Matin Première

Confinement et cyberharcèlement : "Quand les gens sont plus à cran, ils peuvent plus facilement déraper"

12 mai 2021 à 05:50Temps de lecture2 min
Par Anne-Isabelle Justens

Le harcèlement concerne un jeune sur trois selon les Nations unies. Avec internet, il ne s’arrête plus aux portes de la maison, il en est même devenu plus intense. Animé et poussé par les likes, le harceleur se sent plus fort, intouchable, protégé par son écran. Le confinement a sans doute même renforcé le phénomène. Les jeunes privés de salle de sport et de sorties entre copains ont passé plus de temps encore sur leurs écrans.

David Plisnier, coordinateur de Sophia, un service de soutien face au harcèlement et cyberharcèlement dans le milieu scolaire, était l’invité de Matin Première. Il partage ce constat : "Quand les gens sont plus à cran, ils peuvent plus facilement déraper".

Un phénomène qui commence dès l’école primaire

Ces derniers temps, David Plisnier confie avoir eu énormément d’appels à l’aide. Des situations de plus en plus sérieuses et de plus en plus inquiétantes et qui demandent parfois des mesures extrêmes. "Il y a une dizaine de jours on a eu une jeune fille de 6e primaire qui est passée par 3 jours d’hospitalisation. Il n’y avait pas eu de blessure physique ou de passage à l’acte, mais on arrive à un tel niveau d’inquiétude pour la victime de harcèlement qu’on l’hospitalise par sécurité."


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L’augmentation des cas inquiète les professionnels de la santé mentale de façon générale. Le harcèlement au sens large entre jeunes a pris de l’ampleur. "On remarque aussi des jeunes qui se mettent en danger de manière de plus en plus importante. Qui prennent des risques peut-être pour exister."

Il y a une dizaine de jours, une jeune fille de 6e primaire est passée par 3 jours d’hospitalisation

Du côté des parents, la solution n’est pas selon lui de limiter l’utilisation du smartphone mais bien de l’accompagner. S’intéresser à ce que font nos enfants et à leurs amis pour entretenir le dialogue : "Ne jamais rompre le lien car si le lien est rompu, en cas de difficulté l’enfant ou l’adolescent aura plus de mal à tirer la sonnette d’alarme auprès de l’adulte et à dire qu’il y a un truc qui ne va pas".

Sans moyens, impossible de couvrir tous les fronts

"Quand on a la possibilité de le faire, la prévention fonctionne. Le taux de réussite est de 80%, donc on arrête quatre cas sur cinq", mais ce n’est pas le seul angle de travail chez Sophia. Pour David Plisnier, il faut également être capable d’intervenir en cas de harcèlement et de soutenir des victimes qui sont parfois dans un état grave.


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"Actuellement, on fait beaucoup pour la prévention. Mais en termes d’intervention et de soutien, il n’y a pas tellement de moyens qui sont mis, il n’y a pratiquement personne, constate-t-il. Nous, on est censé faire la commune de Soignies et les environs proches et on m’appelle de Bastogne, de Bruxelles, de Charleroi, parce qu’on ne trouve personne d’autre en matière d’intervention et de soutien aux victimes."

Pour moi, la priorité et l’urgence maintenant, c’est d’avoir un minimum de moyen pour venir en aide aux victimes et intervenir rapidement. Et bien sûr, à long terme, il faut construire une prévention générale au sein de toute la Belgique francophone", conclut David Plisnier.

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