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Chroniques Culture

Connaissez-vous cette anecdote entre Simone Veil et son fils ?

Simone Veil en conférence de presse, Paris, le 22 avril 1979.
26 févr. 2022 à 08:002 min
Par Romane Carmon

C’était aux Invalides, le 5 juillet 2017, qu’ont été prononcés les discours émouvants des deux fils de Simone Veil.

L’hommage à Simone Veil par son fils, Jean Veil (5/07/2017)

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Au bout de l’hommage poignant de Jean – qui avait rappelé le courage avec lequel sa mère avait fait face aux atrocités de cette "tragédie indélébile" – une anecdote a néanmoins fait sourire.

"[…] Aujourd’hui, je veux te dire que je te pardonne d’avoir renversé sur ma tête, alors que nous étions à table, l’eau de la carafe, sous prétexte que j’aurais tenu des propos que tu trouvais misogynes […]".

Cette anecdote témoigne de la détermination de l’ancienne ministre qui dut faire face à des propos misogynes omniprésents pour arriver sur l’estrade politique, jusqu’à longtemps réservée aux hommes.

Debout contre la misogynie

Décédée le 30 juin 2017, à Paris, Simone Veil reste aujourd’hui en mémoire comme l’icône de la loi légalisant l’avortement, adoptée par le Parlement, en France, en 1974.

Un document tiré de ses archives personnelles, un PV de l’Administration parmi tant d’autres, en 1960, relate :

"Les femmes sont-elles plus influençables que les hommes pour rendre la justice ?" demande l’administration. Simone Veil répond : "Les hommes sont très influencés par la morale bourgeoise classique, autorité paternelle et maritale, respect des enfants et de la femme pour l’homme […] on reproche souvent aux femmes d’être sensibles, sentimentales et facilement influencées c’est pourtant ce que je reproche aux hommes au comité des libérations conditionnelles […] enfin sensibilité beaucoup plus grande et en général plus grande indulgence inconsciente à l’égard des "bourgeois déchus".

Discours de Simone Veil à l'Assemblée nationale (26/11/1974)

Quand elle accepte, en 1974, le poste de ministre de la Santé pour le gouvernement de Jacques Chirac, Simone Veil ignore encore que son quotidien sera bientôt rythmé par les insultes, les manifestations et les courriers anonymes de menaces. Certains députés iront même jusqu’à comparer l’avortement à une forme de génocide. Là-dessus, la ministre en sait pourtant quelque chose, l’ayant elle-même vécu dans sa chair.

À une époque où avorter sans raison médicale était passible d’une peine de prison, Simone Veil comprend qu’il n’y a aucun temps à perdre. Son prédécesseur à la Santé, Michel Poniatowski, la met en garde : "Sinon, vous arriverez un matin au ministère et vous découvrirez qu’une équipe squatte votre bureau et s’apprête à y pratiquer un avortement…".

C’est sous les huées d’une assemblée de 500 députés, dont une dizaine de femmes seulement, que la ministre de la Santé, le 26 novembre 1974, se fait la porte-parole de toute génération de femmes victime de la misogynie ambiante.

Cinq ans plus tard, l’élection de Simone Veil comme première femme présidente du Parlement européen, apparaît comme le symbole d’une évolution de la place des femmes dans la société.

Discours de Simone Veil pour l’IVG (26 novembre 1974)

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