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Comment le communisme a-t-il tenté de s’implanter au Congo belge ?

1000 jours dans l'Histoire

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Dès 1920, le communisme tente de s’implanter au Congo belge, au grand dam des autorités coloniales. Celles-ci ont tenté de contrôler l’arrivée de l’idéologie sur le territoire. Mais avec les débuts de la lutte pour l’indépendance de la colonie, la tâche s’est faite de plus en plus ardue. Un homme va centraliser les craintes et les fantasmes : Patrice Lumumba.

Lumumba était-il communiste ? Pour répondre à la question et pour analyser la portée de l’idéologie dans le Congo belge, Anne-Sophie Gijs, historienne et professeure à l’UCLouvain était l’invitée d’Un jour dans l’Histoire. En 2016, elle publiait sa thèse intitulée "Le pouvoir de l’absent. Les avatars de l’anticommunisme au Congo (1920-1961)" paru aux éditions Peter Lang.

L’anti-communisme au Congo belge

La Première Guerre mondiale a durement impacté la population du Congo belge. Les vivres sont devenus rares, les prix ont augmenté, le pouvoir d’achat est en baisse. C’est un terreau idéal pour les premières revendications des travailleurs et des ouvriers congolais.

Le pouvoir colonial, qui tente de contrôler la population colonisée qui pourrait remettre en cause son autorité, voit d’un mauvais œil cette évolution sociétale. Les idées d’extrême gauche, qui trouvent un écho important en Belgique, ne sont pas les bienvenues au Congo belge. Les colonisateurs vont alors mettre en place des organes de prévention et de contrôle pour "traquer le danger communiste" dans les grandes entreprises, dans les banques, dans les administrations.

En réaction à cette possible implantation communiste, les autorités de la colonie vont prendre des mesures concrètes : interdiction des drapeaux rouges, recadrage idéologique des marins congolais qui se rendent en Belgique, création d’antennes de sûreté civile pour surveiller les citoyens suspects.

Les syndicats au Congo arrivent après la deuxième guerre mondiale, mais sont réservés aux travailleurs blancs. Ils sont cependant très contrôlés par le pouvoir colonial, car on a peur qu’ils deviennent trop puissants, influencent les travailleurs congolais, et remettre en question l’existence même de la colonisation.

Paradoxalement, les colons se persuadent qu’en développant le bien-être, et qu’en la tenant dans une ignorance intellectuelle, le communisme ne pourra jamais s’implanter parmi la population noire. Mais la vraie "menace" qui lui pèse au nez, ce n’est pas tant le communisme que la lutte pour l’indépendance.

"Je ne suis pas du tout communiste"

Patrice Lumumba

On a souvent, en Belgique, dressé un portrait peu flatteur de Patrice Lumumba avant sa mort, et même au-delà. Dans les cénacles politiques et économiques, le Premier ministre du Congo indépendant est diabolisé pour ses idées jugées "anti-blancs" et "anti-belges".

Avant l’indépendance, on est effrayé de son aura politique et de son influence de tribun sur les foules. Pour les Belges, c’est certain, il appartient au "camp de la peur", au camp communiste. Mais ce ne sont pas les seuls à cultiver cette vision. Profitant de l’occasion de mettre à mal son image, ses rivaux politiques congolais ont aussi accusé Lumumba d’être un suppôt de Moscou.

Pourtant, l’homme l’a dit lui-même : "Je ne suis pas du tout communiste, et je ne le deviendrai jamais". Malgré cela, il a déjà, par le passé, vanté les mérites du marxisme devant des interlocuteurs communistes, comme il l’a fait pour d’autres idéologies de droite et de gauche. C’est avant tout un caméléon, qui s’adapte à son audience pour mieux la flatter et la séduire. Il espère ainsi rallier des voix à sa cause : l’indépendance effective du Congo.

Son image communiste persistera après son assassinat, en janvier 1961. Certains de ses anciens alliés politiques se revendiquant comme ses héritiers n’hésiteront pas à revendiquer l’étiquette marxiste, et à demander le soutien de l’URSS, de la Chine ou de Cuba dans leur lutte armée contre le pouvoir en place. Mais ça, c’est une autre histoire.

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