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Conservation 2.0 aux Seychelles : la blockchain au secours de la pie chanteuse

La pie chanteuse
09 déc. 2021 à 15:43Temps de lecture3 min
Par Eva Sanchez avec Sandra Douceré et Anna Bellissens

Privé de touristes pendant près d’un an, l’archipel des Seychelles a dû inventer une nouvelle manière de financer la protection de sa biodiversité unique au monde…

Pionnière en matière de "jeton non fongible pour la conservation", une organisation environnementale seychelloise s’est associée à une fondation suisse pour mettre en vente le jumeau numérique d’un oiseau rare et menacé : la pie chanteuse, endémique de l’archipel.

C’est la première fois qu’une espèce devient un objet de collection virtuel pour assurer son avenir. Une carte numérique unique par oiseau… pour un succès inattendu.

Nouveaux revenus aux Seychelles – nouveau marché né en Suisse

C’est une success story dans laquelle deux mondes apparemment opposés font corps : la nature et la technologie. Une innovation qui a permis à une espèce endémique menacée de ne pas décliner.

L’histoire de la pie chanteuse endémique des Seychelles protégée par les ventes de ses jumeaux numériques NFT via la blockchain démarre en juillet dernier lorsque l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN) choisit l’espèce, pour être mise en vente sous la forme d’objet naturel de collection.


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Selon le même principe que le bitcoin ou la cryptomonnaie, des titres de propriétés numériques sont créés, autant de cartes virtuelles de collection numérique qu’il existe alors de pies chanteuses dans la réserve spéciale de l’île Cousin, soit 59. 

Différentes éditions, différents prix, ce nouveau marché est créé pour attirer les fonds des acheteurs joueurs, collectionneurs, et ceux des amoureux de la nature en général, prêts à investir 10 à 10.000 dollars.

Le marché primaire finance les actions de conservation menées sur l’île, le marché secondaire (revente, échange via la blockchain) reverse la moitié de ses gains à l’organisation environnementale gestionnaire de la réserve spéciale.

20.000 dollars et 8 naissances en quelques mois

Au départ, les acheteurs venaient du même pays que le site émetteur de ces NFT : de Suisse. Puis les fonds se sont rapidement diversifiés avec des collectionneurs des Etats-Unis, jusqu’à générer plus de 20.000 dollars de revenus en quelques mois.

Les conservateurs seychellois, bénéficiaires de ce modèle de financement très connecté, ne cachent pas leur satisfaction : "Nous étions les premiers à commercialiser (ces objets naturels de collection numérique NDLR), nous avons donné naissance à ce nouveau marché", affirme le Dr Nirmal Shah, Directeur de Nature Seychelles.

Une blockchain zéro carbone

"Les critiques qui sont habituellement faites de la blockchain, c’est qu’elle consomme énormément d’énergie, mais la fondation Porini qui a mis au point ce nouveau modèle a également réussi à faire naître une blockchain zéro carbone. Le concept qu’ils ont mis au point est vraiment très intéressant, et je pense que cela va être utile dans beaucoup d’autres domaines pour la conservation."


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Sur le terrain, les gardes de la réserve spéciale de Cousin ont de quoi se réjouir, eux aussi. "Aujourd’hui nous avons 67 pies chanteuses sur l’île, la population augmente, il y a deux ans, elles n’étaient que 52. C’est vraiment une grande satisfaction", s’enthousiasme Laurence Dailus, en poste depuis une décennie dans la réserve, à la tête de cette équipe de 6 gardes.

Merveille de la nature

Cousin est incontestablement la mieux protégée des 115 îles seychelloises. C’est au cœur de cette réserve spéciale que l’on trouve le plus grand nombre d’espèces végétales et animales de tout l’archipel. La présence humaine se consacre à la conservation de cette biodiversité unique au monde.

Ce sont les oiseaux qui ont convaincu la Birdlife International d’acheter l’île pour la protéger en 1968. A cette époque, les espèces endémiques présentes sont en danger. Les 27 hectares de ce confetti au beau milieu de l’océan indien sont alors élevés au rang de réserve spéciale, sous surveillance permanente.

C’est vraiment un très bel oiseau, le plus charismatique de tous à mon avis

Une poignée de touristes sont autorisés à débarquer chaque jour, mais pas plus d’une heure, pour ne pas perturber la quiétude des lieux. "Il faut montrer aux gens à quel point cette île est fascinante, et pourquoi nous la protégeons. Il y a tant de merveilles ici !", annonce Chris Tagg, le garde britannique spécialisé "Science et Conservation" sur Cousin.

Ses journées sont rythmées par différentes mélodies, mais l’une d’entre elles est désormais dominante. La pie chanteuse donne le la sur l’île aux oiseaux.

"Ici vous pouvez voir une pie juvénile, et si on regarde juste en haut à gauche, c’est une adulte… On peut voir que les plumes sont très brillantes, que le blanc des ailes est éclatant. C’est vraiment un très bel oiseau, le plus charismatique de tous à mon avis".

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