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Climat : la RTBF passe à la vitesse supérieure

12 oct. 2021 à 13:24Temps de lecture8 min
Par Un article Inside d'Isabelle Palmitessa, journaliste à la rédaction Info

Le climat. Un mot bien souvent lu et entendu dans les informations diffusées par la RTBF.

Un mot qui s’invite partout.

Dans les reportages à caractère scientifique, traitant de l’évolution du climat de la planète, bien sûr. Mais aussi dans la couverture de catastrophes comme les grands incendies et les inondations. En politique, quand il s’agit de voter des lois, d’accorder des permis, de modifier la fiscalité, de fermer ou pas les centrales nucléaires. En société, quand on souligne les initiatives citoyennes et les nombreuses manifestations pour la sauvegarde de la vie sur notre planète. En économie, quand des industriels et des économistes remettent en question le modèle de croissance et l’exploitation de ressources limitées. En culture, quand les enjeux environnementaux inspirent aujourd’hui tant d’artistes dans toutes les disciplines.

Bref, le climat est partout. Et derrière lui, plus largement, toutes les problématiques liées à l’environnement. D’où l’idée, lors de cette rentrée de septembre de constituer au sein de la rédaction de la RTBF un groupe de journalistes particulièrement intéressés par cette thématique et de donner au climat une priorité éditoriale.


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Johanne Montay, responsable éditoriale sciences, santé et environnement explique la démarche : " Ce groupe climat, on l’a créé pour placer le climat comme enjeu éditorial essentiel, surtout maintenant avec la Cop 26 qui arrive. Un appel a été lancé aux journalistes de toutes les rédactions, y compris en région pour voir qui est intéressé par la thématique et quelles sont les idées de sujets à réaliser ". La création d’un groupe permet d’échanger des informations, des lectures, des cours en ligne.

Evidemment, la rédaction n’a pas attendu la Cop 26 pour parler de climat mais cette fois, la couverture sera plus transversale. " On est quelques-uns à couvrir régulièrement ces matières avec des journalistes qui font ça depuis 20 ans comme Pascale Bollekens ou Lucie Dendooven mais ce n’est pas avec une petite équipe comme ça qu’on peut avoir une couverture suffisante. En plus, ce sujet transcende l’ensemble des rédactions, ce n’est pas seulement une vision scientifique, il y a des visions de consommation, des initiatives en régions, du journalisme de solutions… " dit Johanne Montay. La création d’un groupe permet d’échanger des informations, des lectures, des cours en ligne. " C’est un vivier d’idées pour les antennes de la RTBF ".

>> Revoir le reportage de Pascale Bollekens du 9 août 2021 sur le dernier rapport du GIEC.

Giec : cri d'alarme sans précédent

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Constat ou combat ?

Faire ce choix de pousser plus régulièrement la crise du climat à la Une de nos infos, voilà qui suscite parfois des réactions agacées, en particulier chez quelques internautes qui commentent les publications de la RTBF sur les réseaux sociaux. Certains continuent de nier la responsabilité humaine dans la crise environnementale, d’autres accusent la RTBF d’être " porte-parole d’Ecolo ". La réponse de Johanne Montay est très claire : " il ne s’agit pas de se situer sur un plan idéologique mais bien de se situer sur un plan scientifique : " on n’est plus au stade où on peut être pour ou contre, en se disant " j’y crois, j’y crois pas ". On est dans un discours où il y a des faits avérés et vérifiés et en tant que journalistes, on est là pour relater de façon tout à fait transparente ces faits scientifiques. Ce n’est pas un engagement pour une cause, c’est un engagement à mettre le focus sur un enjeu très important et à guider les gens face à toutes les fake news sur ce sujet. "

On n’est pas là pour démoraliser, on n’est pas là pour déprimer, on n’est pas là pour enjoliver non plus. On est là pour donner les faits.

Des faits qui font l’objet de commentaires, de propositions de solutions, d’analyses des conséquences possibles, de mesures politiques, économiques et d’initiatives citoyennes. "C’est sur les solutions qu’il peut y avoir débat, pas sur des faits avérés ", ajoute Johanne Montay.


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Affiche des dernières Assises du journalisme qui se sont tenues à Tours. La manière de parler du climat est au centre des préoccupations de toutes les rédactions.
Affiche des dernières Assises du journalisme qui se sont tenues à Tours. La manière de parler du climat est au centre des préoccupations de toutes les rédactions. © Tous droits réservés

Pas les premiers et pas les plus engagés

La rédaction de la RTBF n’est pas la seule à avoir entamé une réflexion sur la couverture de la crise climatique.

Au niveau mondial, 460 médias de 57 pays se sont regroupés au sein d’une association baptisée Covering Climate Now. Fondée aux Etats-Unis, Cette communauté de journalistes affiche son but " aider nos collègues à couvrir le sujet qui définit notre époque avec la rigueur et l’urgence qu’il mérite ". CCNow propose des échanges de contenus gratuits, des conseils, des cours et elle attribue chaque année un prix du journalisme environnemental.

Mais la toute première rédaction généraliste à avoir réalisé un vrai virage éditorial en matière d’environnement est celle du Guardian. Il y a trois ans, le quotidien britannique, connu pour ses valeurs d’indépendance et de transparence a affirmé haut et fort un véritable engagement pour le climat.

Le Guardian s’est engagé à travailler autrement, Katarine Viner, sa rédactrice en chef publiait ceci le 5 octobre 2020 :

"We adopted a new language to emphasise the existential nature of the situation. We pledged to deepen our environmental reporting. Our commercial teams decided to reject all advertising from fossil fuel extractors – a first among major media companies. We committed to reaching carbon neutrality by 2030."

