Comment parler de la mort avec les enfants ?

Comment parler de la mort avec les enfants ?

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05 juin 2018 à 11:54 - mise à jour 05 juin 2018 à 11:54Temps de lecture3 min
Par Fabienne Pasau

On parle beaucoup de la mort, mais jamais en la nommant. Le vrai problème de la mort actuellement, explique Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, c'est qu'elle est évacuée. Elle est vécue par les parents et les enfants comme quelque chose qui n'existe pas. Nous voulons absolument préserver nos enfants de toute tristesse.

On va donc par exemple plutôt offrir à son enfant un poisson rouge, auquel il ne s'attachera pas et qu'il suffira de remplacer quand il mourra. Au contraire d'un chien ou un chat, avec lequel il créera un lien d'attachement, et dont la mort va l'attrister.


Ne pas avoir peur des mots

C'est le mot 'mort' qui est important. Il faut absolument que les enfants utilisent ce mot, qu'ils traversent cette épreuve qu'est la tristesse. 

Car la réalité, c'est que les gens meurent, les grands-parents meurent... Il vaut bien mieux annoncer à un enfant : 'Mamy est morte' plutôt que 'Mamy s'est éteinte', 'Mamy est partie pour un grand voyage' ou 'Mamy est montée au ciel'. Les enfants n'ont en effet pas le sens de la métaphore.

Ces périphrases nous permettent d'évacuer le problème de la mort. Pourtant, ce qui va canaliser l'angoisse, c'est précisément le mot 'mort'. "Si je sais nommer ce dont j'ai peur, ça va devenir une peur, ce ne sera plus une angoisse. L'angoisse, c'est l'innommable.

Les adolescents l'ont montré de manière spectaculaire avec Voldemort, celui dont on ne parle pas, mais qu'on nomme sans arrêt. Harry Potter est tout à fait salutaire dans une société qui a voulu évacuer la mort.

Au Mexique, on montre les morts aux enfants, pour qu'ils n'aient pas peur de la peur de la mort. La peur de la peur, c'est l'angoisse."

La mort de la maman de Bambi : une scène à regarder avec son enfant
La mort de la maman de Bambi : une scène à regarder avec son enfant © --

L'apprentissage Bambi

Le moment-clé pour l'apprentissage de la mort, c'est la première fois qu'un enfant est exposé à un dessin animé du type Bambi. 

Les enfants n'ont pas peur de la mort, contrairement à leurs parents, ils ont peur de l'abandon. Walt Disney avait prévu que la scène de la mort de la maman de Bambi soit vue au cinéma, en compagnie d'adultes. Aujourd'hui, les parents ont déserté, l'enfant voit ce spectacle seul devant son DVD. C'est un apprentissage essentiel qu'il fait donc seul.

L'enfant va se repasser la scène en boucle pour s'accoutumer à cette scène traumatisante, de sorte qu'il finira par avoir l'impression que la mort est un spectacle anodin, qui ne le concerne pas et qui est susceptible d'être apprivoisé par la répétition.

Il est important que les parents s'asseyent avec leur enfant pour voir ce spectacle lourd, où il apprend deux choses terribles :

1.La mort est un définitif non-retour.

2.L'amour ne protège pas de la mort.

Bambi dit les choses de la mort, au contraire du dessin animé Coco qui dit 'on va te revoir' ou que la tortue Franklin qui distille l'idée fallacieuse que si l'enfant est courageux, il va pouvoir sauver sa grand-mère. Si ça ne marche pas, il risque de se demander ce qu'il n'a pas bien fait.

"Walt Disney est un excellent pédagogue mais un catastrophique baby-sitter. Ce sont des spectacles beaucoup trop lourds pour être regardés seuls par les enfants", conclut Bruno Humbeeck.

 

Comment répondre aux questions des enfants ?

La mort des grands-parents est un apprentissage pour l'enfant mais pour le parent aussi, qui est triste et angoissé parce que ce décès le rapproche de sa propre mort.

Il ne faut pas hésiter à dire à l'enfant son ignorance sur ce qui se passe après la mort, ni à exprimer son angoisse et sa tristesse. Et si on a une conviction religieuse, c'est l'occasion de la lui transmettre.

Il ne faut pas éviter le sujet, ni éviter les mots. "Ce sont les mots qui vont contenir l'angoisse de l'incertitude, de la finitude, de la solitude. Il faut pouvoir vivre avec ça en n'y pensant pas tout le temps et le cadenasser dans le mot 'mort'. Il est tout à fait sain sur le plan psychologique de pouvoir dire : j'ai peur de la mort, j'ai peur que les gens que j'aime meurent aussi", conseille Bruno Humbeeck.

Ecoutez ici Bruno Humbeeck

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