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Comics Street : Anaïs Nin, Sur la Mer des Mensonges

BD
23 sept. 2020 à 11:453 min
Par Thierry Bellefroid

On vous emmène sur les traces d’une écrivaine qui a marqué le vingtième siècle : Anaïs Nin. Sa vie nous est proposée dans un roman graphique aux couleurs chatoyantes.

Le livre est dessiné par une sorte de mine multicolore. C’est la première chose qui saute aux yeux du lecteur. Le trait lui-même se charge de plusieurs couleurs à la fois, ce qui lui donne un côté poétique et onirique qui colle parfaitement aux intentions de Léonie Bischoff. Cette autrice genevoise installée à Bruxelles depuis ses études à St-Luc a choisi de montrer les différentes facettes d’une créatrice bien plus multiple qu’il y paraît au premier regard. Pour rappel, Anaïs Nin est née en 1903 d’un père cubain et d’une mère danoise, tous deux musiciens. Abandonnée par son père, elle part vivre avec ses frères aux États-Unis, elle a onze ans. Elle commence une correspondance destinée à son père, mais ne lui enverra jamais ses lettres. C’est ce qui débouchera sur l’écriture de son Journal intime, véritable ossature de son œuvre.

Le regard que porte Léonie Bischoff sur Anaïs Nin nous la révèle sous un jour nouveau…

Souvent considérée comme la muse d’Henri Miller et réduite à ''Vénus Erotica'', son livre le plus célèbre, réunissant des textes érotiques des années 50, Anaïs Nin prend ici des chemins très singuliers pour montrer tous ses doubles : un fantôme surgi de son inconscient lui parle au-dessus de l’épaule, des extraits de son journal intime répandent leur musique ici et là, le rêve et la métaphore s’invitent dans le réel.

Ce n’est pas une biographie classique

Rien n’est attendu, dans cette évocation. On tourne les pages en se demandant comment la dessinatrice va pouvoir rendre compte du monde érotique auquel est associée – parfois à tort – l’œuvre d’Anaïs Nin et on se surprend à voir des scènes d’une subtile élégance, plus sensuelles qu’érotiques, mais surtout, d’une grande tendresse. On s’attend à découvrir un Henri Miller jouisseur, on le découvre presque rêveur et profondément joyeux. On croit que Léonie Bischoff veut montrer les aspects positifs et la liberté créatrice de son héroïne, on est cueilli à froid par les scènes les plus dures, car l’actrice n’évite pas les sujets plus sombres. D’un bout à l’autre, ce livre est un enchantement et une découverte. On n’a qu’une envie en le refermant : relire toute l’œuvre d’Anaïs Nin.

Qu’est-ce que la bande dessinée apporte quand elle se propose d’explorer la vie d’une écrivaine ?

Elle permet d’explorer tous les champs à la fois. On peut superposer la voix du journal intime et celle des personnages, on peut traiter le rêve ou même la psychanalyse, on peut montrer les états d’âme, profiter des ellipses pour aller à l’essentiel et surtout, installer un climat qui focalise la lecture sur certains aspects d’Anaïs Nin en laissant d’autres choses dans l’ombre. Mais ce qui frappe ici, aussi, c’est le regard, celui d’une femme porté sur une autre femme. Le livre est on ne peut plus féminin : sensuel, intuitif tout en étant réfléchi, érudit mais nullement scientifique ou analytique. Bref, c’est un grand roman graphique qui a son existence propre et agit à la manière d’un révélateur.

''Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges'', de Léonie Bischoff, chez Casterman

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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