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Economie

Comment les rumeurs peuvent faire chuter les bourses

Comment éteindre l'incendie déclencher par les rumeurs sur les marchés boursiers?
11 août 2011 à 08:44 - mise à jour 12 août 2011 à 09:58Temps de lecture4 min
Par Jean-François Herbecq
Une matinée de regain après les pertes des jours précédents, et puis tout s'écroule, comme un jeu de dominos : c'est le scénario catastrophe qu'ont vécu les places boursières des deux côtés de l'Atlantique ce mercredi 10 août.

Mais que s'est-il passé ? Ce sont des rumeurs qui ont déclenché ce mouvement de panique. Deux rumeurs, concernant toutes deux la France. 

L'une affirme que la France serait le prochain pays à perdre son statut AAA, comme les Etats-Unis. L'autre concerne la Société générale. Elle serait bizarrement partie d'un article du Daily Mail de dimanche dernier et faisait état de la mauvaise santé financière de la banque, qui augurait d'un scénario à la Lehman Brothers...

Une faillite de la Société générale ?

Une des victimes de la journée noire de mercredi est la Société générale qui a été fort touchée, avec un lourd recul de 14,74% à la clôture qui est allé jusqu'à 22,5%. 

Mais la deuxième banque française n'est pas que victime, elle a aussi été déclencheur de la panique qui a causé cette nouvelle tempête sur les marchés.

La grande banque française a ainsi vu son titre perdre 45% de sa valeur en deux semaines et demie et a annoncé la semaine dernière un bénéfice net en baisse de 31% au deuxième trimestre, notamment en raison des dépréciations de ses avoirs en Grèce mais aussi de la crise en général.

Il n'en fallait pas plus pour lancer la rumeur selon laquelle la "SocGen" serait dans un état "périlleux" et "au bord du désastre", ce qui fut fait par le Mail on Sunday. 

Une fiction trop proche de la réalité?

Jeudi soir, on a en outre pu lire dans une dépêche AFP que c'est une mauvaise interprétation par le journal britannique de la fiction "Terminus pour l'euro" publiée en 12 épisodes par le journal Monde qui a donné naissance à cette rumeur. 

Le Mail on Sunday aurait tout simplement pour une réalité la fiction du Monde, signée du pseudonyme "Philae", en fait une journaliste indépendante Florence Autret, correspondante à Bruxelles de L'Agefi et La Tribune. Ce feuilleton estival imaginait de grandes manoeuvres politico-financières en zone euro dans la tourmente, mais la Société générale, n'est guère citée dans cette fiction. 

Ce vendredi le Mail dément toute mauvaise interprétation à la lecture du Monde, pour la simple et bonne raison qu'il n'aurait pas eu connaissance du feuilleton. Le Monde explique aussi comment cette thèse a vu le jour, au travers de messages interne à Reuters, de tweets mal interprétés, de revue de presse et de dépêches corrigées puis annulées... (tous les détails ici). 

Le tabloïd britannique s'était fendu mercredi "d'excuses sans réserve pour les désagréments causés" à la banque française.

Mais le mal était fait même si le PDG de la Société générale s'est ingénié à démonter la rumeur en communiquant tous azimuts : Frédéric Oudéa a qualifié ces bruits de "fantaisistes" dans le Figaro. La Société générale a aussi demandé à l'Autorité boursière française d'enquêter sur l'origine de ces rumeurs.

Cela n'a pas empêché le Daily Mail d'en remettre une couche jeudi, en donnant la parole à un dealer de BGC Partners qui rappelle que le titre de la SocGen est passé depuis début juilllet de 40 à 21 euros... Et de qualifier cette baisse de 50% en un mois de "signifiante"...

Panique sur la note AAA de la France : le film de la journée

Ces rumeurs de dégradation de la note souveraine française ont entraîné le CAC40 dans le rouge : à -5,45% à la clôture.

Le signal négatif a d'abord été donné par la Bourse de Milan qui commence à glisser vers 12H30. A ce moment là, les autres grandes Bourses européennes, Paris, Londres, Francfort ou Madrid, naviguent encore calmement dans le vert, au lendemain d'une intervention jugée rassurante du président de la Fed, Ben Bernanke.

Le tournant s'opère peu après 14H00. A Paris, le CAC 40, quasiment en positif depuis le début de la séance, tombe dans le rouge et s'enfonce très vite. Juste avant 15H00, le secteur bancaire plonge, l'indice parisien perd déjà plus de 1%.

Dans la foulée, la Bourse de Londres se retourne soudainement, mais ses pertes sont encore limitées à 0,89%. A ce moment là, Milan est déjà en chute de plus de 3%.

De nouvelles inquiétudes sur la Grèce sont d'abord pointées pour expliquer l'attaque sur les valeurs bancaires. Dès 15H10, le repli de Paris dépasse la barre des 2%. Francfort n'est pas en reste, avec un recul de 1,13%. Rapidement, la Grèce n'apparaît plus comme un motif suffisant à cette déconfiture générale.

Un analyste parisien parle, sous couvert d'anonymat, de "rumeurs les plus folles". "Certains parlent même d'une éventuelle dégradation de la note française par une agence de notation". La panique prend forme.

Le retour de vacances anticipé du président Nicolas Sarkozy pour une réunion de crise sur les déficits publics rend l'ambiance encore plus électrique.

A 15H30, l'ouverture de Wall Street n'arrange rien : dès le son de la cloche, le Dow Jones affiche une baisse de 1,21%. Il ne lui faudra que trois minutes pour s'enfoncer de plus de 2%.

Standard and Poor's à l'origine de la rumeur 

Dans Le Monde Jacques Attali explique l'origine de cette rumeur : selon lui, la France a été "explicitement désignée" pour perdre son AAA par Standard & Poor's. "S&P a glissé dans son rapport sur les Etats-Unis une phrase passée inaperçue : un seul pays noté AAA aura en 2015 une dette égale à celle des Etats-Unis en ratio ; c'est la France", explique-t-il.

Le ministère français des Finances a dû démentir les rumeurs. Les agences de notation Moody's et Fitch ont aussi tenté de calmer le jeu en annonçant que la note actuelle de la France était encore à AAA et sa perspective stable : "Il n'y a rien du tout du côté de Fitch. Il n'y a rien de nouveau, la note de la France n'a pas changé, il n'y a pas d'histoire, elle est aujourd'hui de triple AAA stable", a ainsi déclaré Fitch à l'AFP.


JFH avec AFP et Le Monde

Les Bourses jouent au yoyo

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