La Trois

“Colette et Justin, une histoire congolaise” : un récit intime sur la décolonisation

Photos de Colette du documentaire "Colette et Justin, une histoire congolaise"

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26 nov. 2022 à 06:54 - mise à jour 02 déc. 2022 à 13:59Temps de lecture2 min
Par Tiphaine Counali

Dans “Colette et Justin, une histoire congolaise”, diffusé le 3 décembre à 25h15 sur La Trois, le réalisateur Alain Kassanda retrace avec poésie la vie de ses grands-parents et de son pays d’origine.

"Je suis né en 1928, à quelque quinze kilomètres de la première grande mission Mikalayi, donc tout près des missionnaires." Dans un salon aux murs blancs, Justin et Colette, racontent leur jeunesse au Congo. Enfoncés dans des canapés en cuir marron, ils se remémorent les 19 kilomètres qu’ils marchaient pour aller à l’école, les bars chics où ils allaient danser et leur départ en France dans les années 1990. Justin et Colette sont les grands-parents du réalisateur, Alain Kassanda. Ils étaient des “évolués”, ces congolais éduqués dans les institutions coloniales pour devenir une classe moyenne autochtone. Cette minorité servait à aider l’administration coloniale à gouverner le pays. Justin et Colette ont été les premiers témoins de la décolonisation de leur pays. Ils ont vécu les transformations du Congo belge, les mouvements d’indépendance du pays et le conflit entre les Baluba et Lulua, deux peuples d’Afrique centrale.

Dans son documentaire, Alain Kassanda retrace de manière intime l’histoire du pays de son enfance. Par des entretiens, des archives et de la poésie, le film donne à voir une mémoire familiale et nationale.

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Une histoire avant tout familiale

Après plusieurs années de pourparlers, Alain a enfin convaincu son grand-père de se raconter face à sa caméra. Sur les premières images du documentaire, Justin, le regard concentré et les mains noueuses, ouvre une vieille valise noire, remplie de photos de son enfance. Les images sont tachées, trouées, contrairement aux souvenirs, qui eux sont intacts. "J’étais parmi les hommes les mieux habillés, […] avec mon vélo, j’allais, tout le monde me regardait comme ça, j’étais beau", se rappelle Justin, sourire aux lèvres.

Colette, elle, se souvient du poids de son éducation genrée au sein des institutions coloniales. "Tu sais, les Belges nous ont joué un mauvais tour. Les garçons étudiaient à un endroit et les filles à un autre. Les garçons apprenaient en français et les filles tshiluba." Comme toutes les filles elle a dû arrêter en cinquième l’école générale pour apprendre à devenir une bonne épouse.

La journée ils étaient boys, les mains couvertes des saletés des autres, l’échine rompue aux courbettes, dactylos dans la moiteur des bureaux étouffants sous les plafonds de verre […]. Ils avaient cessé d’être des hommes pour devenir rouages anonymes d’une machine bien huilée.

"On donnait des cours de français rien qu’aux hommes, parce que les hommes allaient travailler dans les bureaux des blancs, pas les femmes", précise Justin. Issus du peuple des Baluba, proche de l’administration coloniale, Colette et son mari sont éduqués pour former une nouvelle élite intellectuelle et économique congolaise. On suit dans le documentaire le quotidien de ces “évolués” : comment ils ont grandi, comment ils se sont élevés socialement et comment ils se sont retournés contre leurs colonisateurs en devenant les premiers penseurs de l’indépendance. On découvre également, par le biais de Justin, membre d’un parti indépendantiste rival de celui de Patrice Lumumba, la construction de l’Etat congolais de l’intérieur.

Colette et Justin, une histoire congolaise”, un documentaire d’Alain Kassanda à voir samedi 3 décembre à 23h15 sur La Trois, et en replay sur Auvio.

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