiane Thiry, journaliste, thérapeute et coach, la consolation est un art qui s'exerce.


L'écoute avant tout

En thérapie brève, il est impératif de ne pas contrer les émotions, de ne pas faire semblant qu'il ne se passe rien. C'est en traversant la tristesse, en faisant son deuil, qu'on peut évoluer. On ne peut pas tourner la page si on ne vit pas à fond les émotions, si on ne traverse pas la douleur. Les personnes qui refoulent leur souffrance, qui la dénient, n'avancent pas sur leur chemin du deuil.

Une des premières façons de consoler est donc d'écouter. Mais d'écouter sans parler, en prenant le temps de se mettre à la place de l'autre et surtout en évitant les phrases inutiles comme "un de perdu, dix de retrouvés".

Ecouter sans parler, c'est tout un art. Cela veut dire être en phase avec l'autre, mais aussi être à l'écoute de ce qui se passe en soi, ne pas être dans un état de nervosité, pour être suffisamment empathique, corporellement aussi.

Ne pas parler et laisser l'autre parler au moment où il est prêt. Ou dire quelques mots simplement, comme : "j'entends bien ce que tu vis", "je comprends ta tristesse". Sans jamais nier la souffrance.

C'est d'autant plus difficile d'écouter sans parler quand la personne qui souffre est très proche, comme un parent ou un enfant. On a du mal à s'empêcher d'intervenir, d'apaiser absolument par des mots, tant on a envie de prendre la douleur sur ses épaules. Un travail de pleine conscience, qui agit sur le corps et le mental, peut aider à être en phase avec soi.

Outre l'écoute, plusieurs approches sont possibles, dont la métaphore et le recours à l'art.


La métaphore

La métaphore est le fait de désigner un terme par un autre, plus imagé. "Tourner la page", "un livre qui se ferme", "une belle histoire qui se termine" sont des mots qui proposent à l'autre, tout en douceur, de l'aider à changer de regard sur les choses. C'est une parole visuelle, qui passe plus facilement, qui s'intègre mieux.  On peut aussi faire référence à l'histoire, à des récits mythologiques, qui touchent la personne.

Cela lui permet de ne pas se sentir visée directement mais de se projeter vers autre chose. Et cela nous permet de respecter sa tristesse, sans être trop interventionniste.

C'est une médiation, qui fait appel à l'imaginaire, et non pas un langage direct.

 

Le recours à l'art

L'art nous permet de nous projeter dans des oeuvres d'artistes qui ont traversé des passages difficiles et ont mis en oeuvre ces moments douloureux de leur vie. 

Le fait d'aller dans un musée, de lire un livre,... nous met en rapport, sans intrusion, avec des oeuvres qui nous permettent à la fois d'épancher nos émotions et de voir comment ils ont surmonté leurs épreuves. Comme Van Gogh par exemple, qui a vécu un immense chaos intérieur tout en produisant des oeuvres si lumineuses. 

La musique en particulier a une fonction apaisante ou permet au contraire d'entrer à fond dans sa douleur.

Il faudra évidemment attendre que l'autre soit réceptif. Le fait de faire appel à l'art, en allant dans un musée, voir un film ou un concert, lui permettra de s'identifier, et en même temps de changer son regard sur sa souffrance.

 

Consoler, c'est permettre à l'autre d'épancher ses émotions,
de les vivre à fond,
de vider son sac pour laisser place à autre chose,
nous dit Christiane Thiry.

 

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