Commission spéciale Covid de Bruxelles : le ministre Maron attaqué par l'opposition

Alain Maron auditionné lors de la Commission spéciale Covid du parlement bruxellois

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22 oct. 2020 à 18:38 - mise à jour 22 oct. 2020 à 18:38Temps de lecture4 min
Par Barbara Boulet

Après une réunion à huis clos où il a été décidé de poursuivre la commission spéciale (malgré une demande du MR de la mettre en pause), les députés bruxellois ont assisté ce jeudi à la longue audition d’Alain Maron, Ministre Bruxellois de la santé et de l’action sociale.

Dans un exposé d’une heure vingt, le Ministre a établi de manière chronologique une synthèse des différentes mesures prises à Bruxelles pendant la première vague de la pandémie de Coronavirus. "A la lumière de l’état des connaissances disponibles" à ce moment-là, a-t-il insisté, appelant ainsi à faire preuve d’humilité "vu le contexte d’incertitude" qui a prévalu au cours de toute cette première vague.

A travers son récit, Alain Maron a tenté de démontrer comment, en dépit de la complexité de la situation, de l’impréparation du pays entier et de l’étendue de la tâche, la région bruxelloise avait pu non seulement s’organiser dans l’urgence, mais aussi renforcer sa capacité d’action.

Capacité d’action renforcée

En exemples, le Ministre a évoqué le stock stratégique de matériel qu’a pu se constituer Bruxelles, via Iriscare (3,2 millions de masques chirurgicaux et 320.000 FFP2), la capacité de dépistage qui s’élève aujourd’hui à 6000 tests par jour à Bruxelles (contre 1500 encore au début du mois d’août), et les plans d’action dont est dorénavant dotée chacune des maisons de repos bruxelloises (sur les 158 maisons de repos, a expliqué Alain Maron, 136 ont rentré un plan d’action, 100 parmi eux ont été validés et 36 doivent être améliorés. Seuls deux établissements ont remis leur document en retard et doivent encore être examinés).

Une avalanche de questions

Après l’exposé est arrivée l’avalanche de questions des députés. Sur le matériel, le dépistage, le tracing, l’aide aux plus démunis, les recrutements, la communication, ou encore sur les collaborations entre les services. Mais sans surprise, ce sont les maisons de repos qui ont le plus monopolisé les débats.

Pourquoi les maisons de repos n’étaient-elles pas dotées d’un plan de pandémie ? Pourquoi le plan Influenza (grippe) n’était-il pas appliqué ? Bruxelles a-t-elle seulement établi un relevé du matériel disponible en maisons de repos ? Pourquoi avoir livré si tard le matériel ? Pourquoi l’armée est-elle intervenue si tard ? Et LA question qui a suscité toutes les attentions : a-t-on demandé aux hôpitaux de refuser la prise en charge des résidents de maisons de repos ?

L’évaluation de l’état de santé du résident à son transfert à l’hôpital ne peut être plus stricte qu’avant.

Sur cet aspect fondamental, la réponse du ministre a été limpide : "Les instructions transmises aux maisons de repos via nos circulaires ont toujours été très claires : (il cite la circulaire, ndlr) l’évaluation de l’état de santé du résident à son transfert à l’hôpital ne peut être plus stricte qu’avant et ne doit pas être influencée par la situation actuelle".


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Devant les députés, Alain Maron a accusé la Société belge de gérontologie et gériatrie (la SBGG), société indépendante, d’avoir semé le doute en publiant une recommandation de bonnes pratiques à l’attention de services hospitaliers : "Si ces recommandations ont influencé certaines pratiques de terrain isolées, cela n’est pas acceptable". Et le Ministre d’insister en répétant et en haussant la voix : "Cela n’est pas acceptable". Et jamais, a-t-il affirmé, l’organisme Iriscare n’a publié cette recommandation sur son site, pour répondre à une question posée à cet égard.

On a agi au même rythme partout dans le pays

Alain Maron a par ailleurs réfuté l’accusation de réactions tardives à Bruxelles : "je voudrais souligner qu’on a agi au même rythme partout dans le pays. Le 10 mars, les visites sont interdites partout suite à une décision du CNS. Les dispositions régionales suivent très rapidement dans les 3 régions. Nous livrons du matériel en quantité dans le 23 mars, tout comme la Flandre et la Wallonie. C’est-à-dire que les trois régions ont commencé à livrer de manière intensive aux maisons de repos ensemble. Aucune région n’est en retard sur une autre".

Pas prêts pour la seconde vague

L’audition du Ministre Alain Maron ce jeudi au parlement bruxellois n’a pourtant pas convaincu l’opposition francophone MR-CDH-PTB, ni la N-VA. Ces partis estiment que Bruxelles a été trop lente, a fait preuve de peu d’initiatives, et ne s’est pas montrée suffisamment efficace, en comparaison avec la Flandre, notamment. Pour le MR, Alexia Bertrand dresse carrément un constat d’échec : "On n’est pas prêts pour la seconde vague. Il y a toute une série de choses qui remontent du terrain et qui ne sont pas abordées aujourd’hui. Il n’y a que 5 équipes mobiles (personnel en renfort, ndlr) pour 138 maisons de repos. On n’est pas prêts sur les clusters alors que toute la stratégie de testing est basée sur l’identification des clusters. A Bruxelles, le tracing ne fonctionne pas, on n’identifie que 3 personnes. Les gens nous disent qu’ils sont parfois contactés par SMS, parfois pas du tout. On a l’impression d’entendre une réalité du mois de mars où effectivement il y avait une impréparation. Aujourd’hui, ça n’est plus audible. Nous ne sommes pas prêts à Bruxelles".

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