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Chronique littérature

"Comment lire des livres qu’on ne comprend pas", coaching littéraire et philosophique d’Olivier Haralambon

Sophie Creuz nous présente "Comment lire des livres qu’on ne comprend pas", un ouvrage signé par l’ancien cycliste et philosophe Olivier Haralambon.

Lire, un sport de haut niveau ?

La lecture peut être un sport de haut niveau dès lors qu’il s’agit de monter à l’assaut des grandes œuvres. Ceux qui veulent s’attaquer aux chefs-d’œuvre de la littérature ou escalader les pentes arides de la pensée philosophique savent qu’on ne s’embarque ni sans biscuit ni sans échauffement. Qui mieux dès lors, pour nous précéder, qu’un grimpeur ? Enfin, Olivier Haralambon était meilleur sur terrain plat mais il n’en était pas moins un pro, enfin, semi-professionnel pour être exact.

Pendant dix ans il a avancé le nez dans le guidon, avalant des rubans de bitume.

Il était cycliste, avant de changer de braquet pour la philosophie. Qui mieux que lui pour nous indiquer comment dégager la route pour dévaler "La Phénoménologie de la perception" de Merleau-Ponty ?

Dans ce petit ouvrage, Olivier Haralambon incite le lecteur à ne pas se laisser terroriser par la difficulté mais à affûter ses crampons, à se préparer au combat et à s’organiser, autant qu’à se méfier de l’illusion d’avoir compris Levinas ou Bourdieu sous peine de valdinguer dans le décor au détour d’un concept. Il nous indique comment maîtriser notre souffle, ne pas brûler nos réserves d’un coup ni désespérer de nos capacités.

C’est du coaching sportif : il faut manger léger, se changer, ne pas dormir dans les vêtements de l’effort et désosser le texte par segments. Pas plus compliqué nous dit-il que de découper le poulet du dimanche. Sauf quand on tombe sur un os. Un os du genre "climatère" ou "inane". Un mot qui nous reste en travers de l’entendement.

Et que fait-on dans ce cas ? On passe par-dessus, comme si de rien n’était, et on continue en danseuse pour y revenir après. C’est un pro qui vous le dit, parce que de cycliste amateur Olivier Haralambon est passé philosophe professionnel quand il a compris qu’il ne dépasserait jamais un certain niveau. Il connaissait ses limites.

Traité sur l’art et la manière de ne pas se laisser démonter

A trente-cinq ans, il a donc repris des études pour suer sang et eau sur Spinoza. Parce que, dit-il, quand on vient d’un milieu populaire, on a plutôt baigné dans Zola que dans Shakespeare et dans d’autres ivresses et d’autres joies que celle de la métaphysique.

C’est pourquoi ce petit traité sur l’art et la manière de ne pas se laisser démonter est si sympathique et si salutaire. Il encourage le lecteur amateur, et l’étudiant, à viser haut, à tenter l’effort de lire des livres trop grands pour son endurance.

"Voyez-le, il est là penché sur le papier, il s’escrime. Il essaie de tenir bon. Il relit le même passage pour la cinquième, pour la dixième fois. Ultime indice d’agacement, il se tortille sur son siège, décollant l’une après l’autre ses fesses douloureuses."

On retrouve le sportif et la bécane, mais au-delà de la parabole et de la parodie, Olivier Haralambon fait œuvre utile car il nous décomplexe, il autorise à jouer dans d’autres catégories que celles qui nous sont assignées, à voir grand et à y prendre plaisir. Car quand la route se dégage, et que la pensée poudroie finalement au bout du chemin, quel bonheur !

La philosophie en roue libre, ce n’est rien d’autre au fond qu’une embrocation qui huile les articulations du cœur et de l’esprit. Et par les temps qui courent on en a bien besoin.

Chronique littérature

"Comment lire des livres qu'on ne comprend pas" Olivier Haralambon, Editions Premier Parallele

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