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Chroniques

Comment gâcher un repas de fête ? Prononcez "vaccination" et "enfants"

Les coulisses du pouvoir

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16 nov. 2021 à 08:12 - mise à jour 16 nov. 2021 à 09:463 min
Par Bertand Henne

La gestion de la crise sanitaire suscite parfois des débats tendus dans la société. La question de la vaccination peut parfois polariser fortement. Des groupes d’amis ou des familles se retrouvent en conflit sur ce sujet. Mais ce n’est que le début, car voici bientôt le débat sur la vaccination des enfants.

Dans un sketch célèbre, les Inconnus racontent un réveillon du nouvel an. Tout se passe bien, un ami descend chercher une bouteille de Pommard dans votre cave. Mais quelqu’un prononce, dans la même phrase, les mots "immigrés" et "politique". Et tout dérape. Si les Inconnus devaient rejouer la scène, ils remplaceraient "politique" et "immigrés" par "vaccination" et "enfants". Deux mots qui mélangés peuvent devenir dangereusement explosifs pour vos dîners de réveillons.

États-Unis

Le débat progresse dans plusieurs pays et va s’inviter chez nous. Le vaccin de Pfizer/BioNtech a été approuvé aux États-Unis pour les 5 à 11 ans. Le pays va lancer une vaste campagne pour viser une couverture vaccinale la plus large possible. Chez nous, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke y est favorable et attend le feu vert de l’agence européenne des médicaments attendu dans quelques semaines. Timing parfait pour les dîners de fin d’année. Si vous avez la chance d’avoir une bouteille de Pommard, attendez au moins de l’avoir terminée avant de vous lancer sur le sujet.

Un débat qui mêle de manière inextricable médecine, éthique et politique

La première question à trancher, c’est de savoir ce qui est le plus intéressant pour nous protéger collectivement ? Vacciner les enfants ou utiliser ces doses pour vacciner dans d’autres pays, plus pauvres qui n’ont pas accès aux vaccins. Il y a une question de solidarité là derrière. Comment allouer au mieux la ressource vaccinale pour sauver le plus de vie ?

Toujours d’un point de vue épidémiologique un Occident survacciné avec des pays limitrophes ou la circulation virale est massive est-ce idéal ? On court le risque de voir apparaître un nouveau variant qui reviendra par la fenêtre.

Bénéfice-risque

L’autre question c’est la fameuse balance bénéfice-risque. La FDA, l’agence américaine qui a analysé les essais effectués par Pfizer, a déjà répondu. La FDA la juge favorable. On attend chez nous le verdict de l’agence européenne des médicaments.

En soi, la vaccination des enfants n’est pas du tout un problème, une très grande majorité de parents acceptent les vaccins contre la coqueluche, la diphtérie, la poliomyélite, le tétanos, les oreillons, la rougeole et la rubéole pour ne citer que les plus courants. De maladies qui pour certaines affichent une prévalence beaucoup plus basse que le Covid.

Si le Pommard que vous servez au repas de fête risque d’être gâché, c’est parce qu’à la différence de ces maladies infantiles, le Covid-19 épargne largement les plus jeunes. Enfin largement mais pas totalement puisque la FDA dans son avis souligne qu’une centaine d’enfants de 5 à 11 ans sont décédés aux États-Unis depuis le début de l’épidémie. Il reste que la vaccination des enfants vise à élargir une couverture vaccinale insuffisante chez les adultes contre une maladie dont le premier facteur de risque est l’âge. Faut-il que des enfants prennent des risques (infinitésimaux) pour contrecarrer les choix de certains adultes ?

Enfin si vous arrivez au dessert il faudra encore évoquer la question épineuse de la protection collective. Tous les vaccins offrent une protection individuelle, mais aussi collective. Dans le cas des enfants et de la Covid-19 c’est plutôt le second aspect qui est dominant. Si l’agence européenne va dans le même sens que la FDA, cela voudra dire qu’on demande aux parents de ne pas penser qu’à leur enfant mais aussi à la communauté dans laquelle ils vivent. On leur demande de participer à un effort collectif, à une protection de la communauté, à une solidarité intergénérationnelle. Une discussion qui peut vite déraper sur des : "De quoi tu te mêles ?" versus "incivique !". De quoi gâcher un repas de Noël.

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