Traduction : "Nous avons adopté un nouveau langage pour accentuer la nature existentielle de la situation. Nous avons promis d’approfondir les reportages sur l’environnement. Notre équipe commerciale a décidé de rejeter les publicités provenant d’exploitants d’énergies fossiles. Nous nous engageons à atteindre la neutralité carbone d’ici 2030."

Et la rédactrice en chef va plus loin, avec des mots qui ont des accents de militance :

"Independent, expert journalism can make a difference. It generates awareness of the problems – as well as the solutions. It galvanises protest and resistance, putting pressure on government and industry to make positive changes. And it promotes and encourages best practice, human ingenuity and innovation that we can all learn from."

Traduction : "Le journalisme indépendant et spécialisé peut faire la différence. Il fait prendre conscience des problèmes aussi bien que des solutions, il fait pression sur les gouvernements et sur l’industrie pour effectuer des changements positifs. Il promeut et encourage de bonnes pratiques, l’ingéniosité humaine et l’innovation dont nous pouvons tous apprendre."

"On se croirait il y a 40 ans, comme si tout allait bien sur terre"

Aller plus loin dans l’engagement pour le climat, de nombreux auditeurs, lecteurs et téléspectateurs nous y invitent. Et oui, vous êtes nombreux à trouver qu’on n’en fait pas assez.

Voici quelques extraits de courriers reçus par la RTBF :

Je ne comprends pas. Les problématiques climatique et environnementale devraient être à la une de tous vos JT. C’est très rarement le cas. Aujourd’hui encore au JT de 19h30, rien à ce sujet. Pire un peu de pub pour les touristes de l’espace ???? ".

De grâce, formez-vous sur les aspects scientifiques, formez-vous sur les chiffres, les causes, les solutions, implications concrètes. L’urgence, les règles de trois de base, les faisabilités, les biais cognitifs de la population, les implications économiques, les absurdités toujours dans les mesures économiques. "

Je suis choqué de l’importance de la couverture donnée aux touristes de l’espace (voir mission de SpaceX qui se termine et des autres expéditions récentes) et de l’approche exclusivement positive que vous avez adoptée. On se croirait il y a 40 ans, comme si tout allait bien sur terre, comme si le climat n’était pas en train de changer, comme si on pouvait continuer à vivre éternellement dans la gabegie énergétique et technologique."

En faire plus, la rédaction s’y engage. Cependant, faut-il souligner l’angle de l’impact sur l’environnement dès que l’on évoque une activité polluante ? Voici ce qu’en dit Pierre Marlet.

Longtemps éditeur du JT, Pierre est aujourd’hui Référent info pour La Première. Il confirme qu’il y a une constante réflexion et une large place accordée aux sujets concernant l’environnement mais il met en garde sur le risque de ne plus être audible à force de répéter tout le temps la même chose : "si j’entends certaines critiques, cela voudrait dire que chaque fois qu’on parle de quelque chose, il faudrait toujours le faire à travers le prisme du climat et de la pollution. Je pense que ça poserait un problème pratique. On risquerait de lasser à force de seriner sans cesse le même discours, on finit par ne plus entendre ce que l’on nous répète à longueur de journée. Il faut varier les angles, varier les manières d’en parler, sans quoi on risque de lasser. ".

Pour Pierre Marlet, cela pose aussi un problème déontologique.

Si on est systématiquement dans la critique de tout ce qui peut s’apparenter à une activité polluante, on est dans le militantisme, ce qui me semble difficilement compatible avec le journalisme ".


►►► A lire aussi sur la page INSIDE de la rédaction :

"J’peux pas, j’ai climat": les journalistes, des manifestants comme les autres ?


Cela dit, les perceptions de la réalité évoluent et personne ne peut dire si dans dix ou 15 ans, les médias – y compris le Guardian par exemple – continueront d’accorder autant de place aux sports moteurs ou à d’autres activités en ligne de mire des défenseurs de l’environnement.

Pour preuve de l’évolution de la façon de regarder le monde à travers le prisme de l’environnement, arrêtons-nous sur les reportages à propos de l’allongement de la piste de l’aéroport de Charleroi. En ce mois d’octobre 2021, les enjeux économiques sont mis en balance avec les enjeux environnementaux dès les lancements des sujets JT et dans son article, Nicolas Rondelez pose la question : " est-il cohérent pour la Wallonie qui a un programme ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’investir dans tel outil destiné au transport aérien, sérieusement mis en question par rapport à ces émissions ". (Jean-Luc Crucke, ministre wallon du Budgets, des Sports et des Aéroports était lui aussi interrogé à ce propos sur Matin Première, voir ici sa réponse).

En janvier 2008, il se fait que j’étais parmi les journalistes qui assuraient la couverture de l’inauguration du nouveau terminal de Charleroi. A l’époque, il y a donc seulement 8 ans, personne n’avait évoqué l’enjeu environnemental, personne n’avait interpellé les autorités wallonnes sur ce choix de développement du transport aérien. Tout le monde parlait de développement économique.

En peu de temps, les préoccupations ont changé, l’urgence climatique se conjugue au présent pour les journalistes comme pour le reste de la société.


>> Revoir ici le reportage sur l’allongement de la piste de l’aéroport de Charleroi, diffusé dans le JT du 8 octobre 2021.


 


►►► A lire aussi sur la page INSIDE de la rédaction :

Crise climatique : comment sortir de l’info-déprime sans tomber dans l’info-bisounours ?


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