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Comics Street : L’Âge d’Eau

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''L'Âge d'Eau'' de Benjamin Flao, chez Futuropolis

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04 janv. 2022 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID
Benjamin Flao

Dystopie climatique, nous partons pour un monde lacustre, qui a des airs d’Amazonie au premier coup d’œil, mais qui est bien plus proche du nôtre, en réalité. ''L’Âge d’eau'' commence par plusieurs images en pleine page assez énigmatiques. Puis, très vite, on entre dans le récit à l’aide d’une petite voix intérieure, une voix off intrigante, qui est en réalité celle d’un chien.

C’est lui le narrateur de cette histoire. Nous sommes dans un monde futur totalement délabré, où l’eau recouvre largement les terres, laissant ici et là quelques îlots pour les humains. Plus loin, on apprendra qu’un pouvoir central agit pour regrouper les communautés, contrôler, contraindre, expulser, déloger. On verra poindre une forme de gouvernement postapocalyptique en miroir avec ceux qui gèrent aujourd’hui la pandémie d’un bout à l’autre de la planète. Mais avant tout cela, avec une très belle lenteur, une lenteur presque aquatique ai-je envie de dire, le chien nous présente les personnages, leur profil, leurs peines de cœur, leurs motivations.

C’est un peu le contraire de ce qui se pratique aujourd’hui, tant dans la vie que dans les séries, et c’est ce qui rend ce livre attachant. Benjamin Flao, auteur nomade et volontiers en prise directe avec les rythmes de la terre, s’offre le luxe de raconter à son rythme. Le dessin est parfois presque photographique, quand il ne renvoie pas à la peinture hyperréaliste. Mais sur cette série d’instantanés de paysages suspendus entre ciel et mer, se greffent des personnages dessinés quant à eux très nerveusement, pouvant aller jusqu’à la limite du gribouillis. C’est parfois dérangeant, il y a des moments où le trait est grossi volontairement, mais ce qui est sûr, c’est que la volonté est de déstabiliser l’œil pour le plonger dans un monde où les repères ont basculé. Page après page, on entre dans l’histoire – ou plutôt dans les histoires – qui agite ce monde en train de disparaître. ''L’Âge d’eau'' m’a rappelé un formidable livre de Gippi, La Terre des fils, paru chez le même éditeur il y a cinq ou six ans, et qui explorait lui aussi le lien entre la montée des eaux et la perte du savoir.

Ce n’est pas le plus drôle des romans graphiques pour démarrer l’année, sans doute pas, mais il faut dire qu’il y a dans ''L’Âge d’eau'' une très belle galerie de personnages attachants. Et une tendresse particulière pour les humains en marge. La voix off du chien ajoute de la poésie à l’ensemble et le dessin transforme, transcende, même, cette ambiance de fin du monde pour en tirer une fable fascinante. Benjamin Flao réussit là le tour de force d’être à la fois politique et onirique. On referme ce premier volume de cent cinquante pages avec l’envie de retrouver au plus vite ces personnages, cette drôle de sagesse canine et ces paysages liquides étrangement lumineux.

''L’Âge d’Eau : La Constellation du Chien'' Tome 1, de Benjamin Flao, chez Futuropolis

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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