Chroniques

Codeco : la rue de la loi a horreur du vide

Les coulisses du pouvoir

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31 août 2022 à 06:47 - mise à jour 31 août 2022 à 08:13Temps de lecture2 min
Par Bertrand Henne

Revoilà le codeco, le comité de concertation pour la rentrée. Comme face au Covid, Alexander de Croo tente le coup de la mobilisation générale face à l’envolée des coûts de l’énergie. Mais le risque de déception est grand.

Absence

Oui depuis le début du mois d’août, l’opposition, parfois des membres de la majorité, mais aussi des chefs d’entreprise, des commentateurs, dénoncent une forme de passivité du gouvernement face à l’envolée estivale des prix du gaz et de l’électricité. En vacances, le gouvernement d’Alexander de Croo, était de fait aux abonnés absents, ce qui a laissé une impression de vide que tous ses adversaires ont tenté d’exploiter.

Mais la rue de la loi à horreur du vide. A l’approche de la rentrée, le Premier ministre à tenter de reprendre en main le gouvernail en lâchant spontanément dans une interview : "il y aura 5 ou 10 hivers difficiles".

La phrase a été immédiatement et presque unanimement condamnée, raillée, flinguée : déclaration d’impuissance, sincérité, erreur de communication. Cochez la bonne case, ça peut être les trois en même temps.

Et voilà donc Alexander de Croo bousculé pour la rentrée. Puisqu’on exige de lui de faire face à l’urgence, d’agir, de décider mais que personne n’est d’accord sur l’urgence, la manière d’agir et quoi décider il convoque un Codeco, un comité de concertation, le nouveau lieu censé incarner le pouvoir face à l’urgence.

Transcendance

Comme lors du Covid, le CODECO doit mobiliser les énergies politiques. Ces deux dernières années, le Codeco est devenu le lieu où les pouvoirs sont censés se transcender, s’unir face à la menace.

Pourtant à l’origine, le comité de concertation n’est pas décisionnel sa fonction rappelle le CRISP est d’être un organe réunissant des ministres fédéraux, régionaux et communautaires afin de tenter de prévenir ou de régler les conflits d’intérêts et certains des conflits de compétences qui surviennent entre des composantes de l’État fédéral belge.

Ces conflits de compétences risquaient de ruiner la réponse belge face au covid, le CODECO s’est donc imposé (plutôt que le conseil national de sécurité) et finalement est allé bien au-delà de sa mission initiale.

Toute la question est de savoir, si l’envolée du coût de l’énergie aura les mêmes effets que le covid sur les décideurs : une nécessité de transcender le fédéralisme face à un intérêt supérieur.

La politesse

Du côté des nationalistes la réponse est claire c’est non. Pour la N-VA c’est très clair, le fédéral tente de noyer sa responsabilité en mouillant les régions : Zuhal Démir la ministre flamande de l’énergie viendra "par politesse". La Flandre dit-elle a déjà pris ses responsabilités avec un plan isolation d’un milliard d’euros. Signalons qu’avant la deuxième vague du covid la N-VA tenait plus ou moins le même discours sur l’utilité des Codeco, avant de se plier à la nécessité d’une réponse coordonnée. Côté wallon la politesse c’est de ne pas dire qu’on viendra par politesse, mais on n’en pense pas beaucoup moins.

Au bout du compte, Alexander de Croo veut démontrer que les décideurs décident alors que les marges de manœuvre sont minces. Une bonne partie de la solution se situe pourtant au niveau européen tant pour le blocage des prix que pour la taxation des surprofits. Pour ce qui concerne son gouvernement, il ne parvient pas à un cap clair sur la réponse face à la crise en particulier le dossier nucléaire qu’il traîne comme un boulet.

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