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Cléa Vincent: "Les artistes sont et resteront des visionnaires!"

Cléa Vincent: "Les artistes sont et resteront des visionnaires!"
14 mai 2020 à 15:09 - mise à jour 14 mai 2020 à 15:094 min
Par Cédric Godart

Enfin un album joyeux dans une période qui, franchement, est parfois un tantinet angoissante !

Oui ! Pour la petite histoire, je l'ai écrit à l'automne dernier, en plein chaos à Paris (les grèves, les manifestations). J'ai dû avoir besoin de me sortir de ce cadre qui était déjà angoissant. Je pense que l'instinct de survie fait qu'on trouve toujours un remède au moment que l'on vit. On ne parlait pas encore de crise sanitaire à ce moment-là. C'était compliqué, tout était bloqué. En quelque sorte, l'excès inverse!

En écoutant Bahia sur cet EP, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Véronique Sanson et aux jours de pluie qui n'existent pas... Et je me suis dit : bon ben, tu es enfermé, alors tu vas voyager en musique, en attendant. Le moins qu'on puisse dire, c'est que tu as le sens du timing!

Oui. Et tout cela, à vrai dire, c'est un heureux hasard. Tropi-cléa, qu'on parle du volume 1 ou du volume 2, étaient des EP taillés pour le printemps. Ce côté printanier était donc logique, mais qu'il tombe en plein milieu du confinement, ma foi, ce n'était pas prévu ou réfléchi. Cela m'amène à une réflexion, voire une conviction : nous les artistes, nous sommes des émotifs. Nous sommes sensibles aux vibrations. Il est très possible qu'en écrivant, j’ai ressenti des choses qui allaient se produire. Notre métier, en quelque sorte, c'est de rester observateur du monde. Qu'on sonne juste ou qu'on soit dans l'avant-garde, c'est au fond assez... normal. Tu parlais de Bahia, mais N'allez pas travailler, c'est un peu la même logique : ce sont des chansons qui sont comme des fenêtres pour s'échapper. Les artistes sont et resteront des visionnaires (même si c'est un grand mot). Notre rôle est d'observer les tendances, les émotions et les rapports humains.”

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Toi aussi, finalement, tu as en quelque sorte été enfermée dans ton appartement. Comment s'est passée l'annonce du confinement pour toi, dans le corps et dans la tête ?

 

Je me suis d'abord sentie comme... dépossédée, désemparée, puis finalement stimulée par le défi que cela représentait. Je tiens à ma liberté et au tempo que j'imprime. Donc, me retrouver chez moi, c'était a priori une rupture nette de tempo, une privation de liberté, mais elle s'est rapidement transformée en un défi : me réinventer pour survivre.”

 

Comme beaucoup d'artistes, tu as participé à des concerts virtuels via internet. En matière de conforts visuel et sonore, ce n'est pas toujours très gratifiant. Comment vis-tu cette qualité parfois... dégradée ?

 

Alors moi, je ne vais pas me plaindre, car je suis confinée avec un ingénieur du son, donc j'ai pu bénéficier d'un confort de travail plutôt optimal, notamment au niveau du clavier ou de la carte-son qui ont servi durant les concerts que j'ai donnés. J'ai eu cette chance, c'est vrai, mais je dois bien avouer qu'il y a toujours un petit stress associé à ces concerts, souvent filmés avec un smartphone : parfois, la connexion n'est pas bonne, le son n'est pas très gratifiant en effet. Heureusement, les gens qui écoutent sont à la fois respectueux et bienveillants. Le plus perturbant, c'est le silence entre les titres, faute d'applaudissements... C'est vraiment déconcertant.

 

Les concerts, justement, on peut les envisager dans un proche avenir ?

 

Rien n'est clair, mais je réfléchis en tout cas à accompagner le déconfinement progressif en organisant des concerts, dès que ce sera possible, pour des petits groupes, dans des petits cadres. Pourquoi pas dans des appartements, dans des bibliothèques, des cafés. Ce sera un passage obligé avant de reprendre la route face à un public plus nombreux. Je pense qu'il faut faire une croix sur les concerts et les festivals tels qu'on les imagine, avec un public nombreux, au moins jusqu'à l'été 2021. En attendant, moi, l'idée de concerts en "petite jauge" comme je dis, et bien ça me plait énormément.

 

Un EP en plein printemps. Un album l'an dernier. Tout cela dans une économie de la playlist. Cela a encore du sens aujourd'hui ?

 

Pour moi oui, je tiens à cette rigueur, je tiens à ce que ma discographie soit cohérente, dans les pochettes, dans les styles. Il reste encore - et je m'adresse à eux - de véritables passionnés de musique, de vinyles (d'ailleurs, j'en vends beaucoup quand je viens en Belgique!). Je me dis, modestement évidemment, que dans 50 ans, peut-être, quelqu'un ira se promener dans ma discographie, époque par époque, album par album. Cette structure est pour moi importante, artistiquement, même si en effet, l'époque favorise les listes de lecture et les titres isolés.”

 

Pour vendre des vinyles en Belgique, il faut venir. Ce sera bientôt possible, on l'espère!

 

Oui et comme j'ai de la famille en Belgique, je pensais faire un saut à Bruxelles fin mai pour mon anniversaire. Je ne sais pas si cela sera possible, mais j'adore venir chez vous et me produire en Belgique. Non seulement, c'est toujours un peu festif, mais les gens ont la bonne distance : ils viennent te féliciter, sans trop creuser, sans en faire trop. Je suis désormais représentée en Belgique et je serais vraiment ravie d'y ajouter des dates. C'est une question de temps. Je pense qu'aux alentours de novembre, nous y verrons un peu plus clair.”

 

Cléa Vincent en confinement
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Tropi-cléa 2 est sorti le 30 avril. Disponible en téléchargement (Bandcamp notamment), en streaming et sur les supports physiques (CD, vinyle) auprès de Midnight Special Records.

Écoutez Cléa Vincent sur Jam

Jam, une radio de la RTBF disponible sur le DAB+ et RadioPlayer. Se déguste sans modération, sans interruption, sans discours ni pub envahissante. Jam est la chaîne de l'inattendu et de l'inentendu. Elle est faite par des êtres humains pour des êtres humains.

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