Economie

Comment expliquer le prix négatif du baril de pétrole américain ?

Comment expliquer le prix négatif du baril de pétrole américain ?

© PAUL BUCK - BELGAIMAGE

21 avr. 2020 à 06:54 - mise à jour 21 avr. 2020 à 07:35Temps de lecture3 min
Par Maxime Paquay

C’est une première historique. Ce lundi, le cours du pétrole WTI, standard américain a été négatif : jusqu’à -37 dollars le baril. D’autres références de pétrole étaient, à ce moment-là, déjà négatives, comme le pétrole canadien. Ce mardi, le cours baril de pétrole américain a rebondi.

Pourquoi un prix négatif?

Il y a trop de pétrole. Depuis que la plupart des économies sont à l’arrêt, la demande en pétrole a presque disparu.
Les transports aérien et routier sont presque l’arrêt. La demande s’est littéralement effondrée alors que l’offre de pétrole était déjà abondante avant la crise du Covid-19. En plus de cela, l’Arabie Saoudite et la Russie se sont lancés dans une guerre des prix. Et globalement, tous les prix ont baissé, de par les surplus.

Les stocks sont remplis

Mais le problème actuel, qui a sans doute conduit le baril de WTI, c’est celui des stocks. Les espaces de stockage de pétrole sont pratiquement à saturation,
Et c’est aux Etats-Unis que ce problème est le plus criant. Plus qu’ailleurs, ce qui explique pourquoi, par exemple, la référence européenne, le Brent n’a chuté hier "que" de 5%.

Les cours du pétrole qui font la une de l’actualité, ce sont les cours du WTI pour le mois de mai. Or, ce contrat expire ce mardi. Le pétrole pour livraison en mai et juin ne trouve plus preneur parce que physiquement, cela devient difficile de le stocker.

Expiration du contrat de mai

Cela veut dire qu’aux Etats-Unis, non seulement personne ne consomme le pétrole qui est produit, qui a été extrait, mais en plus, le manque de capacités de stockage est criant. Or, le cours dont il est question, celui qui a plongé et est même devenu négatif, concerne les livraisons de pétrole au mois de mai. Et "personne ne veut prendre livraison du pétrole à échéance mai", souligne Xavier Timmermans est stratégiste pour la banque privée BNP Paribas.

"Les cours du pétrole qui font la une de l’actualité, ce sont les cours du WTI pour le mois de mai. Or, ce contrat expire ce mardi. Le pétrole pour livraison en mai et juin ne trouve plus preneur parce que physiquement, cela devient difficile de le stocker. Et ça devient donc non économique de se faire livrer. Et c’est la raison pour laquelle les prix baissent aussi fortement".

Avec cette expiration du contrat de mai ce mardi, la plupart des traders tentent donc d’éviter de se retrouver obligés d’accepter la livraison physique du pétrole. Parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’espace de stockage. "Et il y a une énorme différence de prix entre la livraison maintenant, en mai 2020, et la livraison dans un an, où c'est beaucoup plus cher", souligne Xavier Timmermans. Cela veut aussi dire que la situation pourrait s’améliorer dans les jours à venir, selon plusieurs analystes, dont Matt Smith, expert du marché pétrolier pour ClipperData qui estime qu' "Il est un peu trompeur de se focaliser sur le contrat de mai".

Les cours du WTI pour le mois de juin ont d'ailleurs rebondi, eux aussi, et se situent mardi matin un peu au-dessus des 21 dollars.

Un pétrole pas cher pour la reprise ?

Quand la plupart des économies importatrices de pétrole (comme la Belgique) vont redémarrer, la demande va augmenter. Ce qui "tirera mécaniquement les prix vers le haut". Mais malgré cela, il faudra sans doute plusieurs mois avant de résorber les surplus, et il y a aura donc sans doute plusieurs mois de pétrole bon marché. Avec plus tard dans l'année "un double phénomène", pour Xavier Timmermans, "l'augmentation de la demande suite à la reprise de l'économie mondiale, couplée à une baisse de l'offre, parce que notamment le pétrole de schiste américain voit sa production diminuer - il n'est plus rentable du tout, et on voit le nombre de puits en activité qui a fortement diminué. Une offre moins importante et une demande plus grande, cela devrait amener les prix du pétrole autour des 45-55 dollars pour le Brent en fin d'année".