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Colombie : Otoniel, le narcotrafiquant le plus puissant du pays a été arrêté, et après ?

Colombie, arrestation de l’un des plus gros barons de la drogue depuis Pablo Escobar.
25 oct. 2021 à 16:365 min
Par J.B. avec Agences

Ça s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche. Une vaste opération de police, dans la jungle - 500 membres des forces de l’ordre et une vingtaine d’hélicoptères – a mis la main sur le plus gros narcotrafiquant de Colombie : Dairo Antonio Usuga, alias Otoniel. C’est le chef du puissant gang El Golfo et pour les autorités il s’agit de la plus belle prise depuis la chute de Pablo Escobar en 1993.

Un gros coup de filet qui ne devrait toutefois pas mettre fin au trafic de drogue en Colombie. Le pays reste le plus gros exportateur de cocaïne du monde malgré les efforts des autorités depuis près de quatre décennies.

Otoniel, c’était l’homme le plus recherché du pays. Même les Etats-Unis avaient offert une récompense de 5 millions de dollars pour sa capture. Il devrait d’ailleurs être prochainement extradé.

La plus grosse tête depuis Escobar

Ivan Duque, le président Colombien a exprimé sa fierté Twitter à l’annonce du succès de l’opération "Osiris". Il faut dire que cela faisait sept ans que les autorités étaient derrière Otoniel. Pour le président colombien "c’est le coup le plus dur qui ait été porté au trafic de drogue en ce siècle dans notre pays […] seulement comparable à la chute de Pablo Escobar".

Pour rappel, à l’époque, Pablo Escobar c’est le contrôle de 80% du commerce mondial de cocaïne. C’est dire la comparaison. L’homme de Medellin avait été abattu en 1993.

Pour ce qui est de Otoniel, il faut dire que l’homme fait tout depuis toujours pour se rendre invisible. Usant des techniques apprises chez les milices et guérillas paramilitaires, il était encadré par près de huit cercles de sécurité comme le rappelle Libération, n’utilisait pas de GSM, au contraire il avait une équipe de coursiers pour ses messages. Il ne passait pas deux nuits au même endroit, toujours dans la jungle, toujours loin des habitations.

Et puis il a morcelé son cartel de sorte à avoir des pôles de pouvoirs dans tous les pays. Ce qui le rendait d’autant plus insaisissable.

Pourtant, des images diffusées par le gouvernement montrent Otoniel, vêtu de noir, menotté et entouré de militaires colombiens armés. Le narcotrafiquant a été capturé à Necocli dans le nord-ouest du pays, près de la frontière avec le Panama.

Le clan del Golfo

Le Clan del Golfo est le plus puissant gang de narcotrafiquants de Colombie.

Otoniel, âgé de 50 ans, était à la tête du Clan del Golfo, formé d’anciens membres de groupes paramilitaires qui ont mené une lutte acharnée contre les guérillas de gauche jusqu’aux années 2010.

Le cartel, qui se finance principalement grâce au trafic de drogue, à l’exploitation minière illégale et à l’extorsion, est présent dans près de 300 municipalités du pays, selon le groupe de réflexion indépendant Indepaz.

Le gouvernement colombien accuse le Clan del Golfo d’être l’un des responsables de la pire vague de violence qui secoue le pays depuis la signature de l’accord de paix en 2016 avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste). En 2017, Otoniel avait annoncé son intention de parvenir à un accord pour se rendre à la justice. Le gouvernement avait répondu en déployant pas moins de 1000 soldats pour le pourchasser.

Qui est Otoniel ?

Otoniel était devenu le chef du Clan del Golfo après la mort de son frère Juan de Dios, "Giovanni", lors d’affrontements avec la police en 2012.

Il avait pris les armes à l’âge de 18 ans comme guérillero dans l’Armée de libération populaire, une guérilla marxiste démobilisée en 1991.

Après avoir déposé les armes, il était retourné combattre dans les groupes paramilitaires d’extrême droite.

Nombre de ces groupes avaient été démobilisés en 2006 à l’initiative du gouvernement de l’ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010). Mais Otoniel avait décidé de rester dans l’illégalité.

Et après ?

Les Etats-Unis avaient offert une récompense de 5 millions de dollars pour sa capture. Otoniel, qui a été inculpé par la justice américaine en 2009, fait notamment l’objet d’une procédure d’extradition devant le tribunal du district sud de New York. Maintenant qu’on lui a passé les menottes, l’extradition n’est plus qu’une question de temps. Le gouvernement colombien a annoncé ce dimanche qu’il préparait l’extradition vers les Etats-Unis d'"Otoniel".

En attendant, est-ce que cette arrestation va enfin permettre à la Colombie de se relever ? On n’y est pas. C’est même plutôt le contraire.

"Otoniel" est tombé, comme par le passé d’autres barons de la drogue en Colombie ont été arrêtés ou tués. Mais au-delà de la joie du gouvernement d’avoir arrêté le chef d’un puissant groupe mafieux, le plus grand empire de la cocaïne au monde est loin de s’effondrer.

Après cinq décennies de guerre contre la drogue, avec des milliers de morts parmi les policiers, les civils et les trafiquants de drogue, la Colombie continue d’être le plus grand exportateur de cocaïne et les Etats-Unis le principal consommateur.

Et aucun analyste ne pense que cela va changer après la mise à l’écart d'"Otoniel".

Le Clan del Golfo garde le contrôle de la frontière colombo-panaméenne, une route clé pour la contrebande de cocaïne vers les Etats-Unis. Et d’autres groupes armés poursuivent leur expansion dans les régions reculées où l’on cultive la feuille de coca, principal ingrédient de cette drogue.

Ivan Duque, qui quittera le pouvoir en 2022, n’a pas réussi à faire autoriser la reprise des pulvérisations de glyphosate sur les plantations illicites de coca, une nécessité selon lui pour les éradiquer. Cette suspension avait été décidée par la justice en 2015 en raison de risques pour la santé et l’environnement.

Et le Clan del Golfo n’a pas besoin de son chef de gang pour continuer à vivre. Alors qu’Otoniel tentait de fuir, les troupes, composées des restes des paramilitaires d’extrême droite ayant semé la terreur dans les années 1990 dans le cadre de leur lutte anti-guérilla, ont maintenu leurs positions.

Le gang dispose d’une force d’environ 1600 combattants et est présent dans près de 300 (sur 1100) communes, selon le centre d’études indépendant Indepaz.

Le gang contrôle les routes d’exportation de drogue vers l’Amérique centrale et profite également du trafic massif de migrants à travers la frontière avec le Panama vers les Etats-Unis.

Les risques d’une guerre pour la succession ?

D’autres voix, comme Elizabeth Dickinson, chercheuse à l’ONG Crisis Group, mettent en garde contre des possibles violences dans la "lutte pour le contrôle" du clan après la chute d'"Otoniel".

Avec "Otoniel" en prison, deux successeurs possibles se dessinent : "Le premier est celui qui est surnommé 'Chiquito Malo'" et dirige les réseaux du clan dans la région d’Urabá, près de Panama, a expliqué sur une radio locale l’expert Esteban Salazar. "L’autre qui est surnommé 'Siopas', a été proche d’Otoniel' pendant 15 ans", a ajouté Salazar.

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